Aicha Fall
Africa-Press – Madagascar. La question de la restructuration de la dette s’impose aujourd’hui comme l’un des axes majeurs de la politique économique sur le continent. Depuis la pandémie, le service de la dette publique a atteint des niveaux inédits dans plusieurs pays, absorbant une part croissante des recettes budgétaires. Selon la Banque mondiale, les paiements dus par les pays à revenu faible et intermédiaire ont dépassé 443 milliards de dollars en 2022, un record historique. En Afrique subsaharienne, le poids du service de la dette extérieure a fortement progressé entre 2020 et 2024, réduisant l’espace budgétaire consacré à l’investissement social et aux infrastructures.
Les cas du Ghana et de l’Éthiopie illustrent les trajectoires contrastées que peut prendre une crise d’endettement. Au Ghana, l’appréciation spectaculaire du cedi en 2025, estimée à près de 40 % sur certaines périodes, a mécaniquement réduit la valeur en monnaie nationale de la dette libellée en devises. Cette évolution a permis d’alléger le stock de dette extérieure de l’ordre de 14 milliards de dollars en équivalent et de rapprocher le ratio dette sur produit intérieur brut des objectifs négociés avec le Fonds monétaire international. Pourtant, cette amélioration repose en partie sur un facteur monétaire conjoncturel. Les écarts cumulés dans le service de la dette au cours des dernières années, évalués à plus de 11 milliards de dollars pour des pays engagés dans des discussions prolongées avec leurs créanciers, rappellent que la trajectoire reste fragile lorsque les négociations s’étirent.
La situation éthiopienne offre un contraste saisissant. La dépréciation d’environ 25 % du birr a amplifié le poids de la dette extérieure, transformant une difficulté de trésorerie en un problème plus profond de solvabilité. Malgré l’ouverture de discussions dès 2021 dans le cadre commun du G20, l’allègement obtenu demeure limité et la charge en monnaie locale s’est alourdie. Lorsque la devise se replie, chaque échéance en dollars ou en euros devient plus coûteuse, accentuant l’effet boule de neige sur les finances publiques. Dans ce contexte, la dynamique de change peut rapidement neutraliser les efforts d’ajustement budgétaire.
Les pays de la zone franc CFA ont, pour leur part, bénéficié d’un environnement de change plus stable, l’ancrage à l’euro ayant atténué les fluctuations monétaires. Cette stabilité a parfois produit un effet favorable sur la valorisation de la dette extérieure lorsque l’euro s’est apprécié face au dollar. Toutefois, cet avantage monétaire ne saurait remplacer des réformes de fond. Une monnaie stable protège temporairement contre les chocs de change, mais elle ne corrige ni les déséquilibres budgétaires persistants ni la dépendance aux financements extérieurs.
L’exemple de la Zambie est souvent cité comme un cas d’accélération plus efficace. Après avoir fait défaut en 2020, le pays a conclu un accord avec ses créanciers officiels et privés en 2023, ce qui a permis de rééchelonner une part significative de sa dette et de restaurer progressivement la confiance des marchés. Les rendements de ses obligations internationales ont reculé après l’annonce de l’accord, traduisant une amélioration de la perception du risque. Cette expérience suggère qu’une restructuration rapide et coordonnée peut réduire l’incertitude et limiter les coûts économiques d’une crise prolongée.
Le débat actuel dépasse donc la simple question du volume de dette. Il porte sur la nature même des vulnérabilités africaines. Une distinction claire entre problème de liquidité et problème de solvabilité devient indispensable. Dans le premier cas, un rééchelonnement temporaire peut suffire à rétablir l’équilibre. Dans le second, une réduction plus profonde du stock de dette s’impose pour éviter une spirale durable. Par ailleurs, la gestion du risque de change apparaît comme un élément central. La dépendance aux emprunts en devises expose les économies à des fluctuations qu’elles ne contrôlent pas, en particulier lorsque leurs recettes d’exportation sont concentrées sur quelques produits primaires.
La promotion d’instruments en monnaie locale constitue une piste régulièrement avancée. Développer des marchés obligataires domestiques plus profonds, attirer l’épargne institutionnelle nationale et réduire la part des dettes libellées en devises pourraient atténuer cette vulnérabilité structurelle. Toutefois, ces marchés demeurent encore peu liquides dans de nombreux pays et ne peuvent absorber à court terme l’ensemble des besoins de financement.
La restructuration de la dette ne se résume donc pas à une opération comptable. Elle renvoie à un choix stratégique sur la manière de financer le développement, de répartir les risques et de renforcer la résilience macroéconomique. Tant que les économies resteront exposées aux fluctuations monétaires internationales et à des cycles d’endettement procycliques, chaque variation de change pourra transformer un ajustement budgétaire en une nouvelle crise. L’enjeu n’est pas seulement de renégocier des échéances, mais de redéfinir les fondements mêmes de la soutenabilité financière sur le continent.
Source: seneweb
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