Que sont les tordeuses vertes du chêne, ces insectes qui ravagent les arbres ?

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Que sont les tordeuses vertes du chêne, ces insectes qui ravagent les arbres ?
Que sont les tordeuses vertes du chêne, ces insectes qui ravagent les arbres ?

Africa-Press – Mali. François-Xavier Saintonge: Les tordeuses vertes du chêne, de leur nom scientifique Tortrix viridana, sont des insectes lépidoptères. C’est un papillon qui a un cycle annuel, donc une génération par an. Les œufs passent l’hiver sur les petits rameaux en haut des chênes. Les chenilles éclosent au printemps au moment du débourrement des arbres qui a lieu entre la fin mars et la fin juin environ, suivant les régions et les espèces de chênes. Cette coïncidence phénologique entre le débourrement des chênes et l’éclosion des larves est très importante.

L’insecte passe par plusieurs stades larvaires, dont une phase de chrysalide où il ne se passe pas grand-chose, qui dure de 15 jours à 3 semaines. Et puis les papillons éclosent de ces nymphes, vont se reproduire et vont tomber. C’est donc un cycle annuel qui est finalement assez simple et classique. Certaines chenilles sont polyphages, mais la tordeuse verte est strictement inféodée aux chênes. Tous les chênes sont affectés, donc les chênes caducs, ainsi que les chênes persistants.

“La tordeuse verte du chêne peut affaiblir les chênes au point de participer à leur dépérissement”
Quels dommages infligent-elles aux chênes affectés ?

Les dommages, c’est le nid de l’affaire. La tordeuse verte du chêne est un insecte qui peut, sur plusieurs années, affaiblir plus ou moins fortement les chênes au point de participer à leur dépérissement. Le dépérissement n’est pas un phénomène simple, il est plurifactoriel. Cela veut dire qu’une défoliation de tordeuse verte sur des chênes en bonne santé ne va pas les faire mourir. Par contre, plusieurs défoliations sur des vieux chênes qui ne sont pas tout à fait en adéquation avec le sol sur lequel ils poussent, en lien avec une sécheresse, peuvent entraîner des dépérissements.

De manière générale, on considère que les défoliateurs sont d’autant plus impactants sur la vitalité des chênes qu’ils éclosent tardivement. La tordeuse verte étant un défoliateur précoce, on considère qu’elles sont moins impactantes que d’autres espèces. Cependant, avec le climat actuel, les chênes sont majoritairement affaiblis par les sécheresses. La défoliation de tordeuse verte, comme d’autres défoliateurs précoces, peuvent donc être de nature à entraîner des dépérissements.

A quel point les forêts sont en danger quand il y a une présence de tordeuses vertes ?

C’est toujours compliqué de discriminer la part relative des défoliations de la tordeuse verte, ou d’autres défoliateurs d’ailleurs, de celles des autres facteurs. Malgré tout, si on globalise, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’effet en termes de vitalité et de mortalité des arbres, mais on ne peut pas dire non plus qu’il y a des mortalités totales. On n’est pas sur l’effet d’un incendie, par exemple, où tout brûle. Donc, on va être entre les deux. S’il fallait citer un chiffre, c’est plutôt des dépérissements de l’ordre de 20 % ou 25 % des arbres qui pourraient dépérir après plusieurs défoliations de tordeuse verte. Mais la quantification n’est pas simple donc c’est vraiment du conditionnel.

Comment lutte-t-on contre la prolifération de l’espèce ?

Normalement, la lutte passe par deux phases. La première, c’est une phase d’évaluation du risque: est-ce qu’il y a un risque de présence forte de la tordeuse verte et un risque de défoliation l’année prochaine ? La deuxième étape, c’est d’évaluer le niveau de vulnérabilité des peuplements. Comme dit précédemment, tous les peuplements ne sont pas vulnérables, donc pour une action de lutte, il faut raisonner par parcelle forestière. Par exemple, une défoliation de tordeuses vertes signifie qu’il n’y aura pas de production de glands l’année d’après. Et donc, s’il y a des besoins de glands pour des questions de régénération ou autre sur cette parcelle, alors cela constitue un stade vulnérable des peuplements forestiers.

“Depuis une dizaine d’années, il n’y a plus de traitement contre ces insectes”

Toutefois, il existe une méthode de lutte qui a été pratiquée pendant un certain temps et qui l’est encore dans certains pays d’Europe. Elle consiste à épandre un insecticide sur les premiers stades larvaires de l’insecte. L’objectif n’est pas de tuer les insectes mais de protéger les arbres. Donc, plus on intervient tôt, moins on a de défoliations. Les traitements se font donc majoritairement par l’épandage d’une bactérie qui s’appelle Bacillus thuringiensis, qui est spécifique aux larves de lépidoptères de premier stade.

On a pratiqué cette méthode en France pendant un certain temps sur des surfaces extrêmement minimes par rapport à la surface de la chênaie française. C’était quelques centaines d’hectares, quelques milliers d’hectares, dans le pire des cas. Donc les traitements étaient extrêmement limités. Depuis une dizaine d’années, les traitements aériens sont interdits en France, sauf exception. Et donc, depuis que ces traitements sont interdits, il n’y a plus de traitement contre les tordeuses vertes du chêne. Il n’y a jamais eu d’exception prise pour lutter contre cet insecte. Donc on arrête de faire de l’évaluation des niveaux de population.

À l’échelle individuelle, il existe quelques solutions pour ralentir la propagation des tordeuses vertes. Par exemple, en supprimant les rameaux attaqués à la main ou en achetant des pièges à phéromones pour capturer les papillons mâles. Il est aussi possible d’installer un nichoir à proximité des chênes pour attirer les mésanges, prédatrices naturelles des chenilles.

On est assez fatalistes, finalement, par rapport au sujet. La société et la réglementation considèrent que l’enjeu n’est pas à la hauteur de l’exception, jusqu’à présent. L’exception pourrait être autorisée par le gouvernement, mais il n’y a pas eu de sollicitation du monde forestier pour obtenir ces dérogations. C’est probablement aussi parce qu’il est peu probable que ces dérogations soient accordées à une forêt de biodiversité.

Il y a eu un certain nombre de travaux relativement précis sur cet insecte-là, à une époque. L’entomologiste français Paul du Merle travaillait beaucoup sur cet insecte et on a beaucoup appris dans le courant du 20e siècle. Mais actuellement, il n’y a pas une pression très forte pour avoir plus d’informations sur cet insecte. On va dire que le monde forestier fait avec.

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