L’avenir de la situation politique en Afrique de l’Ouest après la nouvelle vague de coups d’Etat

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L'avenir de la situation politique en Afrique de l'Ouest après la nouvelle vague de coups d’Etat
L'avenir de la situation politique en Afrique de l'Ouest après la nouvelle vague de coups d’Etat

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Guinee Equatoriale. On se rappelle bien que la République de Guinée-Bissau a été le théâtre d’une tentative de coup d’État, le 1er Février 2022, qui a failli réussir, après ceux déjà perpétrés dans la région comme au Mali, en Guinée-Conakry et au Burkina Faso.

Personne ne peut prédire encore où vont ces pays et quelles sont leurs possibilités d’un règlement « démocratique », dans un contexte caractérisé par un rejet régional et international global des coups d’État militaires qui ont conduit, début janvier de cette année, à la suspension de l’adhésion des pays susmentionnés au sein du groupe de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, dite « CEDEAO », et également au sein de l’Union africaine, avec l’adoption de sanctions sévères contre le gouvernement militaire au Mali, qui est entré dans un conflit aigu avec la France et les pays de l’Union européenne.

Afrique de l’Ouest : composantes et déterminants

La référence à la région de l’Afrique de l’Ouest concerne la partie occidentale du continent s’étendant des pays riverains du nord du golfe de Guinée au fleuve Sénégal, et des pays riverains du fleuve Niger aux confins extrêmes de la région sahélienne. Les pays concernés ici sont le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Togo, le Niger, le Nigéria, le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Guinée Bissau, le Ghana, la Sierra Leone et les îles du Cap Vert.

Rappelons que la plupart de ces pays sont d’anciennes colonies françaises, et tous appartiennent à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et ils ont connu dans le passé, à l’exception du Sénégal, de nombreux coups d’État militaires.

Parmi ces pays, quatre répondent aux critères de démocratie pluraliste et de rotation pacifique du pouvoir, à savoir le Ghana, la Sierra Leone, le Sénégal et le Cap-Vert, tandis que le reste des pays sont classés comme démocraties émergentes, ou en transition.

C’est pourquoi les récents coups d’État (et tentatives de coup d’État) dans plusieurs pays constituent une source de grand danger pour la stabilité politique et la paix civile dans la région de l’Afrique de l’Ouest.

Les causes de la nouvelle vague putschiste

Euphorie citoyenne dans les rues au Burkina Faso

A noter que les expériences démocratiques en Afrique de l’Ouest n’ont pas été en mesure de répondre aux besoins économiques et sociaux des citoyens, mais ont surtout eu tendance à légitimer le contrôle et la maîtrise des groupes ethniques et tribaux, centres de pouvoir internes et externes. Les causes de la nouvelle vague de renversement de régimes politiques peuvent être attribuées à trois grands facteurs principaux :

• Facteur 1 : l’échec des expériences de réforme politique et de transition démocratique entamées dans la région depuis le début des années 1990.

La plupart de ces pays ont connu une fluctuation continue entre des régimes militaires, des gouvernements élus fragiles et des guerres civiles destructrices, et les expériences démocratiques en général n’ont pas été en mesure de répondre aux besoins économiques et sociaux des citoyens, entre les régimes et la large base sociale. Dès lors, on se rend compte de la multiplicité des mouvements révolutionnaires correctifs des voies démocratiques bloquées, qui ont en général bénéficié d’un large soutien populaire, même s’ils n’ont pratiquement pas conduit à un changement fondamental des règles du jeu politique.

Au cours des deux dernières décennies, les mouvements de coups d’État militaires ont diminué pour trois raisons interdépendantes : les pressions des fonds et des institutions financières internationales qui ne traitent plus avec des gouvernements non élus, le régime de sanctions régionales adopté par l’Union africaine et les organisations régionales pour boycotter et suspendre tous les régimes qui se retournent contre la légitimité constitutionnelle et le rejet des forces internationales d’influence mondiale de traiter avec les régimes militaires qui se retournent contre les gouvernements démocratiques.

