Africa-Press – Madagascar. Quatre mois après avoir quitté Madagascar dans un contexte de crise politique majeure, Andry Rajoelina refait surface sur la scène régionale. L’ancien chef de l’État malgache s’est rendu à Eswatini avec sa famille, où il a été reçu vendredi au palais royal de Lozitha par le roi Mswati III. Une rencontre hautement symbolique, à forte portée diplomatique, qui marque une reprise offensive de l’ex-président, décidé à internationaliser son éviction du pouvoir.
La réaction des autorités malgaches ne s’est pas fait attendre. Dans un long communiqué de presse diffusé samedi soir, la Présidence de la Refondation de la République de Madagascar a exprimé une condamnation ferme de l’accueil officiel réservé à Andry Rajoelina par le royaume d’Eswatini. Pour le pouvoir en place, ce geste constitue une atteinte grave à la souveraineté nationale et une tentative de déstabilisation politique, alors que le pays, avec l’accompagnement de la SADC, s’est engagé dans un processus de retour à l’ordre constitutionnel. Madagascar n’a nullement besoin d’initiatives extérieures susceptibles de fragiliser un cheminement déjà jugé sensible, souligne le communiqué.
De son côté, le souverain d’Eswatini, également président entrant de la Troïka de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) en charge de la politique, de la défense et de la sécurité, a placé cet entretien sous le sceau du rétablissement de l’ordre constitutionnel à Madagascar. Dans un communiqué officiel lu par la vice-première ministre Thulisile Dlala, le palais de Lozitha a adopté une position tranchée: Andry Rajoelina y est présenté comme le vainqueur de l’élection présidentielle de décembre 2023, un scrutin décrit comme crédible par les observateurs et participants.
Selon le roi Mswati III, l’ancien président a été écarté du pouvoir par des mécanismes jugés contraires à la Constitution. Le souverain swati estime que les développements récents à Madagascar s’inscrivent en rupture avec les principes défendus par les Nations unies, l’Union africaine et la SADC, notamment en matière de respect de l’ordre constitutionnel et de rejet des changements de régime non conformes aux règles démocratiques.
Le roi Mswati III explique avoir souhaité entendre directement Andry Rajoelina afin de se forger une appréciation complète de la situation sur la Grande Île. Il invoque un protocole de la SADC stipulant que tout chef d’État renversé en dehors du cadre constitutionnel doit pouvoir présenter sa version des faits. Le roi précise avoir agi après consultation des responsables de la Troïka et du président par intérim de l’organisation régionale, conformément aux procédures en vigueur.
Antananarivo affirme que cette réception est vécue par une large partie de la population comme une offense à la mémoire des victimes des événements tragiques de septembre et octobre 2025, qui ont coûté la vie à plusieurs personnes. Ces épisodes sanglants demeurent une plaie ouverte dans la conscience nationale et sont indissociables du rejet populaire qui a conduit à la chute de l’ancien régime, rapporte le communiqué.
Le communiqué précise qu’Andry Rajoelina ne dispose plus de la nationalité malgache, l’ayant perdue à la suite d’un choix volontaire d’une autre nationalité, ce qui rend toute tentative de le présenter comme une figure représentative ou légitime du pays juridiquement infondée et politiquement inacceptable.
Enfin, les autorités en place affirment rester fermement attachées à la défense de sa souveraineté, de la dignité de son peuple et du respect dû à la mémoire des victimes. Aucune considération diplomatique ou protocolaire, conclut le communiqué, ne saurait prévaloir sur ces principes fondamentaux.
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