ÉLections en Guinée: Mamadi Doumbouya ou Retour À la Constitution?

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ÉLections en Guinée: Mamadi Doumbouya ou Retour À la Constitution?
ÉLections en Guinée: Mamadi Doumbouya ou Retour À la Constitution?

Africa-Press – Guinée. Les récentes élections législatives et municipales en Guinée ont ravivé le débat sur la nature de la phase politique que traverse le pays depuis le coup d’État de septembre 2021, après que le mouvement « Génération pour la modernité et le développement », soutenant le président Mamadi Doumbouya, a remporté une écrasante majorité au nouveau parlement. Ce scrutin a été marqué par l’absence des principales forces d’opposition et a été entaché d’accusations de violations procédurales et de pressions sur les électeurs, ce qui a conduit les critiques à douter de la capacité de ces élections à mettre fin à la transition et à ramener le pays à un régime constitutionnel pluraliste.

Selon les résultats préliminaires annoncés à la fin de la semaine dernière, le mouvement au pouvoir a remporté 93 sièges sur 147 à l’Assemblée nationale, selon une source locale, tandis que cinq partis ayant signé un pacte d’alliance avec le camp présidentiel ont obtenu 34 sièges supplémentaires, ce qui donne à Doumbouya et à ses alliés au moins 127 sièges au sein du prochain parlement, garantissant ainsi un contrôle politique quasi total sur le pouvoir législatif.

L’emprise ne s’est pas limitée aux élections législatives, car les résultats préliminaires des élections municipales, qui se sont déroulées en même temps que le scrutin parlementaire, montrent également une avance du mouvement au pouvoir dans un grand nombre de municipalités, selon une source locale, renforçant ainsi sa présence politique et administrative tant au niveau national que local.

Les autorités affirment que ces élections représentent la dernière étape du processus de transition politique, marquant un retour progressif au système constitutionnel après des années de régime militaire. Cependant, les opposants au pouvoir estiment que ce qui s’est passé n’est rien d’autre qu’une reproduction du pouvoir sous une façade électorale dépourvue de véritable concurrence.

Participation officielle et boycott silencieux

Les autorités guinéennes ont annoncé que le taux de participation était de 52,87 % pour les élections législatives et de 58,51 % pour les élections municipales, des chiffres qui indiquent officiellement un niveau de participation moyen. Cependant, des rapports de terrain relayés par des médias internationaux ont dressé un tableau différent dans certaines zones urbaines clés.

L’agence de presse a signalé que la participation semblait relativement faible dans la capitale Conakry et la ville de Labé, connue pour son poids politique d’opposition, d’autant plus que le scrutin a eu lieu quelques jours après l’Aïd al-Adha, période durant laquelle de nombreux Guinéens se rendent dans leurs villages pour célébrer avec leurs familles, ce qui a pu affecter les taux de vote.

Cependant, l’opposition considère que la faible participation est également due à une perte de confiance dans le processus politique, en raison de l’absence de véritable concurrence et de garanties d’égalité des chances entre les différentes forces politiques.

Scrutin sans opposition principale

Ce qui a particulièrement marqué les dernières élections a été l’absence des principales forces d’opposition dans la course électorale, après que le gouvernement a décidé en mars dernier de dissoudre plusieurs partis principaux et de suspendre l’activité d’autres, ce qui a fait que la majorité des candidats participants étaient affiliés au camp présidentiel ou à des forces politiques alliées.

Des personnalités et des groupes d’opposition ont appelé au boycott des élections, les qualifiant de « farce électorale » visant à donner une légitimité formelle à un système politique qui, selon eux, tend vers l’établissement d’une « nouvelle dictature » sous un couvert institutionnel.

Dans ce contexte, des critiques ont estimé que l’absence d’une opposition organisée a privé les élections de leur élément de concurrence naturelle, les transformant en un référendum indirect sur le pouvoir en place au lieu d’être une occasion de choisir des représentants politiques reflétant la pluralité au sein de la société guinéenne.

La situation sécuritaire et politique a également soulevé des questions sur l’environnement dans lequel s’est déroulé le scrutin, en raison des restrictions toujours imposées aux manifestations publiques et aux rassemblements politiques.

Accusations de violations et de pression sur les électeurs

Les élections n’ont pas été exemptes de controverses concernant l’intégrité du processus électoral. Le parti « Front démocratique guinéen », qui a terminé deuxième lors des élections présidentielles de décembre dernier avec 6,6 %, a dénoncé ce qu’il a qualifié d’agression subie par l’un de ses candidats dans la ville de Mamou la veille du scrutin.

Selon une source locale, le candidat a été attaqué par deux individus masqués circulant à moto, un incident qui a suscité des inquiétudes quant à l’atmosphère de terreur politique qui a entouré les élections dans certaines régions.

