Benjamin Roche : “Protéger la biodiversité, c’est diminuer le risque épidémique”

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Benjamin Roche : “Protéger la biodiversité, c’est diminuer le risque épidémique”
Benjamin Roche : “Protéger la biodiversité, c’est diminuer le risque épidémique”

Africa-Press – Mali. Benjamin Roche est directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Egalement l’un des principaux architectes de l’initiative Prezode (Preventing Zoonotic Diseases Emergence), qui vise à prévenir les zoonoses à l’échelle internationale, il sera l’un des intervenants de l’événement “Santé Globale”. Cette journée de conférence est organisée à Strasbourg le 25 novembre 2022 par Sciences et Avenir – La Recherche. L’inscription est gratuite, et obligatoire. Elle se fait en ligne, à l’adresse www.lesrencontressanteglobale.fr.

“Un écosystème diversifié en matière d’espèces peut freiner le développement d’une épidémie”

Sciences et Avenir : Est-ce un effet de loupe médiatique ou les épidémies sont réellement de plus en plus nombreuses ?

Benjamin Roche : Oui, on en enregistre quatre fois plus aujourd’hui que dans les années 1970. Et parmi ces maladies émergentes, 75 % sont des zoonoses, c’est-à-dire dues à un agent pathogène – virus, bactérie, ou parasite – qui se transmet de l’animal à l’humain. Le principal facteur explicatif, c’est l’impact des activités humaines sur la nature. Quand un écosystème est diversifié en matière d’espèces, il peut freiner le développement d’une épidémie, puisque toutes les espèces animales ne sont pas capables de transmettre l’ensemble des virus. En perdant de cette biodiversité, les barrières tombent et les agents pathogènes circulent beaucoup plus.

À quoi est due cette perte aujourd’hui ?

La cause principale est la déforestation. En plus de la destruction d’espèces, la diminution des surfaces de forêt renforce la proximité de l’humain et des animaux sauvages, ce qui favorise la propagation des maladies. Celles-ci gagnent très rapidement toutes les régions du monde car la circulation internationale ne laisse plus le temps de les contrôler. On l’a bien vu avec l’épidémie de coronavirus : on est passés d’une dizaine de cas de pneumonie atypique en Chine en décembre 2019 à la quasi-totalité du monde en confinement, trois mois plus tard.

Benjamin Roche (NANDA GONZAGUE / TRANSIT)

“On estime qu’il existe 500.000 à 800.000 espèces de virus qui peuvent toucher l’humain et qu’on ne connaît pas”

Comment peut-on se protéger des pandémies à venir ?

Il y a trois niveaux d’analyse. Quand le virus est là, il faut avoir les outils : vaccins, thérapies, etc. Mais à partir du moment où il s’est propagé, on sait qu’il y aura des dégâts sur les plans humain et économique. C’est déjà trop tard. Ce qui nous amène au second impératif : se préparer. On sait que de nouvelles pandémies arrivent. Il faut prévenir l’évolution et la transmission en ayant des plans d’actions quand une maladie émerge. Le développement de nouveaux vaccins en fait aussi partie.

Et puis, reste enfin la prévention. Puisque les épidémies apparaissent parce que l’on perd en biodiversité, il faut protéger les écosystèmes. Mais tout en veillant à ne pas oublier les populations riveraines de la forêt, qui sont souvent contraintes de l’exploiter pour survivre.

Comment s’organise la recherche autour de ces questions ?

Aujourd’hui, on estime qu’il existe 500.000 à 800.000 espèces de virus qui peuvent toucher l’humain et qu’on ne connaît pas. On ne peut donc pas faire un plan de combat pour chaque virus. L’objectif est d’agir sur les facteurs qui favorisent l’émergence de ces virus. Il faut orienter la recherche académique vers des problèmes concrets, la protection des forêts, pour produire des connaissances scientifiques qui serviront directement aux opérationnels de terrain.

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