Mustapha OUARAB
Africa-Press – Mali. Victimes de de leur situation géographique qui les a condamnés à un enclavement naturel éternel loin de la mer, les pays du Sahel Africain peinent pour importer ou exporter. Entourée par le grand Sahara, le désert le plus étendu au monde (9 millions de km2), et gangrénée par des guerres sans fin et de tous genres, la région Sahara-Sahel regorge pourtant d’opportunités.
Et à c’est pourtant à cette région tumultueuse, que le Maroc a proposé le 6 novembre dernier, d’offrir une ouverture sur l’océan atlantique.
« un partenariat « gagnant-gagnant »
En une phrase, on peut qualier l’initiative Marocaine d’ « offensive géopolitique, diplomatique et commerciale sans précédent de Rabat au Sahel ».
Mohammed VI a proposé au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad de désenclaver leurs économies. Comment ? Grâce à la mise en place d’une zone de libre-échange s’étendant du Tchad à l’Est, passant par le Niger et le Mali (et éventuellement) Mauritanie, jusqu’au port de Dakhla sur l’océan Atlantique dans le Sahara occidental (Marocain). Rabat se dit prête à mettre ses «infrastructures routières, portuaires et ferroviaires» à la disposition de ces quatre pays du Sahel, qui devront instaurer une task force pour favoriser la sécurité dans la région. Proposition à laquelle ont répondu favorablement, fin décembre dernier, les pays concernés.
Le Maroc, un pays cherchant à garder, mais surtout renforcer les liens étroits avec ses origines africaines. En tant que pays actif et solidaire avec son voisinage, le royaume occupe une place très importante et cruciale dans l’Afrique, grâce a une diplomatie forte et efficace sous l’impulsion du Roi Mohammed VI. Depuis son retour au sein de l’UA (Union Africaine), le royaume est à l’initiative de beaucoup de projets de coopérations régionales.
Depuis son retour au sein de l’UA le 31 janvier 2017, le Maroc est considéré comme membre dynamique et entreprenant. Cependant la Coopération Sud-Sud forme un axe primordial important sur l’échelle économique. C’est dans ce sens que le pays contribue au développement de plusieurs secteurs dans le continent, ce qui a pour objectif l’évolution des pays voisins, tout en renforçant l’amitié maroco-africaine.le Maroc adopte une diplomatie constante, orientée vers la coopération sud-sud. Avec sa ferme volonté, le Maroc vise à favoriser l’efficacité de son implication dans les enjeux et défis que rencontre le continent. Plusieurs axes de coopération sont aujourd’hui mis en œuvre par le Maroc à l’égard des pays africains, que ça soit dans le domaine agricole, industriel, pharmaceutique, éducatif…
Le but du Maroc est aussi de réaliser un progrès économique, en coopération avec son voisinage africain et ce, en renforçant ses exportations et importations vis-à-vis des pays africains.
D’après le rapport de l’Office des changes publié le 19 juillet 2022, le Maroc a marqué une hausse dans ses échanges commerciaux avec l’Afrique, avec une augmentation de 29,8 % par rapport à 2021, et qui égale à 10,6 milliards de dirhams (près d’ 1,5 milliard de dollars). L’exportation des produits agro-alimentaires est primordiale pour le Maroc, et se considère comme balance permettant l’obtention d’un nouvel équilibre, après la situation épidémique, selon l’Office des changes.
Depuis 2000, la source précise que les échanges entre le Maroc et l’Afrique marquent une hausse remarquable, surtout en termes d’exportation et d’importation, avec un pourcentage de 9,5% en moyenne annuelle, soit 39,5 milliards de dirhams (près de 3,7 milliards de dollars) en 2019, ce qui représente 6,9% du commerce extérieur du Maroc. Et les échanges continuent de fructifier d’année en année.
En adoptant une stratégie de dynamisme commercial depuis 2009, le Maroc cherche à renforcer son statut économique avec l’Afrique, en vue de créer une croissance économique basée sur l’approche gagnant-gagnant. Ce qui a permis au Maroc d’enregistrer une hausse de, 6,1% en croissance annuelle moyenne, en 2019, année de référence avant la pandémie.
Le Maroc investit dans les pays d’Afrique, et sur plusieurs domaines, au cours des 10 dernières années, avec une présence sur plus de 30 pays africains, pour implanter son savoir-faire et son expertise, dans les secteurs liés aux services financiers, les télécommunications, immobilier, la distribution, ainsi que l’industrie chimique (surtout les phosphates).
Dans cette envergure, l’Afrique de l’Ouest (Sahel inclus) capte aujourd’hui plus de 55% des investissements Marocains en Afrique. L’Afrique du Nord recueille 25% des flux, avec 15% pour l’Afrique centrale et 5% pour l’Afrique australe des investissements Marocains.
Un contexte très tendu
Paradoxalement, le Sahel, vaste région africaine semi-aride séparant le désert du Sahara au nord des savanes tropicales au sud, est autant une terre d’opportunités que de défis. Il est doté de ressources humaines et naturelles abondantes, offrant un énorme potentiel de croissance rapide. Pourtant, il y existe des défis — environnementaux, politiques et sécuritaires — profondément enracinés, qui peuvent nuire à tout effort de réalise la prospérité et la paix.
