Que sont-ils devenus : Cheick Diaw, ancien musicien et chef d’orchestre, un parcours intimement lié à l’orchestre le Syli authentique

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Que sont-ils devenus : Cheick Diaw, ancien musicien et chef d’orchestre, un parcours intimement lié à l’orchestre le Syli authentique
Que sont-ils devenus : Cheick Diaw, ancien musicien et chef d’orchestre, un parcours intimement lié à l’orchestre le Syli authentique

Africa-Press – Guinée. Cheick Diaw est un ex- musicien de l’orchestre des pionniers de la Fédération de Conakry 2 et du Syli authentique de la Fédération de Conakry 3. Né à Labé, Cheick Diaw est fils de feu Koliba et de Masalé Kaba, il est marié à une femme et père de 6 enfants dont 4 filles.

Il a fréquenté l’école primaire de Coléah 1, le collège et le lycée du 2 août, ensuite il achèvera ses études universitaires à Gamal Abdel Nasser, option Sociologie.

De la grioche, à la Tumba, finalement ce musicien haut sur jambes, prouvera ses talents par amour pour la passion de la musique à la batterie.

Cheick Diaw dans cette interview, se décontracte et nous plonge dans sa vie, et celle intimement liée à son orchestre le Syli authentique, qu’il a dirigé de mains de maître et par sagesse durant plusieurs années.

Lisez !

Guinéenews : Cheick Diaw est ce nom qui est intimement lié à l’orchestre le Syli authentique. Peut-on savoir comment vous avez embrassé ce métier de musicien, et quel est votre parcours dans ce domaine ?

Cheick Diaw : Ecoutez, je n’ai jamais été musicien au départ. Pour la petite histoire, je cohabitais à la Cité des fonctionnaires avec feu René Bénis Soumah (ex-bassiste du Syli authentique), qui était logé chez feu Tonton Antonio à proximité de l’Eglise de Coléah. René pratiquait déjà la musique et il appartenait à la chorale de l’Eglise Saint Michel de Coléah. J’étais très ami à feu René, et il jouait le plus souvent en compagnie de Jean-Baptiste Williams, avec lequel il a étudié à l’ENAM (Ecole Nationale des Arts et Métiers). Après la création du Sextet Camayenne, ensemble au sein duquel feu René Bénis Soumah n’a pas été retenu, je crois que c’est suite à cette frustration, qu’il a envisagé de créer son groupe. Étant de la chorale de l’Eglise Saint Michel de Coléah, il avait accès aux instruments de musique de cette chorale et c’est ainsi, qu’il a commencé à recruter des musiciens dans le tas et autour de lui. Etant très ami à lui bien qu’il soit mon aîné, je l’ai approché puisque j’avais la passion de la musique. C’est ainsi que j’ai commencé à pratiquer la musique par la grioche. Plus tard, je suis revenu à la Tumba, dont j’ai jumelé l’apprentissage avec la batterie auprès de feu Wandel.

Pour la petite histoire après les Sofas qui sont devenus deuxième formation de la Fédération de Conakry 2 derrière le ‘’ Kakilambé jazz’’, qui était l’orchestre fédéral type de cette Fédération, nous nous sommes réunis aussi pour venir rencontrer les autorités de la Fédération de Conakry 2. Ainsi, nous avions été élevés au rang d’orchestre des pionniers de Conakry 2, pour plus tard être appelé le Syli authentique de la fédération de Conakry 3.

A tout seigneur tout honneur, il faut reconnaître que feu René Benis Soumah, fut le fondateur du Syli authentique et c’est à travers lui, que j’ai commencé mes premiers pas dans la musique.

Guinéenews : vous aviez été chef d’orchestre du Syli authentique et comment êtes-vous parvenu à l’être devant tous ces talentueux musiciens de cet orchestre vu surtout votre jeune âge ?

Cheick Diaw : Il y a eu plusieurs successions de chefs d’orchestre au sein du Syli authentique (feu Réné Bénis Soumah et feu Boubacar Bah), qui s’interchangeait. Feu René avait des différends avec feu Boubacar Bah et feu Aguibou Barry. Ils ne s’entendaient pas du tout, et il n’y avait vraiment pas la bonne humeur au sein de l’orchestre. Et imaginez, quand les trois guitaristes qui doivent conduire les orchestrations ne sont pas en bons termes à quoi cela va mener. Ces différends nous ont conduit jusqu’à la présidence auprès d’Hadja Andrée Touré. L’orchestre fut confié au Commandant Kouyaté pour résoudre ces malentendus. J’avoue que cela évoluait de mal en pis, et le torchon continuait à brûler. Il fallait donc écarter les deux pour la bonne marche de l’orchestre. Je dirais que c’est par la grâce de Dieu, que je fus choisis à l’unanimité par les membres de l’orchestre pour devenir Chef d’orchestre car, j’inspirais la confiance et le respect à tous mes amis. J’ai pu jouer par la suite, le rôle de conciliateur pour faire revenir les deux groupes à la raison. Donc je suis devenu un très jeune chef d’orchestre et voilà comment tout cela est arrivé.

