Non, les Mayas N’Ont pas Disparu

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Non, les Mayas N’Ont pas Disparu
Non, les Mayas N’Ont pas Disparu

Africa-Press – Madagascar. À l’évocation des Mayas surgit bien souvent une pyramide à degrés, à demi mangée par la jungle, ou un masque de jade au regard inquiétant. Des vestiges d’une grande civilisation forcément disparue, hors du temps. Et pourtant, cet imaginaire est en contradiction évidente avec la réalité. « Il existe aujourd’hui une trentaine de langues mayas, parlées par environ six millions de locuteurs, révèle Chloé Andrieu, archéologue au CNRS et spécialiste de l’Amérique centrale. Et tout ce qui est véhiculé par ces langues, dont la vision du monde, perdure. » Des coutumes, des rituels, la gastronomie… Force est de constater qu’une grande partie de la culture maya persiste encore.

Pourquoi pense-t-on alors que les Mayas ont disparu? À l’origine de ce malentendu historique, des faits, mais aussi des raccourcis. « Cette ‘disparition’ est souvent associée à la grave crise, qui, au 9e siècle, a mis fin à ce qu’on appelle la période classique, caractérisée par un système politique de cités-États indépendantes comme Tikal, Palenque ou Copán, dirigées par des rois », résume l’archéologue. Or, cette période a frappé les esprits grâce aux somptueuses réalisations matérielles par lesquelles ces rois asseyaient leur pouvoir. « Leur système politique était fragile. Le roi, qui occupait une position divine, devait en permanence manifester son pouvoir par de hauts faits, comme des guerres ou la construction de pyramides, poursuit la chercheuse. Cette royauté sacrée impliquait que le souverain était responsable non seulement de l’ordre terrestre, mais aussi de la fertilité des terres et de la marche du cosmos. »

Les habitants de ces cités n’ont pas disparu du jour au lendemain !

Or, la fin de cette période correspond à une succession de sécheresses courtes et répétées, ce qui a certainement contribué à délégitimer le pouvoir royal. Entraînant la chute des cités-États, abandonnées progressivement pour finalement être englouties par la jungle. « Ce qui disparaît, c’est un système politique particulier. Et cette disparition a été associée, par un raccourci extrêmement rapide, à la fin d’une civilisation tout court. »

Mais les habitants de ces cités n’ont pas disparu du jour au lendemain ! Ils ont migré au nord et au sud de ce même territoire, avec leurs langues et leurs cultures. « Après cette période, reprend Chloé Andrieu, d’autres cités se sont développées dans l’aire maya, telle que Chichén Itzá, qui tombera à son tour vers le 11e siècle, et Mayapan, une ville beaucoup plus dense qui tiendra presque jusqu’à l’arrivée des Espagnols. La culture persiste même après l’abandon de ces cités. On se focalise sur les villes à cause des vestiges qu’elles laissent, mais l’habitat rural est resté dense jusqu’à aujourd’hui. Leur abandon touche en réalité assez peu le reste de la population. »

Pour comprendre l’origine de ce raccourci, il faut remonter au 19e siècle, lorsque l’explorateur états-unien John Stephens popularise la période classique maya. Dans son récit de voyage au Chiapas et au Yucatán, publié en 1841, il se demande si ces villes anciennes ont un lien avec les populations qui habitent encore la région. En 1937, ce livre est traduit en espagnol par l’historien Justo Sierra O’Reilly, qui en profite pour affirmer sa conviction que ce ne peut être le cas. « L’idée qu’il s’agit de deux peuples distincts a beaucoup marqué les esprits », regrette Rodrigo Llanes Salazar, anthropologue à l’Universidad Nacional Autónoma de México. Même si l’anthropologue Alfredo Barrera Vásquez, fondateur du Centre d’études mayas du Yucatán, contredira cette idée, en montrant que c’est la culture qui a changé, et non le peuple.

La culture maya actuelle n’est pas la même qu’il y a un millénaire

« La culture des élites n’était pas tout à fait la même que celle de la population rurale, de même que les élites du Mexique ou de France ne partagent pas toutes les pratiques et références culturelles de la paysannerie. Or ce sont ces élites qui ont en grande partie disparu, alors que la culture rurale a perduré », explique Rodrigo Llanes Salazar. Il cite par exemple les rituels d’invocation de la pluie – un banquet en l’honneur de Chaak, dieu de la pluie – encore aujourd’hui pratiqués par les peuples mayas. « La transmission de ces rituels qui avaient un sens plus pratique a continué à travers les siècles. Ceux des élites ont disparu « , ajoute-t-il.

Toutefois, la culture maya actuelle n’est pas la même qu’il y a un millénaire. « Après la période classique, les manifestations matérielles changent et acquièrent des traits iconographiques similaires à ceux du reste de la Mésoamérique, parce que les Mayas se sont métissés avec d’autres populations à une période d’échanges accrus grâce au développement du commerce maritime « , clarifie Chloé Andrieu. Mais ces évolutions, considérées par les Occidentaux comme normales pour leurs propres pays, sont souvent vues comme étranges lorsqu’elles se produisent ailleurs. *

« Il y a une tendance forte à figer certaines cultures dans un temps précis, critique l’archéologue. On n’évaluera pas le degré de ‘francité’ de quelqu’un à l’aune de sa proximité culturelle avec le Moyen Âge, mais on jauge la mayanité d’une personne en fonction de sa proximité avec des traditions d’il y a mille ans. » Cette volonté de mettre les peuples autochtones dans des cases est aussi d’actualité au Mexique, où l’administration se base sur des signes culturels figés – rituels, vêtements, alimentation – pour déterminer si une personne appartient bien à une culture amérindienne, ce qui permet par exemple d’accéder à des quotas aux élections ou encore à des aides économiques. Et pourtant, les Mayas n’ont pas disparu. Ils ont juste évolué… comme n’importe quel autre peuple.

Le son retrouvé des temps anciens

Une civilisation disparue peut s’étudier via ses écrits, son architecture, ses peintures… mais aussi – plus difficilement – sa musique. C’est le défi auquel se frottent depuis 2014 les archéo-musicologues français du Priae (Pôle de recherche, d’interprétation et d’archéologie expérimentale), qui modélisent, reproduisent et jouent d’instruments de musique antiques et médiévaux. Entre février et avril 2025, ils se sont envolés pour le Mexique afin de modéliser numériquement une dizaine d’instruments mayas conservés au Musée national d’anthropologie de México, principalement des instruments à vent et à percussion. Ces derniers ont ensuite été reconstitués en respectant au mieux les matériaux et techniques de l’époque, puis joués dans la cité antique maya de Kohunlich, dans la péninsule du Yucatán.

En redonnant ainsi vie à un pan culturel disparu, les archéo-musicologues ont entre autres constaté l’étonnante similarité entre le système modal utilisé par les Mayas et celui en vigueur en Europe durant le Moyen Âge. Après cette expérience mexicaine, le Priae a lancé en septembre dernier un projet de trois ans pour reconstituer une syrinx, sorte de flûte de Pan gallo-romaine, à partir d’une sculpture découverte sur un site archéologique du Loir-et-Cher.

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