Beny Steinmetz : « Tout en haut, il y a peut-être Dieu, mais pas moi »

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Beny Steinmetz : « Tout en haut, il y a peut-être Dieu, mais pas moi »
Beny Steinmetz : « Tout en haut, il y a peut-être Dieu, mais pas moi »

Africa-PressGuinée. Au deuxième jour de son procès pour corruption et faux dans les titres, Beny Steinmetz a répondu pendant sept heures aux interrogations du tribunal correctionnel de Genève. Avec un objectif : ne pas apparaître comme celui qui décidait des actions du groupe à son nom.

Cette fois, Beny Steinmetz n’a pas respecté la consigne. Alors que le deuxième jour d’audience de son procès n’a débuté que depuis deux heures, l’homme d’affaires franco-israélien profite d’une suspension de séance pour souffler. Sans son masque noir, et malgré le protocole sanitaire imposé par le tribunal correctionnel de Genève, il commente, discute et sourit à ses collaborateurs. Aux côtés de son avocat Marc Bonnant, le magnat du diamant grimpe quelques marches pour aller admirer les croquis du dessinateur du tribunal, lequel immortalise l’audience faute d’autorisation de photographier. Visiblement, le coup de pinceau lui plaît.

Tout collectionneur d’art que soit Beny Steinmetz, il y a pourtant fort à parier que le dessin de ce 12 janvier ne viendra jamais orner le salon de son domicile israélien. Depuis neuf heures du matin, il fait face à la présidente du tribunal. Dans un français parfois mâtiné d’expressions anglaises, il explique, précise et reprend, avec une maxime : « J’étais conseiller de Beny Steinmetz Group Resources [BSGR] et de la fondation Balda [la propriétaire du groupe], dont je suis également le bénéficiaire. Je donnais des recommandations, mais ce n’est pas moi qui prenais les décisions et qui m’occupais des détails de l’administration et de la gestion. »

« Je n’étais pas au courant »

En d’autres termes, si Beny Steinmetz affirme que ses conseils ont pu être écoutés par des « opérationnels » de BSGR, lui-même n’aurait eu « aucun pouvoir de droit ou de fait ». Était-il au courant de la cession de 17,65 % du capital de BSGR Guinée à la société Pentler, dirigée par Frédéric Cilins (son coaccusé dans ce procès), Michael Noy et Avraham Lev Ran ? « Je n’étais pas là et je n’y ai pas pris part. » Quel était le rôle de Pentler en Guinée ? « Je n’ai pas été consulté sur cela. Je n’étais pas au courant des détails. » A-t-il ensuite été impliqué dans la décision de rachat par BSGR des fameux 17,65 % pour la somme de 30 millions de dollars (bonus compris) ? « J’ai participé à la discussion, mais la décision revenait à BSGR, dont je ne suis que conseiller. »

L’audience se poursuit. Était-il au fait des prétentions de l’homme d’affaires guinéen Aboubacar Bah, lequel réclamait de l’argent à BSGR en lien avec le contrat Simandou ? « J’ai entendu parler de tentatives d’extorsion, mais c’est quelque chose de courant en Afrique. » Pentler aurait-elle été chargée de régler les problèmes posés par M. Bah ? « Je ne le connais pas. Je n’ai pas été impliqué et je ne connais pas les détails. » Était-il au courant des relations entre Pentler et Mamadie Touré, l’une des épouses de l’ex-président Lansana Conté, accusée d’avoir touché des pots-de-vin pour favoriser l’attribution de contrats miniers ? « Mme Touré a raconté beaucoup de mensonges. S’agissant de versements qu’elle aurait reçus, je ne sais rien. »

« Tout a été arrêté par Alpha Condé sous l’impulsion de George Soros »

La présidente du tribunal décide alors de soumettre à Beny Steinmetz la retranscription de l’enregistrement d’une conversation entre Frédéric Cilins et Mamadie Touré, captée par le FBI en Floride en 2013. Le Français (condamné à deux ans de prison aux États-Unis en 2014) tente de convaincre son interlocutrice d’effacer les preuves du présumé pacte de corruption lié à la Guinée. Il mentionne en outre une personne de BSGR, le seul « qui décide », « tout là-haut ». Question de la présidente : « Qui est celui qui décide tout là-haut, M. Steinmetz ? » Réponse : « Il faut demander à M. Cilins qui est présent ici. Personnellement, je ne sais pas qui est là-haut. Il y a peut-être Dieu, mais pas moi. […] Si Cilins est allé en Floride, ce n’était pas sur mes instructions. »