Guinéenews : feu Delphine Béavogui fut la marraine des Sofas de Camayenne et épouse du feu Premier ministre d’alors, toute jeune formation comment aviez-vous pu conquérir le cœur de la première dame de l’époque Hadja Andrée Touré pour assurer votre marrainage ?

Cheick Diaw : Si j’ai bonne mémoire et cela est de coutume chez nous, nous avions attaché des noix de colas pour nous confier à Hadja Andrée Touré. Elle nous a accueillis vraiment les bras ouverts et cette couverture pour la suite fut très bénéfique pour nous.

Guinéenews : quelle était réellement la contribution tant financière que matérielle, qu’apportait la première dame pour vous entretenir, afin de faire face à ces concurrents d’alors entre les orchestres de la capitale et ceux fédéraux ?

Cheick Diaw : Cette grande dame s’est toujours assumée. Elle nous a beaucoup aimé et supporté sur tous les plans. A l’époque, nos déplacements par exemple à l’intérieur du pays, et dans certains pays de la sous-région étaient assurés par elle. Ces voyages le plus souvent s’effectuaient à l’aide des bus (climatisés) du garage gouvernement. Nous étions le plus souvent invités à des déjeuners de retrouvailles au niveau de la présidence, pour parler des activités de l’orchestre et sans compter qu’elle assurait aussi financièrement l’orchestre. Comme je l’ai dit auparavant, nous resterons reconnaissants à cette grande dame, qui a beaucoup fait pour nous. C’était l’orchestre de la première dame et elle a toujours été à nos côtés.

Guinéenews : feu Papa Fatiha Kouyaté (paix à son âme) est venu un moment encadrer et apporter un plus à cet ensemble. Que retenez-vous de cet éminent musicien ?

Cheick Diaw : Vous savez, contrairement aux Sofas de Camayenne, un orchestre des jeunes qui regorgeait en son sein 90% des fils de fonctionnaires et même de ministres, le Syli authentique à 90% était composé de jeunes venant aussi bien de l’intérieur que de Conakry. Donc les jeunes de l’orchestre Sofas de Camayenne étaient de la crème et le succès ne s’est pas fait attendre car, ils étaient déjà là et ce fut comme du lait sur le feu.

Pour rivaliser avec cet orchestre, il fallait travailler dur. Je me rappelle encore d’une des phrases de Jean Baptiste Williams à l’époque « le succès est éphémère. Aujourd’hui c’est nous et demain ce sera vous… ». J’ai gardé cette phrase de Jeannot.

Quand Papa Kouyaté est arrivé avec un nouveau style, renforcé le Syli authentique, nous avions renversé la pyramide. Les mouvements rythmiques ‘’ Tanka Tanka’’ et Yaba Yaba’’ ont hissé le Syli authentique au firmament. Feu Papa Kouyaté a apporté un mieux à l’orchestre, bien qu’on avait une base. Je garde de beaux souvenirs de cet éminent artiste, qui a beaucoup fait pour ce pays. Je prie Dieu qu’il lui accorde le paradis céleste.

Guinéenews : de nombreuses tournées effectuées à l’intérieur et à l’extérieur du pays, quels bons ou mauvais souvenirs en gardez-vous dans votre parcours de musicien ?

Cheick Diaw : Le plus beau souvenir reste notre succès après d’énormes efforts fournis dans le travail, et qui nous a procuré le succès. Je n’oublierai pas ces fous et agréables moments en compagnie du Syli authentique à l’Oasis et partout d’ailleurs.

Le plus mauvais souvenir et que je regrette est bien la désobéissance face à Hadja Andrée Touré, lors d’une fête de fin d’année à Fria. Après notre prestation dans la ville de Fria, Koba avait sollicité notre présence dans la localité. En compagnie de Yaya Bangoura, feu Kouloumba Konaté, nous nous sommes catégoriquement opposés à cette invitation. La délégation de Koba à contourner l’orchestre, pour venir rencontrer Hadja Andrée Touré à la villa Syli de Fria car, elle avait passé ces fêtes de fin d’année en notre compagnie. Malgré l’intervention de notre marraine, nous n’avions pas suivi ses instructions, et l’orchestre ne s’était pas déplacé pour Koba. J’ai encore ce regret d’avoir désobéi à notre marraine, et c’est un mauvais souvenir qui me ronge et que je garde encore.

Guinéenews : pouvez-vous nous relater les particularités du syli authentique sur le plan musical à écouter Yaya Bangoura, Max Salam Cocorico aux chants, feu René Bénis à la basse, feu Aguibou Barry à la guitare d’accompagnement, feu Boubacar Bah à la guitare solo, vous-même à la batterie et plus tant d’autres musiciens qui y étaient ?

Cheick Diaw : Le Syli authentique, c’était la mélodie. Nous avions eu de talentueux et mélodieux guitaristes. Sans compter qu’au chant, Yaya Bangoura et Max Salam ‘’ Cocorico’’ étaient de grands chanteurs.