Nul n’ignore que le Sahara-Sahel est actuellement l’une des régions les plus déstabilisées et les plus défavorisées de la planète. En effet, que les récoltes soient bonnes ou mauvaises, les pays de la région doivent gérer chaque année entre 3 et 5 millions (voire jusqu’à 10 millions certaines années) de personnes en situation d’insécurité alimentaire. Selon les organisations humanitaires, les taux de malnutrition aiguë globale dans le Sahel dépassent le seuil d’alerte de 10 % au moins depuis quinze ans. Dans de nombreuses zones, ils dépassent régulièrement le seuil d’urgence de 15 %. Près de 40 % des enfants de moins de 5 ans accusent un retard de croissance. La pauvreté, qui limite l’accès aux marchés, la faiblesse des systèmes de protection sociale, la mauvaise situation sanitaire, sont autant de causes qui permettent d’expliquer ce paradoxe. Sans compter le rôle croissant des conflits et de l’instabilité politique.
Pourtant la région n’est pas pauvre, comme on cherche à nous faire croire, elle regorge de ressources et potentialités tant naturelles qu’humaines.

Côté potentiel humain d’abord, le Sahel est l’une des régions les plus jeunes au monde, avec 64,5% de sa population ayant moins de 25 ans. Aussi, l’éducation et la formation professionnelle peuvent drainer des dividendes démographiques importants. Malheureusement, pour l’heure actuelle la jeunesse Sahélienne en mal d’emplois se trouve contrainte de prendre les chemins de l’émigration clandestine, ou encore rejoignent les rangs des mouvements subversifs armés.
Pour ce qui est des richesses naturelles, le Sahel est doté de potentiels énormes en minerais surtout l’Uranium vital pour faire marcher les centrales nucléaires, et les hydrocarbures dont les potentialités en Mauritanie, Tchad, Niger et Mali attisent la convoitise de tant de grandes sociétés internationales et de pays.
Le Sahel est autant aussi riche en eaux souterraines, sans parler des énergies renouvelables, qui offrent une capacité de production d’énergie solaire parmi les plus élevée au monde.
Ainsi, le hic ne se situe nullement au niveau des potentialités, mais plutôt au niveau de l’instabilité politique et sécuritaire qui ulcère la région depuis une décennie. Le Sahel est devenu un échiquier sur lequel se focalisent les intérêts de plusieurs forces internationales et régionales, et aussi de multinationales aptes même à fomenter conflits et guerres pour asseoir ou assurer leurs intérêts.
Un défi complexe de taille
Selon les éléments de langage de la diplomatie marocaine, l’offre vise à transformer les économies du Sahel, à améliorer la vie de ses populations et à favoriser la sécurité dans la région. Pour ce faire, le Maroc se dit prêt à mettre «ses infrastructures routières, portuaires et ferroviaires» à la disposition des quatre pays qui, chacun de leur côté, instaureront une «task force» pour définir leurs priorités et préparer l’opérationnalisation du plan.
Cette option permettrait, si elle venait à voir le jour, puisque sa réussite est tributaire également d’un engagement régional et international sérieux de la part de nos partenaires, d’atteindre simultanément plusieurs objectifs majeurs.
Premièrement, sur le plan économique, une intégration d’une telle ampleur sur le plan infrastructurel pourrait constituer un fondement solide pour une intégration économique multidimensionnelle: libre-échange, marché commun, harmonisation juridique et commerciale et, éventuellement, une monnaie unique qui remplacerait le franc CFA.
Réunis à Marrakech le 23 décembre dernier, les ministres des affaires étrangères et autres hauts responsables du Niger, Tchad, Mali, Burkina, ont unanimement salué l’initiative et y ont adhéré avec enthousiasme. Toutefois on peut entrevoir que les profondes discussions entre les hauts responsables des quatre pays + Maroc, ont surement abordé (à huis clos) les complications et difficulté qui entraveront la mise à exécution du mégaprojet.
Premièrement, connecter les infrastructures des pays du Sahel à celles du Maroc doit passer impérativement soit par l’Algérie, option non envisageable pour le moment. soit par la Mauritanie, ce qui relève du possible. Mais l’entreprise reste toutefois difficilement envisageable sans que Nouakchott ne reçoive l’aval d’Alger. Nous y reviendrons. Face à cette situation, la Mauritanie deviendra-t-elle l’un des enjeux majeurs de la diplomatie régionale du Maroc et des parties concernées par le projet faramineux ? Tout pousse à le croire, à commencer par la position pas assez claire du régime en place à Nouakchott de la stratégie.
Deuxièmement, sur le plan sécuritaire, la création d’un continuum infrastructurel et économique allant du Mali jusqu’au sud du Maroc, nécessite un investissement sécuritaire plus engagé dans les régions de transit. Ce qui mettrait de facto fin à un ensemble de no man’s land, où pullulent divers groupes armés, qui s’y opposeraient vu que cette dynamique économique proposée profiterait également aux populations dont la misère et la pauvreté servent de réservoir de recrutement pour ces différentes organisations subversives.
