Africa-Press – Madagascar. Invité d’une émission spéciale diffusée dimanche sur la chaîne nationale, le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo a livré un message sans ambiguïté sur la stratégie économique du gouvernement. Deux mois après la prise de fonction de l’exécutif, le Chef du gouvernement a reconnu les attentes fortes de la population issues des mouvements populaires ayant conduit au changement de régime, tout en rappelant les contraintes structurelles auxquelles fait face Madagascar, notamment en matière de finances publiques.
Au cours de son intervention, le Premier ministre est longuement revenu sur la question sensible du recours aux bailleurs de fonds internationaux, en particulier la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Une position qui tranche avec certaines revendications exprimées lors des mobilisations populaires ayant permis aux dirigeants actuels d’accéder au pouvoir, où une rupture avec ces institutions était régulièrement réclamée. « On ne peut pas se passer des bailleurs de fonds », a-t-il affirmé, assumant une approche pragmatique face à la réalité économique du pays.
Selon ses explications, Madagascar ne dispose pas, à l’heure actuelle, de ressources suffisantes pour financer seul son développement et faire face à l’ensemble des besoins sociaux. Les recettes de l’État proviennent essentiellement des taxes et des impôts, dont le niveau reste encore insuffisant pour couvrir les dépenses publiques, notamment dans les secteurs stratégiques comme l’énergie, la santé, les infrastructures et l’éducation. Dans ce contexte, le Premier ministre estime que le recours aux aides financières extérieures demeure indispensable pour assurer la continuité de l’action publique.
Herintsalama Rajaonarivelo a par ailleurs rappelé que l’État malgache est engagé dans plusieurs programmes conclus avec les bailleurs de fonds internationaux, dont certains courent jusqu’en 2027. Ces accords, a-t-il souligné, ne peuvent être remis en cause « sur un coup de tête », au risque de fragiliser davantage l’économie nationale et de compromettre des projets déjà en cours. Il a insisté sur la nécessité de respecter les engagements pris, tout en veillant à ce que ces partenariats servent effectivement les intérêts du pays et de la population.
Cette position s’inscrit dans une vision plus large de réformes progressives défendue par le gouvernement. Le Premier ministre a rappelé que la priorité reste la résolution des difficultés quotidiennes des Malgaches. À ce titre, il a évoqué les efforts engagés pour améliorer la production énergétique, notamment à travers le développement des énergies renouvelables comme le solaire, et la mise en service de nouvelles machines acquises par la JIRAMA. Ces investissements, en partie soutenus par des financements extérieurs, visent à réduire les coupures d’électricité et à soutenir l’activité économique.
L’approvisionnement en carburant, autre sujet de préoccupation majeur, a également été abordé. Le Chef du gouvernement a affirmé que la situation est désormais sécurisée grâce à des négociations menées avec les fournisseurs, avec l’appui de partenaires internationaux. Une stabilisation jugée essentielle pour éviter des perturbations économiques et sociales.
Sur le plan sanitaire, face à l’épidémie de Mpox (variole simienne), le Premier ministre a assuré que l’État mobilise tous les moyens disponibles pour la prise en charge des malades, le contrôle de la propagation du virus et le renforcement de la prévention. Là encore, il a souligné que l’appui des partenaires techniques et financiers joue un rôle important dans la capacité de réponse du pays.
Les infrastructures routières ont également été évoquées comme un exemple des limites budgétaires de l’État. Si les travaux sur la RN2 Antananarivo–Moramanga enregistrent des avancées notables, ceux de la RN7 vers Antsirabe accusent d’importants retards. Le Premier ministre a annoncé que des mesures seront prises contre les entreprises défaillantes, tout en rappelant que la poursuite de ces grands chantiers dépend en grande partie des financements disponibles.
Au-delà des aspects économiques, Herintsalama Rajaonarivelo a réaffirmé la volonté du gouvernement de renforcer la transparence et l’État de droit. Il a annoncé avoir donné instruction à chaque ministre de rendre compte quotidiennement de ses actions auprès de la population via les médias. Il a également assuré que les poursuites contre les responsables de détournements de fonds publics seront menées jusqu’à leur terme.
Enfin, sur le plan politique, le Premier ministre a tenu à préciser qu’il ne sera candidat à aucune élection à l’issue des 22 mois restants de son mandat. Concluant son intervention, il a appelé à l’unité nationale et à la solidarité, invitant la population à comprendre les choix économiques du gouvernement dans un contexte de ressources limitées et de dépendance encore forte à l’aide extérieure.
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