Dans le sud de Madagascar, des blocs agroécologiques, remparts contre la sécheresse

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Dans le sud de Madagascar, des blocs agroécologiques, remparts contre la sécheresse
Dans le sud de Madagascar, des blocs agroécologiques, remparts contre la sécheresse

Africa-Press – Madagascar. Ce sont des petits morceaux d’espoir dans un paysage assoiffé, écrasé par la chaleur et par le vent. Vu du ciel, leurs contours dessinent de longues bandes rectilignes, rangées les unes à côté des autres, comme des tapis de verdure dont les nuances laissent deviner la variété de cultures destinées à braver l’adversité du milieu.

Depuis quelques années, ces « blocs » dans lesquels ont été adoptées des méthodes agroécologiques permettent aux paysans du Grand Sud malgache de mieux résister aux effets des sécheresses répétées. Celle qui sévit depuis 2020 − la plus grave depuis quarante ans − constitue aujourd’hui un redoutable « crash test » pour le projet, reconnaît Stéphanie Andoniaina, chargée des opérations au Centre technique agroécologique du Sud (CTAS), dont le siège est installé à Ambovombe, capitale de la région d’Androy.

Cette ONG malgache dirigée par de jeunes ingénieurs agronomes décidés à démontrer que « tout n’est pas perdu » pour le Sud, est le pilier de cette révolution modeste et silencieuse. Les paysans du village de Beatoke sont les derniers à avoir rejoint l’aventure, juste avant que le sud de la Grande Ile ne bascule dans une nouvelle crise alimentaire, qui touche encore près de 1,4 million de personnes. Ils ne regrettent pas leur audace. « Nous avons peu récolté mais si nous n’avions pas introduit les pois d’Angole, cela aurait certainement été pire. Ils ont protégé les champs de mil et de sorgho », témoigne Dany Manantsoa, désigné « paysan pilote » par la communauté des agriculteurs.

La plante légumineuse joue en effet un rôle central dans la conception des « blocs agroécologiques » imaginés par les agronomes. Elle a d’abord pour fonction de recréer des haies pour protéger les champs des tempêtes de vent et de l’ensablement. Le phénomène de « tiomena » (vent rouge) baptisé ainsi en raison de la couleur des particules dont il est chargé est considéré comme le plus gros problème que doivent affronter les paysans. Avant même le manque d’eau.

« En dehors des bois sacrés, il n’y a plus un arbre dans la région. Ils ont tous été coupés pour faire du bois de chauffe ou construire des cases. Le vent racle les sols en emportant la couche la plus fertile. D’une année sur l’autre, un champ peut être enseveli sous une dune », décrit Stéphanie Andoniaina.

Les buissons de pois d’Angole, qui peuvent atteindre deux mètres de haut, ont d’autres vertus : leurs graines consommables contribuent à la diversité de l’alimentation, leurs feuilles peuvent servir de fourrage pour le bétail. Et, au bout de quelques années, ses parties ligneuses sont aussi utilisables pour le bois de chauffe.

« Paysans multiplicateurs » de semences

Les convertis de Beatoke ont aussi adopté de nouvelles variétés de semences plus résistantes à la sécheresse. Sorgho à cycle court qui pousse en trois mois au lieu de six, mil qu’ils ne cultivaient pas jusqu’alors… Ces plantes sont issues d’un long travail de sélection à partir de variétés locales améliorées ou importées de régions aux conditions climatiques comparables comme le Sahel. L’utilisation de plantes couvrantes comme les doliques, sorte de gros haricot, ou les pois de Lima qui soustraient le sol à l’érosion et maintiennent l’humidité, se généralisent peu à peu.

Avant le lancement officiel du projet en 2014, des travaux de recherches et des expérimentations ont été menés pendant près de dix ans en collaboration entre plusieurs institutions comme le Groupe de recherche et d’échanges technologiques (GRET) ou le Centre national de recherche appliquée au développement rural. «

En restaurant la fertilité des sols et en diffusant des semences mieux adaptées au climat, il est possible de trouver des solutions pérennes pour le grand sud. La faim n’est pas une fatalité », défend Tolotra Ranaivoharimanana, la directrice du CTAS. Les récoltes ont été deux fois plus abondantes dans les blocs que dans les parcelles traditionnelles, selon les évaluations menées par le GRET en 2018.

Le plaidoyer des villageois auprès de leurs semblables est l’arme principale pour faire grossir le mouvement. « Ils font davantage confiance à la parole de l’un d’entre eux plutôt qu’à celle d’un technicien pas toujours originaire de la région », reconnaît l’ingénieur agronome. A Beatoke, Dany Manantsoa a reçu un vélo pour rendre plus facilement visite à ses voisins.

« J’organise des invitations pour qu’ils viennent voir de leurs propres yeux ce que nous faisons. Nous leur expliquons ce qui a changé », explique-t-il en montrant la dernière innovation : une parcelle de cactus sans épines qu’il espère vendre à bon prix. Des pieds de moringa, dont les feuilles réduites en poudre font un bon complément alimentaire, ont aussi été plantés.

Le CTAS se charge de fournir des semences aux nouveaux volontaires recrutés. L’ONG dispose d’un site de production à Agnarafaly, près de la rivière Mandrare. Elle s’appuie aussi sur quelque 500 « paysans multiplicateurs » de semences sans lesquels il serait impossible de faire face aux besoins. Jusqu’à présent 31 blocs ont été créés. Ils couvrent une superficie de 7 000 hectares et enrôlent environ 14 000 paysans.

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