Ikala Paingotra
Africa-Press – Madagascar. Vécue il y a dix-sept ans aujourd’hui, le 7 février 2009 restera à coup sûr l’une des dates les plus sombres de l’histoire républicaine de Madagascar. Ce fut une effroyable machination ourdie par Rajoelina et ses sbires pour pousser le régime Ravalomanana à la faute, et obtenir les martyrs dont la révolution orange avait besoin.
Rappelons les faits. Au début de l’après-midi, Andry Rajoelina nomme un « Premier ministre » et lui octroie l’usage du Palais présidentiel d’Ambohitsorohitra. Première manipulation: en vertu de quelle autorité légale pouvait-il procéder à cette nomination? Ceux qui prétendent que l’histoire de la crise de 2009 commence le 17 mars avec la remise des pleins pouvoirs au Directoire militaire devraient se pencher sur cette question. Deuxième manipulation: Rajoelina pousse Monja Roindefo à demander à la foule sur la Place du 13 mai s’il fallait marcher pour conquérir le Palais d’Ambohitsorohitra. Rajoelina connaissait d’avance la réponse: la foule à la fois fanatique et écervelée ne pouvait que dire oui, et le piège s’est refermé sur Monja Roindefo et les manifestants. On connaît la suite: carnage, politisation des morts, procès bidon contre Ravalomanana et les responsables de la garde présidentielle, puis dépôt de gerbes commémoratives chaque année. C’est bien peu cher payé. Les morts sont morts, et ceux qui s’en sont servis comme marchepieds ont réussi à goûter du pouvoir.
Dix-sept ans après, quel est le bilan?
Cette manipulation en vue de provoquer des morts afin de délégitimer Ravalomanana a montré la mentalité sans scrupules de Rajoelina, qui a usé de tous les moyens possibles pour arriver au pouvoir: pillages du lundi noir (26 janvier), sacrifices de partisans du 7 février, mutinerie du Capsat (8 mars), attaque du Palais d’État d’Ambohitsorohitra (16 mars). Par quel miracle quelqu’un capable de ces bassesses pouvait-il être crédible dans ses engagement en matière de démocratie, d’État de droit et de bonne gouvernance? Telle est donc la première leçon: le comportement passé de quelqu’un pour arriver au pouvoir ne peut qu’augurer de son comportement futur pour s’y accrocher.
Rajoelina n’aurait toutefois pas pu faire la forfanterie du coup d’État de 2009 sans le soutien d’une partie des élites. Des témoignages révèlent que le coup d’État était préparé bien avant 2009, et que les sergents recruteurs avaient commencé à travailler depuis au moins mi-2008 pour attirer de « nouvelles têtes » dans le pouvoir prévu se mettre en place. Parmi ces « sergents recruteurs » figuraient des gens qui étaient encore à l’époque proches de Marc Ravalomanana, qui a donc été trahi. Il suffit de voir qui s’est précipité sur la Place du 13 mai dès la réussite du coup d’État, et de constater avec quelle facilité le Palais de Mahazoarivo avait ouvert ses portes à Monja Roindefo. Il faut d’ailleurs se demander si la fermeture de Viva-TV en décembre ne faisait pas partie du coup monté pour servir de prétexte aux manifestations. Telle est donc la deuxième leçon: les coups de poignard dans le dos viennent toujours du cercle d’intimes, et nul n’est à l’abri des coups bas et trahisons.
Mais il est également évident que Rajoelina n’aurait pas pu faire le coup d’État sans le soutien de certaines forces vives et d’une partie de la population. Il faut se souvenir de toutes les têtes de la société civile présentes à l’Hôtel la Rotonde à Besarety pour la conférence de presse donnée par Rajoelina après la fermeture de Viva-TV. Il faut se souvenir des quatre journalistes qui ont œuvré sur Viva-Radio chaque jour au début depuis décembre 2008 pour faire monter la grogne et l’esprit de révolte. Il faut garder à l’esprit la masse critique de la population qui est allée Place du 13 mai, a participé aux pillages du Lundi noir, a marché sur Ambohitsorohitra le 7 février, et a soutenu à coups de « bravos mercis » fanatiques tout ce que Rajoelina a fait pendant 12 ans, de 2009 à 2013, puis de 2018 à 2025. [1] Telle est donc la troisième leçon: il faut avoir le courage de remettre en question la capacité des citoyens malgaches à faire œuvre de sens critique. C’est facile d’accuser légitimement la classe politique de tous les maux, mais est-on capable de nous regarder dans le miroir quant aux tares de la population?
Aujourd’hui, on retrouve les mêmes profils au pouvoir: les mpisolelaka, les mpibizina, les mpiady an-tsena, les solelakistes, les mpivarotra saka beloha et les brutes. Certains ont servi sous Rajoelina et Rajaonarimampianina, et il suffit de voir dans le régime actuel la liste de ceux qui ont participé ou soutenu le coup d’État de 2009, et qui ont retourné leur veste en octobre 2025. Quelle crédibilité ont tous ces gens qui nous ont « vendu » Rajoelina comme le Messie et ce coup d’État de 2009 comme un acte de défense de la démocratie. Ils nous ont menti une fois, que peut-on encore espérer? D’autres sont des nouveaux venus qui semblent montrer une grand propension à perpétuer les vieilles pratiques.
Si au moins la manipulation du 7 février et l’envoi conscient de ses partisans vers la mort avaient provoqué un processus ayant permis à Madagascar de progresser, on aurait pu trouver des circonstances atténuantes à Andry Rajoelina. Cependant, tous les indicateurs chiffrés et la constatation du recul du pays sur tous les plans (routes, Jirama, insécurité, sens civique, démocratie) montre l’effet néfaste que l’ancien DJ a eu sur le pays. Mais que fallait-il attendre d’un homme aussi peu instruit mais si narcissique, et qui a été incapable de privilégier le bien du pays par rapport à son goût pour le werawera? On attend de voir si le ministère de la Justice finira par s’intéresser à l’enrichissement sans cause de la famille Rajoelina, au-delà des agitations médiatiques ala-safay.
Source: Madagascar-Tribune.com
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