Calme et préparé par ses avocats – lesquels s’assurent qu’il ne se laisse pas aller à des digressions –, Beny Steinmetz essaie de redorer le blason de BSGR, ternie par sept années de procédure judiciaire. « Dans les projets miniers, c’est la compagnie qui prend des risques. […] Surtout en Afrique, il faut des investisseurs qui avancent l’argent. Eux peuvent gagner ou perdre, mais le pays gagne toujours. […] En Guinée, si le projet Simandou avait été exploité, l’État aurait quadruplé son PIB. […] Mais tout a été arrêté par l’actuel président, Alpha Condé, […] sous l’impulsion de George Soros. »

« BSGR a été très professionnel et son projet était intelligent et de qualité. Avant nous, Rio Tinto [compagnie qui détenait auparavant les contrats miniers du Simandou] n’avait rien fait pendant quinze ans. En réalité, elle ne voulait rien exploiter : elle avait une grosse opération en Australie et ne voulait pas que le fer guinéen vienne [lui] faire de la concurrence », analyse encore Steinmetz, qui précise : « Le gouvernement guinéen a créé un faux comité technique et produit des faux pour nous mettre dehors. On m’a même dit que certaines signatures sur des documents avaient été obtenues sous la contrainte. » « Et qui serait derrière tout cela ? », questionne malicieusement le procureur. Beny Steinmetz botte en touche, assurant ne pas vouloir faire d’hypothèses. Mais le nom de George Soros, ennemi de longue date du Franco-Israélien, plane une nouvelle fois dans la salle d’audience.

« La vérité, c’est que je ne suis que conseiller de BSGR »

Alors que l’après-midi touche à sa fin, le procureur Yves Bertossa décide de relancer la question centrale de la journée (laquelle revient en réalité depuis plusieurs années dans la procédure judiciaire) : « Beny », comme beaucoup l’appellent, est-il le chef caché d’une galaxie BSGR, soupçonnée de corruption en Guinée ? Citant un témoignage d’Asher Avidan, administrateur haut placé de BSGR, le magistrat affirme que Beny Steinmetz est décrit comme « le vrai boss » de l’entreprise, pour qui il est « important de dire » qu’il est « conseiller » pour « des raisons fiscales ». Le prévenu encaisse une nouvelle fois. « C’est une façon de parler. Je ne suis pas le chef et je ne prenais pas de décisions opérationnelles. »

Le procureur Bertossa ne s’en laisse pas compter : « Dans un rapport interne de BSGR en 2008, le même Asher Avidan dit que vous êtes le propriétaire du groupe ! » Une nouvelle fois, Steinmetz répond : « C’est une façon de parler, mais c’est juridiquement faux. Dans les affaires, et surtout en Afrique, les noms sont importants. Asher Avidan voulait sans doute profiter du mien. […] Moi-même, quand je me présente en Afrique, je ne rentre pas dans le détail. Mais l’important, c’est la vérité. Et la vérité, c’est que je ne suis que conseiller de BSGR. » Son français peut être hésitant, mais le discours ne l’est pas. Huit heures (dont deux suspensions) après avoir débuté, l’interrogatoire de Beny Steinmetz touche à sa fin.

Place désormais à Frédéric Cilins (le dernier accusé à être interrogé) et aux témoins qui se présenteront à la barre mercredi 13 janvier : ils seront sans aucun doute interrogés sur le rôle, effectif ou non, du principal accusé. Si la venue de Mamadie Touré, domiciliée aux États-Unis (où elle a passé un accord avec les autorités), a été espérée, l’épouse de Lansana Conté ne devrait pas, sauf surprise, être aperçue du côté du tribunal de Genève. Sous les flocons des rives du lac Léman, dans un froid bien éloigné des mines de Guinée, Beny Steinmetz regagne son hôtel à pied, d’un pas rendu incertain par la neige. Visiblement soulagé d’en avoir terminé, il commente la journée avec ses collaborateurs. Le procès est loin d’être terminé, mais il a le sourire de celui qui aura su tenir sa ligne de défense.

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