Guerre de succession chez les Obiang : ce que la justice espagnole reproche au frère de la première dame

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Guerre de succession chez les Obiang : ce que la justice espagnole reproche au frère de la première dame
Guerre de succession chez les Obiang : ce que la justice espagnole reproche au frère de la première dame

Exilé à Dubaï, le beau-frère du président équato-guinéen s’est engagé à se présenter le 9 mars devant le juge. Jeune Afrique a eu accès aux éléments en possession des enquêteurs espagnols.

Candido Nsue Okomo, 43 ans, doit personnellement se présenter devant le juge espagnol Manuel García-Castellón : il s’agit de la seule condition pour que ce dernier accepte de lever la demande d’extradition introduite par la justice ibérique auprès des autorités émiraties.

Madrid, qui le soupçonne également de blanchiment et de détournement de deniers publics, avait auparavant émis une commission rogatoire internationale, afin de demander une perquisition. Le magistrat a d’abord rejeté la requête de l’intéressé qui proposait une audition par visioconférence. Les enquêteurs suspectent le frère de la première dame de Guinée équatoriale, Constancia Mangue Nsue Okomo, d’être à l’origine du recrutement d’un ancien commissaire de police espagnol, José Manuel Villarejo.

Les détails de « l’enquête »

L’ancien directeur général de la compagnie nationale GEPetrol l’aurait payé 5,3 millions d’euros pour une mission (« Project King ») consistant à surveiller et à rechercher des informations compromettantes sur Gabriel Mbega Obiang Lima, ministre des Mines et des Hydrocarbures et fils de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et de sa seconde épouse. Dans un document de 24 pages rédigé par Villarejo et confisqué par le chef de la police espagnole, auquel Jeune Afrique a eu accès, l’ancien commissaire détaille son « enquête ».

Il décrypte les activités de Gabriel Mbega Obiang Lima et dévoile de supposés montages financiers, sociétés écrans, relations avec des banques et entrepreneurs chinois ou encore, des comptes dans les paradis fiscaux et en Suisse. Dans ce même rapport, il est également question de ses liens avec le financement par des groupes pétroliers d’une campagne visant à discréditer son frère, Teodoro Nguema Obiang Mangue dit « Teodorín », le vice-président de Guinée équatoriale, et prétendant à la succession de son père.

Ce qui accrédite la thèse d’une actuelle guerre de succession entre les deux branches rivales de la famille présidentielle, à savoir d’une part, le clan de la première dame, qui soutient activement le fils de celle-ci, Teodorín et, d’autre part, celui de Gabriel Mbega Obiang Lima et de l’autre partie de la famille, dont fait partie Armengol Ondo Nguema, le très influent jeune frère du président.

« Campagne de dénigrement »

Ensuite, le document s’intéresse à Transparency France – cette ONG s’était constituée partie civile dans le procès des Biens mal acquis (BMA) visant Teodorín. On y trouve des informations sur son président Daniel Lebègue, notamment de prétendus liens avec l’entreprise Technip, un fournisseur de services pétroliers qui travaille en Guinée équatoriale avec Noble Energy, alors que cette dernière aurait signé un contrat confidentiel avec Gabriel.

Le rapport de Villarejo prétend que les entreprises qui entretiennent des relations commerciales avec le ministre des Mines et des Hydrocarbures sont les mêmes que celles qui financent des campagnes de presse ayant pour but de jeter le discrédit sur le chef d’Etat et le vice-président Teodorín, mais aussi sur le pays.

Depuis le début de l’affaire des BMA, la défense de ce dernier s’est en effet employée à attaquer Transparency France, en questionnant notamment ses financements.

Les Espagnols s’intéressent enfin à l’origine de l’argent versé à Villarejo par Nsue Okomo, alors que celui-ci est soupçonné de l’avoir obtenu illicitement. Selon le juge, un homme d’affaires espagnol du nom de Francisco Menéndez Rubio, qui appelait Candido Nsue Okomo son « patron », faisait le lien avec Villarejo.

Contacté par Jeune Afrique, Gabriel Mbega Obiang Lima nous a répondu via un communiqué : « Ma famille et moi sommes profondément attristés par les événements en Espagne et la campagne de dénigrement des blogueurs, elle-même résultant de la campagne vicieuse de M. José Villarejo et de ses partenaires dans leur rapport Project King. Ce rapport décrit la stratégie d’une campagne de désinformation contre moi. Les fausses attaques de blogueurs en ont été une parfaite exécution. Je suis fermement convaincu que l’état de droit prévaudra dans cette affaire et j’espère que les autorités espagnoles iront au fond des choses. »

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