Guinéenews : nous avions vu les Sofas de Camayenne revenir sur scènes pour célébrer différents anniversaires. Peut-on s’attendre du côté du Syli authentique à de pareils évènements, bien que démembrés suite à plusieurs décès et à l’absence de plusieurs ténors ?

Cheick Diaw : C’est une question qui vient à point nommé, puisque les gens m’en parlent le plus souvent. La musique est un domaine très compliqué et pour ceux qui ne le savent pas, ils pensent que c’est chose facile. Se mettre à organiser un anniversaire pendant que tu as 95% de tes éléments absents (paix à leurs âmes), ce ne sera pas chose facile. Aujourd’hui, il n’y a que moi, Max Salam et El Bangou malade, en soins aux USA. Ce qui a surtout aidé les Sofas c’est bien mon frère Jeannot, qui était Directeur national de la culture, journaliste culturel, et qui avait beaucoup d’attaches, disons dont le carnet d’adresses est bien fourni. Si, je me mets dans cette posture, cela me prendra beaucoup de temps, et ça va être très compliqué pour moi. Et comme j’aime la paix du cœur, je réponds toujours que cette époque est révolue. Nous avons fait de la musique et nous nous contentons du passé glorieux.

Guinéenews : Cheick Diaw toujours présent dans les cérémonies culturelles ou spectacles. Peut-on s’attendre à vous un jour derrière une batterie ?

Cheick Diaw : Je viens toujours derrière la batterie aux occasions opportunes. Dans plusieurs endroits où jouent les orchestres, l’on me cède le plus souvent la batterie. En compagnie de l’orchestre de feu maître Barry (African groove), le 22 band version Conakry, l’orchestre de MC, j’avoue que je m’étale sur la batterie. Tant que je pourrais, rassurez-vous que j’apporterais ma contribution à la musique guinéenne.

Guinéenews : Timide dit-on de vous, orgueilleux d’aucuns pensent, esprit de suffisance d’autres le martèlent et que pensez-vous de toutes ces allégations ?

Cheick Diaw : (rires) Il faut être bête pour être orgueilleux. Orgueilleux par rapport à quoi ? Je ne suis pas meilleur que les autres. Dieu m’a donné la chance d’être à un certain niveau de ma vie aujourd’hui. Je ne tomberais jamais dans l’orgueil, et rejetons cela. C’est vrai que j’étais très timide dans ma jeunesse, et il ne faut pas confondre timidité et orgueil.

Guinéenews : peut-on dire du coup que vous êtes une personne renfermée ?

Cheick Diaw : Je ne suis pas une personne renfermée, surtout quand je suis avec des amis. Seulement que les autres n’ont pas facilement accès à moi. Et par contre, je suis toujours avec mes amis d’enfance. L’orgueil, l’esprit de suffisance ne font pas partie de mon éducation et ce ne sont que des expressions diffamantes.

Guinéenews : qu’apportez-vous aujourd’hui à tous ces nombreux artistes qui sont dans la détresse ou malades ?

Cheick Diaw : C’est ce que je fais d’ailleurs car, j’assiste plusieurs de mes frères musiciens qui sont de ma génération, et qui ne sont pas dans les mêmes conditions que moi. Et cela c’est le destin. J’ai une ligne de conduite dans ma vie, et j’ai toujours chercher à aider les autres tant bien que mal. J’apporte mon assistance à plusieurs, qui sollicitent mon aide avec le peu de moyens que je possède.

Guinéenews : Comme l’OASIS, la belle minière et tant d’autres lieux de réjouissances de la jeunesse d’antan et récemment la paillote, que dites-vous de la disparition de tous ces lieux, qui ont entretenu et fait le bonheur de la jeunesse guinéenne ?

Cheick Diaw : Ce sont des places qu’on devrait conserver mais hélas ! Le feu Président Ahmed Sékou Touré avait toujours donné de l’importance aux arts, à la culture et aux sports, et malheureusement, ses successeurs n’ont pas suivi ce chemin. Vous savez ce qui m’a effrayé en Guinée concernant la culture, c’est le décès de maître Kèlètigui Traoré. La façon dont ses obsèques ont été banalisées en Guinée jusqu’à ce point, m’a effrayé, découragé de la culture guinéenne. Feu maître Kèlètigui est un monument de la musique guinéenne. Il a beaucoup fait pour ce pays. Je dirais que ses obsèques se sont passées dans l’anonymat et il méritait tous les honneurs dûs à son rang. Il faut conserver le patrimoine car c’est une partie de l’histoire du pays.

Guinéenews : un message pour les nombreux lecteurs de Guinéenews ?

Cheick Diaw : je vois le travail que vous abattez pour le bien de Guinéenews et personnellement, je vous encourage dans ce sens et je demande à tous les anciens et pourquoi pas aux jeunes de croire en vous. Il y a plus de 2 semaines vous me talonnez, pour enfin obtenir cette interview. J’appelle tout le monde de s’intéresser à Guinéenews, à travers votre rubrique, qui soulage et immortalise les anciens acteurs, qui ont posé des actes pour ce pays.

Entretien réalisé par LY Abdoul

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