De son côté, la mission d’observation « Réseau ouest-africain pour la paix » (WANEP) a documenté plusieurs violations le jour du vote, dont quatre cas confirmés de pression sur les électeurs et de pratiques de corruption électorale, concentrés principalement dans la préfecture de Siguiri.

La mission a également signalé un manque de documents électoraux essentiels, tels que les procès-verbaux de vote et les bulletins de dépouillement, dans 6,2 % des bureaux de vote, notamment dans la région de Labé, ce qui soulève des questions sur le niveau de préparation administrative et organisationnelle du processus.

Les observateurs ont également noté l’absence de représentants des partis politiques dans plus de 16 % des cas signalés, ce qui a été considéré comme un indicateur supplémentaire de la faiblesse de la surveillance partisane sur le déroulement du scrutin.

Les observations ne se sont pas arrêtées là, car le rapport du réseau a évoqué des interventions directes de responsables administratifs locaux, notamment des députés ou des gouverneurs adjoints, dans certaines zones comme Siguiri et Madina Salamandi, ce qui soulève des inquiétudes quant à la neutralité de l’administration locale.

Pour sa part, le parti « Bloc libéral », qui a participé aux élections, a dénoncé ce qu’il a qualifié de violations ayant entaché les opérations de dépouillement et de compilation des résultats dans plusieurs circonscriptions, estimant que ces violations portent atteinte à la crédibilité des élections législatives et municipales.

Doumbouya: du chef de coup d’État au président élu

Ces élections marquent une nouvelle étape dans le parcours de Mamadi Doumbouya, qui est arrivé au pouvoir par un coup d’État militaire en septembre 2021, renversant l’ancien président Alpha Condé, justifiant son action par la nécessité de sauver le pays de la corruption, de la mauvaise gestion et des divisions politiques.

Au début de la transition, Doumbouya s’était engagé à rendre le pouvoir aux civils après une période de transition déterminée, mais le paysage politique a progressivement changé avec le renforcement de son emprise sur les institutions de l’État.

En décembre dernier, Doumbouya a remporté un mandat présidentiel de sept ans, lors d’élections que l’opposition a contestées et a accusé les autorités de restreindre la concurrence.

Ses partisans estiment qu’il a réussi à rétablir une stabilité relative dans le pays et à améliorer certains indicateurs économiques, notamment dans le secteur minier qui constitue le pilier de l’économie guinéenne, tandis que ses détracteurs affirment que le pouvoir tend vers la reproduction d’un système centralisé qui monopolise la décision politique.

Inquiétudes concernant une domination politique prolongée

Les résultats actuels suscitent des inquiétudes croissantes quant à l’avenir de la pluralité politique en Guinée, notamment avec la majorité confortable détenue par le camp présidentiel au sein du parlement, ce qui pourrait faciliter l’adoption de lois et de réformes constitutionnelles.

L' »Institut d’études de sécurité » a averti que les institutions politiques en Guinée risquent de se transformer en une structure soumise à la domination d’une seule force politique, si l’exclusion des partis d’opposition et la restriction de l’espace civil se poursuivent.

Des rapports sur les droits humains ont également indiqué que le gouvernement a suspendu les activités de plusieurs partis et interdit les manifestations politiques, tout en arrêtant des personnalités de l’opposition et de la société civile, des mesures que les critiques estiment réduire la marge de manœuvre des libertés politiques.

En revanche, les autorités affirment que les mesures prises visent à préserver la sécurité et la stabilité et à prévenir le chaos politique, considérant que la transition nécessitait des mesures exceptionnelles pour garantir la stabilité de l’État.

Position africaine prudente

Au niveau régional, l’Union africaine a veillé à envoyer une mission d’observation des élections à la demande du gouvernement guinéen, soulignant ainsi l’engagement continu de l’organisation continentale à suivre le processus de transition politique.

Cependant, le centre « Amani Afrique » a signalé qu’il est probable que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine appelle à des mesures correctives, y compris la réautorisation des partis d’opposition, compte tenu de l’environnement politique dans lequel se sont déroulées les élections et de l’exclusion d’une large part des forces politiques de la participation.

Cette position prudente reflète une prise de conscience africaine de la sensibilité de la situation en Guinée, où les institutions régionales cherchent à soutenir le retour à un régime constitutionnel sans accorder une légitimité complète à un processus politique qui pourrait être accusé d’exclusion.

En somme, les dernières élections semblent constituer un tournant important dans l’avenir politique de la Guinée, mais elles soulèvent en même temps des questions profondes sur le sens du retour au pouvoir constitutionnel en l’absence d’une opposition forte et d’une domination quasi totale de l’exécutif sur les institutions élues. Alors que le gouvernement considère que la transition touche à sa fin, ses opposants estiment que le pays pourrait entrer dans une nouvelle phase de gouvernance centralisée, sous un couvert électoral qui suscite plus de doutes qu’il n’en dissipe.

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