Africa-Press – Madagascar. Pendant plus de cinquante ans, la Grande Île a privilégié la desserte aérienne intérieure. Résultat, elle ne dispose toujours pas d’un réseau routier à même d’assurer son développement.
Certains choix politiques façonnent pour longtemps la réalité d’un pays. Et le choix opéré par les pères de l’indépendance malgache, lors de la première République, de privilégier la desserte aérienne intérieure en multipliant les aérodromes régionaux, plutôt que de bâtir un réseau routier digne de ce nom, continue aujourd’hui d’affecter les activités économiques et le développement humain à travers tout le pays.
Moins de 6 000 km bitumés
D’autant plus que, ces dernières années, les dirigeants malgaches n’ont guère montré d’intérêt pour un dossier qui n’a connu aucune avancée significative depuis le premier mandat de Marc Ravalomanana (2002-2006). Gelés pendant la transition, de 2009 à 2013, les investissements routiers se sont ensuite concentrés autour d’Antananarivo, avec la réhabilitation ou la création de bretelles et de rocades entre la capitale, son aéroport international, et quelques agglomérations environnantes.
Résultat, sur les 50 000 kilomètres (km) de routes existant dans le pays, seuls 30 000 km sont aujourd’hui praticables, dont moins de 6 000 sont bitumés, le reste étant constitué de pistes en terre, pour la plupart fermées pendant la saison des pluies (laquelle s’étire de novembre à avril). En 2022, la Banque mondiale a estimé la densité routière de Madagascar à 5,4 km pour 100 km2, soit l’un des indices les plus faibles du monde, soulignant que près de 17 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, est ainsi littéralement laissée au bord de la route.
Pour de nombreux observateurs, la situation du réseau routier, en sous-équipement chronique, s’est même dégradée ces dernières années. Dès le début de son nouveau mandat, en 2019, Andry Rajoelina s’est pourtant empressé d’engager la réhabilitation, sur 80 km, de la route nationale (RN) 44, qui relie la capitale au grenier à riz de la région d’Alatroa. Mais il a ensuite fallu attendre juin 2022 pour voir démarrer les travaux sur la RN13 et la RN12A, qui desservent les régions enclavées du sud de l’île. Et, pour chacun de ces chantiers, ce sont les bailleurs internationaux – Banque mondiale, Banque africaine de développement (BAD) ou Banque européenne d’investissement (BEI) –, qui ont mis la main au portefeuille. En effet, le Fonds d’entretien routier (FER), créé en 1997 et devenu Fonds routier en 2019, n’a jamais vraiment rempli son office. Personne ne semble même pouvoir dire aujourd’hui de quel montant exact il dispose.
Rénovations en cours et annonces opportunes
Quelle n’a donc été la surprise quand, au début de juillet dernier, un conseil des ministres spécial, dirigé par le président Rajoelina, a déclaré vouloir lancer un vaste programme de réhabilitation de plusieurs axes de la capitale, ainsi que quelques tronçons des routes nationales 2, 4, 6 et 7. L’annonce est évidemment très opportune, à quelques mois de la présidentielle prévue le 9 novembre prochain, et aucun détail n’a été fourni, ni sur le financement ni sur les délais de livraison des chantiers.
Mais l’essentiel est ailleurs : « C’est la première fois, depuis des décennies, qu’un tel chantier va voir le jour dans le pays », s’enthousiasme le représentant de l’un des principaux bailleurs du pays. Ces derniers comptent d’ailleurs poursuivre leurs efforts pour accompagner le développement des infrastructures routières, à commencer par la Banque mondiale, qui, comme l’explique l’un de ses responsables, a déjà décaissé 400 millions de dollars pour la rénovation (en cours) de routes essentielles à une meilleure connectivité à l’intérieur de l’île, comme la RN10, dans le sud-ouest, ou la RN31 dans le nord-est. L’institution voit même plus loin : elle prépare, pour 2024, le lancement d’un programme de 1 milliard de dollars sur dix ans pour développer l’ensemble du secteur des transports malgaches, « selon une logique multimodale » aujourd’hui encore inédite dans le pays.
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