La Chine entame son année diplomatique par l’Afrique de l’Est

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La Chine entame son année diplomatique par l’Afrique de l’Est
La Chine entame son année diplomatique par l’Afrique de l’Est

Africa-Press – Guinée. Diplomatie maritime et cap sur la rive africaine de l’océan Indien : c’est le programme de la Chine en Afrique, en ce début d’année. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a entamé mardi 4 janvier une visite de quatre jours en Érythrée, au Kenya et aux Comores, alors que Pékin cherche à renforcer sa présence en Afrique de l’Est et aussi à sonder le terrain dans un contexte sécuritaire dégradé. Cette nouvelle tournée s’inscrit également dans ce qui est devenu une tradition. Depuis 1991, la première visite à l’étranger de l’année du chef de la diplomattie est réservée à l’Afrique. C’est aussi le second déplacement du conseiller chinois sur le continent en l’espace de deux mois, après le Focac, le sommet sino-africain de Dakar, tenu en novembre dernier.

Vastes intérêts chinois dans la région

Dans le cadre de la stratégie des Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative), la Chine a financé la construction de nombreuses infrastructures, voies ferrées, routes et centrales électriques à travers toute cette région est-africaine. Dans la Corne de l’Afrique, il a financé et construit une ligne de chemin de fer reliant la capitale éthiopienne Addis-Abeba au port de Djibouti sur la mer Rouge ou encore la ligne Monbasa-Malaba au Kenya. Il a également installé sa première base militaire à l’étranger à Djibouti en 2017, et financé des terminaux portuaires dans le pays.

L’Érythrée, un nouveau pays pris dans la sphère d’influence chinoise

Quant à l’Érythrée, l’un des pays les plus fermés au monde, il a rejoint, en novembre, l’initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie qui finance des projets d’infrastructures. Un accord qui vient consolider l’ancrage du géant chinois dans la Corne de l’Afrique et sur la mer Rouge dans un contexte de dégradation sécuritaire, notamment en Éthiopie, un pays stratégique pour Pékin, mais qui est plongé depuis un an dans une guerre entre le gouvernement central et les rebelles du Tigré. Le chef de la diplomatie, Wang Yi, avait fait escale à Addis-Abeba en novembre, où il avait appelé à une résolution pacifique du conflit qui menace désormais la stabilité régionale, sans succès. L’alternative pour la Chine, c’est l’Érythrée, les deux pays coopèrent dans divers secteurs, notamment l’énergie et la santé publique, et contrairement aux Occidentaux, qui ont rompu les relations diplomatiques avec le régime autoritaire d’Asmara, Pékin a accru sa présence ces dernières années.

Ce mercredi 5 janvier, première journée de la tournée africaine de Wang Yi, a été l’occasion pour la Chine de manifester son opposition aux sanctions américaines contre l’Érythrée, dans un communiqué commun publié par Pékin et Asmara. Les Etats-Unis ont imposé l’année dernière des sanctions contre l’Erythrée en raison de l’implication de son armée dans la guerre dans le nord de l’Ethiopie voisine, une décision qu’Asmara a qualifiée d’« illicite et immorale ».

« Les deux parties ont convenu de défendre les valeurs communes de paix, développement, équité, justice, démocratie et liberté pour toute l’humanité et de s’opposer aux interférences hégémoniques dans les affaires internes d’autres pays sous le prétexte de la démocratie et des droits humains », ont déclaré Wang Yi et son homologue érythréen Osman Saleh. « La partie chinoise s’oppose a toute sanction unilatérale contre l’Erythrée », poursuit le texte qui ajoute que « la partie érythréenne réaffirme son adhésion au principe d’une seule Chine ».

Désormais, l’ambition est de faire du pays une pièce maîtresse de « l’Initiative la Ceinture et la Route » et d’atteindre les marchés voisins de la sous-région. Pékin a déjà commencé à développer des projets d’infrastructures sur place, et vise deux grands ports naturels, Massawa et Assab, pour sécuriser l’accès à la mer Rouge.

La dette s’invite au menu des échanges avec Nairobi

Au Kenya, la Chine est attendue sur le très sensible sujet des prêts accordés. Alors que des élections, dont la présidentielle, auront lieu en 2022, l’opposition et les organisations de la société civile sont vent debout contre le gouvernement, accusé d’avoir massivement emprunté à la Chine. Ils fustigent l’opacité entourant ces prêts. Depuis son arrivée au pouvoir en 2013, le président Uhuru Kenyatta a donné la priorité à la construction d’infrastructures telles que les routes et les voies ferrées, ce qui a impliqué un montant important d’emprunts. Parmi les mégaprojets chinois pointés dans ce pays d’Afrique de l’Est se trouve une ligne de chemin de fer reliant la ville côtière kenyane de Mombasa à Malaba à la frontière avec l’Ouganda, que la banque chinoise Export-Import (Exim) avait initialement accepté de financer. Il a financé la première étape du chemin de fer de Mombasa à la capitale kenyane Nairobi pour 3,2 milliards de dollars et une extension à Naivasha pour 1,5 milliard de dollars. Puis le projet a été suspendu, car la banque a demandé au Kenya en 2018 de refaire une étude pour prouver sa viabilité commerciale. Pékin veut reprendre le contrôle sur ce dossier alors que Nairobi s’est engagé sur le chemin de la restructuration de sa dette.

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