comment Alger veut jouer les médiateurs

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Mali : comment Alger veut jouer les médiateurs
Mali : comment Alger veut jouer les médiateurs

Africa-Press – Mali. L’Algérie entend proposer de nouveau ses bons offices au Mali. Sa stratégie : sortir la junte au pouvoir de son isolement, tout en plaidant pour une transition courte.

L’arrivée des mercenaires de la compagnie militaire privée russe Wagner au Mali fin décembre et le début de leur déploiement en janvier, contesté par le pouvoir malien qui parle de « soldats russes », sont au cœur des préoccupations des protagonistes traditionnels du dossier malien.

L’événement a sans aucun doute été discuté lors de la discrète et rapide visite à Alger fin novembre de Frédéric Bontems, envoyé spécial pour le Sahel du ministère français des Affaires étrangères.

Mezzo voce, certains à Alger confient leurs inquiétudes sur la montée en puissance de Wagner

La France reproche à l’Algérie de laisser faire et de ne pas s’opposer publiquement à l’arrivée de cet intrus dans les affaires maliennes, comme l’ont fait les pays du G5 Sahel ou l’Allemagne. Sur ce point l’Algérie ne répond pas – la Russie reste un partenaire stratégique –, mais n’en pense pas moins.

Une menace pour les alliés d’Alger

Mezzo voce, certains à Alger confient leurs inquiétudes sur la montée en puissance de Wagner dans la région. L’irruption de mercenaires risque de transformer la situation malienne, déjà compliquée, en un chaos encore plus inextricable.

En Libye, Wagner fait le jeu de Khalifa Haftar et a enrayé la reconquête du reste du pays par les forces du gouvernement de Tripoli, en 2020, en bloquant ces dernières au niveau de Syrte. « Pour l’Algérie, la société militaire privée est l’acteur physique de la partition de la Libye », affirme un diplomate chargé du dossier.

Autre motif de méfiance, le risque que fait porter la présence de Wagner sur les alliés de l’Algérie au Mali, les groupes armés signataires des Accords d’Alger en 2015. Ces derniers peuvent se retrouver menacés militairement par la junte de Bamako à travers des opérations militaires conjointes avec la société militaire russe.

Pourquoi, dès lors, ne pas exprimer publiquement la réprobation de la présence des mercenaires ? À Alger, prédomine d’abord le sentiment que le retrait en désordre du Sahel de la France n’est qu’une juste conséquence de la politique africaine de Paris.

Et puis l’action russe ne pouvant être que limitée, elle ne devrait pas avoir d’impact important sur les bonnes relations entre Alger et Moscou.

Pragmatisme avec le pouvoir en place

Concernant le processus interne et le médiocre résultat des Assises nationales de la refondation, lancées au Mali début décembre et présentées comme des consultations préalables à des élections et à un retour des civils au pouvoir, l’Algérie a opté pour le pragmatisme avec le pouvoir en place à Bamako, sans toutefois tenir compte de sa feuille de route qui préconise une transition longue.

« L’essentiel pour nous est que les Maliens continuent à se parler, la volonté de la junte de maquiller un mandat présidentiel en transition ne doit pas être un frein aux discussions », explique un responsable à Alger.

Dans un communiqué publié le 11 janvier, la présidence algérienne exprime ainsi sa disponibilité pour accompagner le Mali et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) « dans la voie salutaire de la compréhension mutuelle autour d’une vision solidaire ».

Tout en mettant en garde « contre les conséquences politiques, sécuritaires et économiques que peut avoir toute transition longue telle que celle envisagée par la partie malienne ».

Le 6 janvier, lors de la visite d’une délégation malienne, le président Abdelmadjid Tebboune a plaidé pour une transition courte de 12 à 16 mois, loin de la proposition de la junte malienne d’organiser la présidentielle en décembre 2026.

Mais l’Algérie voit aussi d’un mauvais œil la récente décision jugée brutale de la Cedeao d’appliquer des sanctions contraignantes contre le Mali.

« Devant les risques graves que porte la panoplie de sanctions annoncées par la Cedeao le 9 janvier à Accra, ainsi que les contre-mesures annoncées par le gouvernement de la République du Mali, l’Algérie appelle toutes les parties à la retenue et au réengagement dans le dialogue en vue d’éviter à la région un engrenage de la tension et une exacerbation de la crise », précise une source diplomatique algérienne au site d’information TSA, réputé proche du ministère algérien des Affaires étrangères.

Entre les États qui ont décidé d’exercer une pression maximale sur le pouvoir malien et ceux qui ont décidé de lui apporter leur soutien, l’Algérie se distingue donc par une position médiane, qui pourrait lui permettre de discuter avec tous les acteurs.

Enfin, l’Algérie envisage la possibilité de jouer un rôle militaire, même minimal, avec le retrait de la force Barkhane et le désengagement d’un G5 Sahel devenu caduc.

En novembre 2021, quelques jours après le retrait français des trois bases du Nord Mali (Kidal, Tessalit, Tombouctou), l’Algérie aurait discrètement pris le relais logistique en assurant l’acheminement de vivres et de carburant aux Forces armées maliennes.

Une vidéo montrant des soldats maliens fêtant la présence d’instructeurs algériens à Tessalit avait d’ailleurs défrayé la chronique.

Une telle intervention hors des frontières a longtemps été contraire à la doctrine traditionnelle de l’Algérie, mais la réforme constitutionnelle de novembre 2020 en ouvre désormais la possibilité.

Il est fort possible qu’une décision soit prise dans le sens d’un envoi limité de troupes pour surveiller la zone frontalière après le parachèvement du processus politique en Algérie, en février prochain, avec les élections sénatoriales.

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