ce que la justice reproche à Ras Bath et Boubou Cissé

Mali : ce que la justice reproche à Ras Bath et Boubou Cissé
Mali : ce que la justice reproche à Ras Bath et Boubou Cissé

Africa-PressMaliInterpellées il y a une semaine, plusieurs personnalités poursuivies pour « complot contre le gouvernement », dont l’activiste Ras Bath, ont été présentées devant un juge qui a décidé de les placer sous mandat de dépôt. L’instruction judiciaire vise également l’ancien Premier ministre Boubou Cissé.

Au terme d’une audience qui s’est tenue ce jeudi au tribunal de Bamako, le juge chargé du dossier a décidé de placer en détention préventive Mohamed Youssouf Bathily – dit Ras Bath – , ainsi que cinq de ses coprévenus. Les cinq hommes sont poursuivis dans le cadre d’une instruction judiciaire ouverte pour « atteinte à la sûreté de l’État ».

Boubou Cissé « introuvable »
L’ancien Premier ministre Boubou Cissé, également cité dans ce dossier, n’a pour sa part pas été incarcéré car, selon la justice, il est « resté introuvable ». Le secrétaire général de la présidence, Sékou Traoré, également cité, n’a pas non plus été concerné par les mesures de privations de liberté prononcées jeudi 31 décembre, son cas ayant été transmis à la Cour suprême, compte tenu de son statut.

« Ils sont accusés d’atteinte à la sûreté de l’État et ont été placés sous mandat de dépôt, a confirmé à Jeune Afrique Boubacar Yalkoué, secrétaire administratif du Collectif pour la défense de la République (CDR, dont est membre Ras Bath). Nous pensions pourtant qu’au regard du fond du dossier, ils seraient libérés après avoir été entendus par le juge d’instruction. »

Il a par ailleurs précisé que les avocats des prévenus se sont réunis pour décider d’une stratégie commune dès la décision de placement sous mandat de dépôt connue, et insisté sur le fait que les actions futures s’inscriraient « dans le cadre légal ».

Flou autour des interpellations
C’est un dossier qui défraie la chronique à Bamako depuis que plusieurs personnalités ont été interpellées dans des circonstances troubles, dès lundi 21 décembre. Il avait fallu attendre le dimanche 27 septembre pour que le procureur de la République, Mamadou Kassogué, ne livre enfin les raisons qui avaient conduit à ces arrestations.

Dans un communiqué, le magistrat a alors expliqué que les mis en cause avaient été arrêtés « suite à une dénonciation des services de sécurité faisant état de faits d’atteintes à la sûreté de l’État » et qu’ils avaient été « mis à la disposition » du service d’investigation de la gendarmerie nationale « pour les besoins de l’enquête ».

Si l’affaire fait autant de bruit, c’est que les personnalités citées dans cette enquête sont, pour certaines, très connues. Outre Sékou Traoré, secrétaire général de la présidence, un statut qui lui donne le rang de ministre, et l’ancien Premier ministre Boubou Cissé, on trouve en effet le polémiste Mohamed Youssouf Bathily – dit Ras Bath – , célèbre chroniqueur sur Renouveau FM, une radio sur laquelle il anime « Grands dossiers », une émission dans laquelle il s’est montré critique à l’encontre des nouvelles autorités ces derniers mois.

Sont également concernés par l’enquête Mahamadou Koné, trésorier payeur général, Vital Robert Diop, directeur général de la société PMU-Mali, Aguibou Tall, directeur général adjoint de l’AGEFAU, ainsi que Souleymane Kansaye, receveur général du district.

Tous, à l’exception de Sékou Traoré, avaient été placés en détention préventive avant d’être présentés devant le juge, ce mardi.

Tous ont également été placés ce jeudi sous mandat de dépôt par le juge d’instruction. Sékou Traoré, qui a repris ses activités à la présidence, n’a quant-à lui pas été concerné par cette décision. « Compte tenu de son statut de magistrat et de sa fonction qui lui confère le rang de ministre, les éléments d’enquêtes le concernant ont été transmis au procureur général près la Cour suprême », a précisé le procureur Mamadou Kassogué, dans un communiqué publié en fin de journée, le 31 décembre.

« Je ne suis ni directement ni indirectement, de quelque manière que ce soit, associé à aucun projet de déstabilisation des institutions de mon Pays et, je défie quiconque d’en apporter la preuve contraire », avait affirmé Boubou Cissé, le 22 décembre au lendemain des premières arrestations, dans un message posté sur les réseaux sociaux. Deux jours plus tard, le 24 décembre, les forces de l’ordre envoyées à sa résidence de Bamako pour l’interpeller n’y ont pas trouvé l’ancien Premier ministre. Il « se porte bien », a assuré son comité de soutien, sans préciser l’endroit où se trouvait alors Boubou Cissé.

« Complot contre le gouvernement »
Si le magistrat y insiste sur le fait que les personnes mises en cause « bénéficient, à ce stade, de la présomption d’innocence », le procureur n’en livre pas moins les éléments à charge retenus à leur encontre.

L’information judiciaire a été ouverte pour des faits de « complot contre le gouvernement, association de malfaiteurs, offense à la personne du chef de l’État », précise le procureur, qui évoque « des indices graves et concordants de faits laissant présumer l’existence d’une entreprise criminelle ».

Parmi ceux-ci, « des contacts suspects soutenus entre certaines personnes mises en cause en des lieux et des heures laissant apparaître une volonté de tenir secrètes leurs activités », des « déplacements suspects à l’intérieur du pays auprès de certaines personnalités » ou encore « des actions de sabotage de certaines initiatives des autorités de la transition ». Dans son communiqué, Mamadou Kassogué se garde cependant de donner plus de détails sur les personnalités ou actes de sabotages allégés.

Il insiste par ailleurs sur « des indices établissant la possibilité de liens entre les suspects et certaines associations, organisations et personnalités influentes du monde médiatique dans le cadre d’actions coordonnées ». Mais là encore, sans donner plus de détails sur les dessous de ces « actions coordonnées » présumées.

L’Association malienne des droits de l’homme (AMDH), qui avait auparavant dénoncé des « arrestations extrajudiciaires », a pu avoir accès aux locaux de la gendarmerie au cours du week-end dernier. L’AMDH s’était réjouie, dans un communiqué daté du 28 décembre, « de la judiciarisation des dossiers » et avait assuré que les conditions de détention des personnes mises en cause étaient correctes.

Les prévenus devaient initialement être présentés au procureur de la République dès lundi, mais, selon une source judiciaire, le magistrat a décidé de reporter la convocation en raison d’une manifestation organisée par plusieurs militants du Collectif pour la défense de la République (CDR) de Ras Bath. Une nouvelle audience devant le juge avait été programmée pour ce mercredi 30, mais avait finalement été, à nouveau, reportée.

 

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