Africa-Press – Madagascar. Un véritable séisme institutionnel a frappé le siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à Madagascar. Huit des neuf membres du bureau permanent de l’institution ont officiellement présenté leur démission, provoquant une recomposition presque totale de l’organe chargé d’organiser et de superviser les élections dans le pays.
Les lettres de démission ont été déposées le 6 mars auprès de la Haute Cour constitutionnelle (HCC), à la suite d’une décision collective prise la veille. Dans une décision rendue publique, la juridiction d’Ambohidahy a validé la procédure et constaté officiellement la vacance de huit postes au sein de la commission.
La vague de départs touche la quasi-totalité de l’équipe dirigeante. Les trois vice-présidents — Andriamalazaray, Jeannot Guy Georges Razafindraibe et Randrianarivonantoanina Tina Ifanomezantsoa — figurent parmi les démissionnaires. Les deux rapporteurs, Fidimiafy Roger Marc et Ravalitera Jacques Michaël, ont également quitté leurs fonctions. À ces départs s’ajoutent ceux de trois conseillers: Dama Andrianarisedo Arsène, Andriamarotafikatohanambahoaka Ralaisoavamanjaka et Razafimamonjy Laza Rabary. Seul le président de la CENI, Thierry Rakotonarivo, demeure en poste.
Arrivé à la tête de l’institution en décembre 2025, Thierry Rakotonarivo n’a intégré la CENI que quelques mois auparavant, après la démission de son prédécesseur. Sa nomination était déjà intervenue dans un contexte de critiques persistantes visant l’organe électoral, régulièrement accusé par certains acteurs politiques et organisations de la société civile de manquer de crédibilité et de neutralité. Avant sa nomination, Thierry Rakotonarivo était directeur de cabinet du président de l’Assemblée Nationale, Siteny Randrianasoloniaiko.
Plusieurs sources évoquent un climat de défiance installé depuis plusieurs mois au sein et autour de la commission pour justifier ces départs. La légitimité de certains membres, nommés ou élus sous l’administration précédente, a notamment été remise en cause à plusieurs reprises. Cette démission quasi-collective apparaît ainsi, pour certains observateurs, comme une tentative d’apaiser les tensions qui entourent l’organisation des prochaines échéances électorales.
La décision de la Haute Cour constitutionnelle ouvre désormais la voie à la désignation de nouveaux membres du bureau de la CENI. Conformément à la loi, le président de la CENI doit informer les institutions et organisations dont étaient issus les membres démissionnaires afin qu’elles procèdent à leur remplacement.
Selon les explications de Thierry Rakotonarivo, les organes ou institutions concernés devront choisir leur nouveau représentant dans un délai de quinze jours. Les nouveaux commissaires auront pour mission d’achever le mandat de leurs prédécesseurs au sein de la formation permanente de la commission.
La CENI est en principe composée de neuf membres nommés pour un mandat unique de six ans, issus de différentes institutions: la présidence de la République, l’Assemblée nationale, le Sénat, la Cour suprême, la Haute Cour constitutionnelle, l’Ordre des avocats, l’Ordre des journalistes ainsi que deux représentants de la société civile.
Toutefois, ce processus de renouvellement pourrait se heurter à plusieurs contraintes institutionnelles. L’absence actuelle du Sénat et la situation transitoire que traverse l’Ordre des journalistes de Madagascar pourraient compliquer certaines désignations. La loi prévoit néanmoins que l’absence ou le retard de nomination d’un représentant ne bloque pas le fonctionnement de la commission.
Dans un contexte politique déjà marqué par plusieurs recompositions au sein des institutions publiques, cette crise interne de la CENI souligne le malaise persistant qui entoure l’organe chargé d’organiser les scrutins. La crédibilité du processus électoral dépendra désormais de la capacité des autorités et des institutions concernées à installer rapidement une nouvelle équipe jugée consensuelle et capable de restaurer la confiance.
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