Africa-Press – Madagascar. REPORTAGE. Après avoir imposé, en 2020, un prix plancher de la vanille à l’exportation, le gouvernement vient de faire volte-face en libéralisant le marché.
C’est un aveu d’échec du président Andry Rajoelina, qui avait à l’époque vanté le prix plancher comme permettant de protéger les producteurs et exportateurs des fluctuations du marché. « Je ne voulais pas faire comme mes prédécesseurs », explique-t-il. « Mais les Américains sont les plus grands acheteurs, et ils trouvaient que les marges des Malgaches étaient trop importantes. Cette année, ils n’ont rien acheté, pour forcer les prix à baisser. Ça a été un bras de fer, mais ils ont gagné. J’ai dû me plier à la pression. »
Un marché malgache en perte de vitesse
Début avril, le président a annoncé la fin du prix plancher à l’exportation, une décision entérinée par un décret le 5 mai. « Trop tardif » pour Lucia Ranja-Salvetat, gérante d’une entreprise familiale d’exploitants de vanille. « Même si le gouvernement a desserré le prix de 250 dollars le kilo, un acheteur international n’a aucun intérêt à acheter la vanille maintenant. Cette année, on va se retrouver à avoir l’équivalent de deux années de récoltes à vendre. Donc, ils vont sans doute préférer attendre que Madagascar solde sa vanille, car il y en aura trop sur le marché. »
Après ces trois ans de tentative de régulation, cette soudaine libéralisation du marché fait donc craindre une grande braderie de la vanille de Madagascar. Le prix plancher avait pourtant pour objectif justement de limiter la chute des prix après leur folle envolée en 2017-2018, lorsque le kilo de vanille s’était vendu à près de 600 euros. En 2003, une augmentation similaire avait été suivie d’une chute dramatique des prix, pour atteindre 30 dollars le kilo en 2005.
Mais le prix plancher a eu l’effet inverse à son but : au lieu de garantir une stabilité des prix, il a limité les ventes. Pour Lucia Ranja-Salvetat, « il a été mis en place de façon totalement arbitraire, sans distinction des grades de vanille ». Un même prix plancher pour la vanille rouge, destinée à des fins industrielles, et la vanille noire, celle qui possède le taux le plus élevé de vanilline, « illogique » selon elle. Les acheteurs de vanille avaient aussi dénoncé un prix plancher qui ne correspondait pas aux réalités du marché, la vanille se vendant désormais à l’étranger à des cours inférieurs. Car bien que Madagascar produise 80 % de la vanille à l’échelle mondiale, elle est concurrencée par des pays comme l’Ouganda ou l’Indonésie, et par la vanilline de synthèse.
La crise de la vanille partie pour durer
Même une autre mesure mise en place par le gouvernement qui avait reçu meilleur accueil n’a pas eu l’effet escompté. Il s’agissait d’un prix minimum d’achat de la vanille verte (avant affinage), destiné à protéger les petits agriculteurs contre une dégringolade des prix. Fixé à 75 000 ariary (soit environ 16 euros), il a finalement lui aussi été levé. Alors que 3 000 tonnes de vanille préparée datant des campagnes d’exportation précédentes attendent toujours preneur, les exportateurs ne sont pas pressés d’en acquérir de nouveau. Les agriculteurs n’ont alors d’autre choix que de vendre leur vanille verte à prix cassé faute d’alternative.
La précieuse épice, qui représente un quart des exportations du pays et 5 % de son PIB, est un piller de l’économie malgache. Un pilier cependant fragile, victime des aléas climatiques, de la spéculation et de la corruption, et qui, cette année, risque de traverser une nouvelle crise.

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