Troisièmement, sur le plan diplomatique, une entreprise géopolitique d’une telle ampleur mettra l’Algérie face à un choix complexe. Ne pas adhérer au projet, voire y résister, risquerait de se voir totalement enclavée diplomatiquement et géopolitiquement. Ou rejoindre cette initiative au péril de ase voir forcée de renoncer à sa stratégie d’affaiblir le Maroc en investissant à fond ̶̶ depuis 50 ans ̶̶ dans le projet séparatiste au Sahara occidental.
Enfin, la question cruciale du financement des infrastructures reste cependant en suspens. Une mobilisation des bailleurs de fonds internationaux sera plus que nécessaire, insiste-t-on côté marocain, où l’on répète que cette initiative «internationale» ne pourra aboutir qu’à la condition «de mettre à niveau» les infrastructures Sahéliennes, et de les connecter aux autres réseaux de transport et de communication régionaux. Compte tenu du niveau de développement des pays concernés, tous à faibles revenus, le chantier paraît démesuré. Un tiers de la population Sahélienne vit en dessous du seuil de pauvreté défini par les Nations unies, et les infrastructures de la région sont parmi les plus faibles au monde, observe la Banque mondiale, qui indique que 40 % des entreprises de la zone du Sahel considèrent le transport comme une contrainte majeure pour leurs activités.
Une stratégie qui fait (déjà) beaucoup de remous !
Il est clair qu’en se disant prêt à mettre ses infrastructures routières, portuaires et ferroviaires à la disposition de quatre pays de cette région, le Maroc cherche ̶ entre autres objectifs ̶ à gagner en influence là où l’Algérie est en train de se brouiller avec (presque) tout le monde. L’Algérie est en difficulté avec le Mali et avec le Niger au Sud, sans parler de son animosité à l’égard du Maréchal Khalifa Hafter l’homme fort de l’Est de la Lybie, et son hostilité Historique envers le Maroc à l’Ouest. Contrairement à la politique de confrontation menée par le gouvernement algérien, l’initiative marocaine s’inscrit dans une perspective de développement économique et social, ce qui représente un tournant stratégique pour la région initié par Mohammed VI en faveur des pays du Sahel.
En dehors de l’Algérie, c’est surtout la France, cet ancien colonisateur de la région, qui voit de mauvais œil depuis quelques années déjà, le Maroc étendre son influence partout où les intérêts Français reculent en Afrique.
Dans un podcast qu’il a mis en ligne il y a quelques jours sur sa chaîne YouTube, l’expert Français en Géopolitique Alain Juillet s’insurge de voir le Maroc développer ses relations stratégiques avec les pays du Sahel, «sur le dos de la France» n’ose-t-il pas dire. C’est comme si le Maroc n’était pas un pays de la région!
«On (les Français) a laissé le champ libre. En même temps que nous étions poussés vers la porte, les Marocains sont arrivés, ils viennent de rafler la mise (sic). Cela veut dire que ça va être dur (pour la France) de revenir (au Sahel)», constate-t-il, non sans amertume.
Juillet sait de quoi il parle, puisqu’il a occupé ̶ entre autres hautes responsabilités ̶ entre 2002 et 2005, les postes de directeur du renseignement à la DGSE, puis celui de haut responsable chargé de l’intelligence économique au Secrétariat Général du Ministère de la Défense Nationale (SGDN).
Et de poursuivre: «On est en train de perdre pied, mais pire encore. C’est un pays qui était allié de la France et maintenant brouillé avec la France… Comment notre diplomatie française peut-elle en arriver à commettre de pareilles erreurs ? Cela paraît incroyable». L’ex-patron de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) affirme en outre partager l’avis, qui dit que «l’Afrique n’est plus un objectif majeur de la politique française».
En fait, l’économie Marocaine étouffe, en quête de marchés pour ses exportations agricoles, industrielles et services. Alors que l’une des conséquences de la perte de poids et d’influence de la France dans les pays de la région avec la mise à la porte des troupes Françaises, est la remise en cause par les nouveaux maîtres de Bamako, N’Djaména et Niamey, de la mainmise Française sur des ressources clés comme l’uranium, les hydrocarbures et l’or que Paris exploite sans merci depuis des décennies. La différence est de taille.
L’animosité à l’égard de la France dans des pays comme le Mali, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso s’est reportée sur le reste des Européens (et Occidentaux en général) qui sont présents dans ces pays depuis des années dans le but de contribuer à la formation de leurs forces armées et de sécurité et de renforcer les institutions civiles, avec un échec inquiétant après l’intervention Russe soutenue par l’Algérie.
Les Russes aussi suivent de près et avec méfiance, et surtout en silence, l’initiative Marocaine d’ouvrir le Sahel à l’océan Atlantique et, sans le dire, travailler par là même à réduire l’influence des Français, Algériens et Russes dans cette région.
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