Îles Éparses : la France s’oppose toujours à leur restitution à Madagascar

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Îles Éparses : la France s'oppose toujours à leur restitution à Madagascar
Îles Éparses : la France s'oppose toujours à leur restitution à Madagascar

Africa-Press – Madagascar. COOPÉRATION. Depuis des années, les îles Éparses sont au coeur d’un imbroglio diplomatique entre la France et Madagascar. Notre pays a toujours affiché, quelles que soient les majorités qui se sont succédé au pouvoir, son intention de conserver ces terres dans le giron national. Et le 5 octobre dernier, devant les sénateurs, le ministre délégué en charge des Outre-mer, Jean-François Carenco, a répété la position du président Macron : « Oui à la coopération scientifique, mais non à la restitution de ces terres » qui appartiennent à la France.

En 2013, comme en 2018, Andry Rajoelina, avait placé la restitution des quatre possessions françaises du canal du Mozambique, Bassa-da-India, Europa, les Glorieuses et Juan-de-Nova, au cœur de ses campagnes électorales. Mais dix ans plus tard, les îles Éparses sont toujours françaises. Et pour cause. Au-delà de la partie visible de ces îlots et de sa biodiversité exceptionnelle, qui nécessite des moyens de protection importants que seule la France serait en mesure de garantir, il est difficile d’ignorer également ce que les sous-sols maritimes de ces îles si convoitées, renfermeraient en réserves d’hydrocarbures (pétrole et gaz naturel). Des matières fossiles qui prennent chaque jour un peu plus de valeur, dans un contexte international que le conflit russo-ukrainien a contribué à tendre davantage.

Devant le Sénat, en début de mois, Jean-François Carenco, ministre délégué en charge des Outre-mer, n’a d’ailleurs pas manqué de réaffirmer haut et fort la politique présidentielle sur ce sujet. Si une coopération concernant les études scientifiques autour d’une commission mixte peut être envisagée, avec la Grande Île, comme l’avait évoqué, dès 2019, le président Emmanuel Macron en recevant à l’Elysée son homologue, Andry Rajoelina, en revanche, il n’est pas question de « cogestion » et encore moins de « restitution », comme l’a répété le ministre Carenco, que citait mardi France Info – La 1ère, en reprenant les titres de la presse malgache.

Une feuille de route scientifique commune

On se souvient de ce côté-ci de la mer, que le président français avait profité de sa dernière visite à Mayotte, en octobre 2019, pour se rendre sur les îles Eparses. Pas peu fier de rappeler que celles-ci appartenaient à la France et à personne d’autre. Ce qui lui avait attiré les foudres de Rajoelina, entré aussitôt dans une longue bouderie. Depuis, les temps ont passé, mais la position de la France, rappelée il y a quelques jours à la tribune du Palais du Luxembourg, par le ministre délégué des Outre-mer, reste invariable.

« Il n’est absolument pas dans l’intention du président de la République (français, ndlr) de baisser la garde, tant s’en faut », a ainsi martelé Jean-François Carenco, comme l’observe le journal Midi-Madagascar. Le ministre avait profité de cette audition pour revenir sur la coopération scientifique entre les deux pays, en annonçant que la fameuse « commission mixte » évoquée dès 2019 par le président Macron, pourrait se tenir en novembre à Paris. « Une feuille de route commune à l’ensemble des organismes de recherche actifs sur les Îles Eparses sera signée très bientôt » a ainsi confirmé le ministre des Outre-mer. Ce travail scientifique ayant pour but de sanctuariser la biodiversité dans ces quatre terres situées, quasiment, au milieu du canal du Mozambique.

> Tananarive et Moscou : les liaisons dangereuses…

Malaise au sein de la diplomatie malgache. Le ministre des Affaires étrangères, Richard Randriamandrato a été limogé mardi 18 octobre pour avoir voté en faveur de la résolution condamnant « les annexions illégales de la Russie sur l’Ukraine » le 12 octobre à l’ONU, comme le rapporte Le Monde dans son édition numérique de mardi dernier. La position du chef de la diplomatie malgache a été d’autant plus surprenante que Madagascar avait, jusqu’à présent et comme d’autres pays africains, « toujours choisi de s’abstenir de voter des résolutions contre la Russie, campant fermement sur une position de neutralité », observe le quotidien du soir.

Interrogé par RFI, ce mercredi, le ministre Randriamandrato a expliqué avoir « pris cette décision en (s)on âme et conscience », sans avoir « mis en danger l’intérêt de la nation en votant ainsi ». Ajoutant qu’il avait reçu l’aval du président de la République et du gouvernement.

Et nos confrères du Monde de relever un échange téléphonique que le journal a eu, la veille de son limogeage, avec le ministre des Affaires étrangères de Madagascar, qui devait conduire la délégation malgache à Paris les 2 et 3 novembre prochains, pour y reprendre les discussions sur l’avenir des îles Éparses, précisément. « Nous ne pouvons rester sans condamner le non-respect par la Russie du principe d’intégrité territoriale à travers l’annexion de quatre régions de l’est de l’Ukraine (…) Cela ne serait pas cohérent avec notre propre démarche diplomatique, qui, dans quelques jours, nous conduira à Paris pour demander la réintégration des îles Éparses sous la souveraineté malgache », justifiait alors Richard Randriamandrato.

Reste à savoir si le président Andry Rajoelina a été mis devant le fait accompli par son chef de la diplomatie malgache, où bien s’il l’a réellement validé en amont, avant d’être sommé par Moscou – dont les relations avec la Grande Ile se sont visiblement intensifiées ces derniers mois, et qui, entre autres aides, soutient Antananarivo dans sa demande de restitution des îles Éparses par la France – de clarifier sa position. En faisant sauter, donc, son propre ministre des Affaires étrangères ? Comme un simple fusible…

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