Ces derniers temps, de nombreux régimes élus ne sont plus en mesure de défendre efficacement leur structure démocratique légitime, en raison de la corruption financière et administrative endémique des dirigeants au pouvoir, de la manipulation des textes constitutionnels réglementant l’alternance du pouvoir et de l’éloignement croissant entre les gouvernements et les partis politiques et forces civiles.

• Facteur 2 : l’exacerbation du danger des groupes terroristes armés, qui sont devenus le principal élément de tension et d’aggravation dans la région à deux niveaux prépondérants : a) Faire exploser la paix civile en exploitant l’équation de la diversité ethnique, religieuse et tribale pour attiser les facteurs de conflits et de conflits internes. b) La militarisation de la vie politique en passant du système des formations partisanes traditionnelles au système des milices belligérantes des partis.

L’institution militaire est apparue incapable de faire face à la menace terroriste dans la plupart des pays de la région ouest-africaine. En effet, les armées de la région ont connu un état croissant de désintégration et d’effondrement, et elles ont laissé apparaître un échec catastrophique face aux activités des groupes radicaux violents.

On relève également que les grands pays occidentaux, notamment la France, ont tenté d’intervenir directement par le biais de bases aériennes et terrestres permanentes pour soutenir les efforts des pays d’Afrique de l’Ouest, mais les résultats de cette intervention ont été limités et n’ont pas permis de contenir la menace terroriste qui se concentre actuellement dans l’espace commun, entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, et qui s’étend à travers les opérations de Boko Haram, du Nigéria au Tchad et au Cameroun, jusqu’au pays pivot de la région, la Côte d’Ivoire, aujourd’hui visée par la menace terroriste.

• Facteur 3 : le nouveau rôle russe en Afrique de l’Ouest qui exploite le ressentiment de la population contre l’intervention occidentale, en particulier l’intervention française, largement perçue comme stérile et inefficace et s’inscrivant dans le cadre d’une domination coloniale et d’une exploitation économique persistantes. La Russie a su se présenter comme une force efficace dans la stratégie de lutte contre le terrorisme et de défense des régimes qui lui sont fidèles par l’usage d’une violence décisive. L’expérience a commencé en République centrafricaine et s’est étendue au Mali, dont les relations avec la France traversent une phase de détérioration sans précédent, étant allée jusqu’à l’expulsion de l’ambassadeur de France et l’arrêt de la coopération militaire entre les deux pays.

Donc, il est clair que les puissances occidentales influentes dans la diplomatie économique internationale rejettent fermement le nouveau rôle de la Russie sur le continent africain, et le considèrent comme une menace pour les expériences de transition démocratique sur le continent, et déduisent que son véritable arrière-plan est le pillage des ressources naturelles africaines, en échange d’une « carte blanche » aux sociétés de sécurité russes dans l’arène intérieure pour éliminer l’opposition armée et la protection des systèmes existants.

L’avenir de la situation politique en Afrique de l’Ouest

Il semble donc que la voie des coups d’État militaires en Afrique de l’Ouest est appelée à connaître une expansion, et au premier rang des pays candidats à ce scénario se trouvent le Niger, la Côte d’Ivoire, la Gambie et le Togo, qui sont des pays qui ont connu des crises politiques internes similaires aux conditions des pays qui ont récemment été témoins de coups d’État militaires.

Les mécanismes de répression et de dissuasion développés par les organisations régionales et internationales ne semblent pas réussir à faire avancer ce danger.

On s’attend à ce que les nouveaux régimes militaires échouent à moyen terme à réformer les conditions qui se détériorent et échoueront souvent à contenir les pressions internationales, en particulier dans le domaine économique, qui finiront par freiner la dynamique des nouvelles règles militaires en Afrique de l’Ouest.

Mais le pire scénario à craindre sera l’effondrement de l’institution militaire elle-même, suite à l’échec de son projet politique, ce qui annoncerait le retour de la région à des guerres civiles et à de violents conflits régionaux, un danger qui plane déjà présent sur les trois pays du Sahel central, et que sont le Mali, le Burkina Faso et Niger.

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