De Détroit D’Ormuz aux Paniers des Ménages

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De Détroit D'Ormuz aux Paniers des Ménages
De Détroit D'Ormuz aux Paniers des Ménages

Aicha FALL

Africa-Press – Madagascar. Le détroit d’Ormuz semble très loin des marchés de Dakar, d’Abidjan ou de Cotonou. Pourtant, ce passage maritime étroit situé entre l’Iran et Oman influence directement le coût de la vie en Afrique de l’Ouest. Lorsqu’une tension militaire y éclate, ce ne sont pas seulement les marchés pétroliers qui réagissent. Le transport, l’agriculture, les prix alimentaires et parfois même les finances publiques en subissent rapidement les conséquences.

Ce détroit concentre une part essentielle du commerce énergétique mondial. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie, près de 20 % du pétrole consommé dans le monde y transite chaque jour, soit environ 20 millions de barils quotidiens. Une perturbation, même temporaire, suffit à provoquer une hausse immédiate des prix internationaux du brut.

Or les économies ouest-africaines restent fortement exposées à cette dépendance énergétique. Même certains pays producteurs de pétrole importent encore une partie importante de leurs carburants raffinés. Le Sénégal, par exemple, dépend largement des importations pour l’approvisionnement en carburants, en gaz butane et pour plusieurs intrants énergétiques utilisés dans l’industrie.

Lorsque le baril monte, l’effet ne s’arrête pas à la station-service. Le transport routier devient plus coûteux, les prix du fret maritime augmentent et l’ensemble de la chaîne logistique se tend. Le commerçant paie plus cher pour acheminer ses marchandises, l’agriculteur supporte un coût plus élevé pour le transport et l’irrigation, et le consommateur retrouve cette hausse sur les étals.

La guerre en Ukraine a déjà montré ce mécanisme. Entre début 2022 et l’été de la même année, le Brent a dépassé les 120 dollars le baril, contre environ 70 à 80 dollars auparavant. Dans plusieurs pays de l’UEMOA, les prix alimentaires ont fortement progressé alors même que le choc initial venait de l’énergie et des marchés internationaux.

Les engrais constituent un autre canal souvent moins visible. Leur production dépend fortement du gaz naturel, dont une part importante provient également de cette région du monde. Une hausse du gaz renchérit les engrais azotés, ce qui augmente les coûts agricoles. Le producteur de riz, de maïs ou de légumes subit alors un choc bien avant que le consommateur final ne le perçoive.

En 2022, le prix mondial de certains engrais avait parfois doublé, provoquant une forte pression sur les coûts agricoles en Afrique de l’Ouest. Pour des économies où l’alimentation pèse lourd dans le budget des ménages, l’impact devient rapidement social autant qu’économique.

Les États eux-mêmes sont concernés. Lorsque les prix internationaux de l’énergie flambent, les gouvernements doivent choisir entre laisser les prix augmenter ou subventionner davantage les carburants et l’électricité. Dans les deux cas, la facture devient lourde. Soit le pouvoir d’achat recule, soit les finances publiques se dégradent.

Le détroit d’Ormuz agit donc comme un point de pression mondial. Une tension navale, une menace sur la circulation maritime ou une escalade diplomatique peuvent produire des effets très concrets à plusieurs milliers de kilomètres, jusque dans le prix du transport urbain ou du sac de riz.

La géopolitique paraît parfois abstraite. Pourtant, elle finit souvent par se mesurer dans quelque chose de très simple, le montant des courses à la fin du mois.

Source: Seneweb

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