Africa-Press – Mali. Dans la journée du 31 janvier 2022, l’ambassadeur de France à Bamako, Joël Meyer, a été convoqué par les autorités maliennes au pouvoir, précisément au siège du ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale, pour lui signifier son expulsion du territoire, et qu’il avait 72 heures pour quitter Bamako.
Cette décision ferait suite “aux propos tenus par les autorités françaises à l’endroit des autorités de la Transition”, selon le communiqué du ministère malien, en rapport à une interview de Jean-Yves Le Drian accordée au Journal du dimanche (JDD), publiée dans son édition du 30 janvier.

Selon le communiqué rendu public au Mali, le Chef de la diplomatie française y critiquait la présence du groupe militaire privé russe « Wagner » sur le territoire malien, affirmant également que les Russes « se servent déjà en ce moment des ressources du pays en échange de la protection de la junte ».
A noter que les milieux politiques et gouvernementaux des pays du Sahel et de la région ouest-africaine ont été secoués, ces jours-ci, par la crise franco-malienne qui s’est développée à la suite de la décision prise par les autorités militaires de transition à Bamako d’expulser l’ambassadeur de France, Joël Meyer, accrédité au Mali depuis 2018.
Cette crise a poussé les observateurs et les analystes à changer d’avis sur le cours des événements, et à affirmer que la carte du conflit international dans la région du Sahel africain va être modifiée, et qu’elle allait pousser la Russie sur le devant de la scène parce qu’elle est devenue le pays préféré par les jeunes officiers africains qui gouvernent actuellement la Guinée, le Mali et le Burkina Faso, pour s’allier à lui dans les domaines militaire et sécuritaire, au lieu de coopérer avec la France, en qui ils flairent l’autoritarisme en tant qu’ancienne puissance coloniale et «l’État qui a échoué dans ses interventions en Afrique ».
Il semble donc que Jean-Yves Le Drian, a jeté de l’huile sur le feu dans ses déclarations au fond desquelles il a qualifié le régime militaire de Bamako d’illégitime, et que les décisions qu’il a prises sont « irresponsables », en référence à la demande du gouvernement de Bamako au Royaume du Danemark à retirer des terres maliennes ses soldats, qui participaient à la force européenne « Takuba ».

Pour sa part, Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères, a qualifié les déclarations de son homologue français de « insultantes », soulignant que « son gouvernement prendra les mesures nécessaires envers les déclarations de son homologue français, Jean-Yves Le Drian ».
Dans ce contexte, un communiqué officiel du ministère malien des Affaires étrangères a annoncé : « Le gouvernement du Mali informe l’opinion publique nationale et internationale que l’ambassadeur de France au Mali a été convoqué le 31 janvier 2022 par le ministère malien des Affaires étrangères, et a été informé qu’il doit quitter le Mali dans 72 heures ».

A noter que les relations franco-maliennes ont connu une détérioration majeure depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Assimi Goïta au Mali, il y a des mois, surtout après que Paris a remarqué ses penchants pour la Russie, où il a fait ses études et sa formation militaire.
Le gouvernement français, au milieu d’un redéploiement confus et coûteux de sa force militaire au Sahel, a manifesté sa forte hostilité au rapprochement entre la Russie et le régime militaire au Mali, et a continué d’affirmer que la Russie avait commencé à déployer des centaines de ses mercenaires sur le territoire malien.
Alors que le régime militaire de Bamako a nié le déploiement de mercenaires par la Russie au Mali, les événements successifs ont montré que la Russie est devenue le soutien international le plus fort au régime de Bamako, et que les relations de ce régime avec les pays européens se dirigent comme une flèche vers la détérioration et le déclin.
Les Africains sont devenus largement convaincus que les pays occidentaux ne sont pas intervenus au Sahel pour maintenir la sécurité ou lutter contre le terrorisme, mais plutôt pour protéger leurs intérêts et sécuriser les zones où se trouvent des richesses minérales, comme au Niger, où la France exploite les mines d’uranium, pendant des décennies.
Ces dernières semaines ont vu une grave escalade entre Bamako et Paris, et l’expulsion de l’ambassadeur de France au Mali entraînera une nouvelle détérioration des relations, bien que le gouvernement malien ait déclaré dans son expulsion de l’ambassadeur de France que « la porte de la coopération reste ouverte avec tous les partenaires internationaux, dont la France, mais sous condition de respect mutuel et sur la base du principe de non-ingérence ».
Dans le sillage de ces évènement, l’évolution des relations franco-maliennes a reçu une grande attention et un large suivi de la part des hauts responsables politiques et des blogueurs mauritaniens, étant donné que ce qui se passe au Mali a un impact direct sur la question mauritanienne et sur la sécurité de la région côtière désertique turbulente.

Le journaliste mauritanien Mahfoudh Ould Sallek, spécialiste des affaires sahéliennes, a affirmé : « L’expulsion par le gouvernement malien de l’ambassadeur de France va faire gagner au Conseil militaire de transition l’estime du peuple malien, certes, mais le conseil va rapidement épuiser ses cartes, car toutes ses visions et stratégies ne peuvent être basées uniquement sur des tensions avec la France ».
Il a ajouté : « La situation économique et sociale s’aggrave, la situation sécuritaire va devenir plus turbulente, et le remplacement des Français par les Russes est une continuation de l’ingérence étrangère. Tout comme la France faisait, la Russie fera plus que cela, et si la France quitte le Mali, elle ne quittera pas la région du Sahel, mais ce sera une présence plus forte dans le triangle frontalier commun entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso ».
Sallek a conclu en disant : « En bref, c’est une manœuvre perdante pour le conseil militaire au pouvoir au Mali, même s’il a, pour le moment, un soutien immédiat ».
Que ne verrons-nous pas dans la région du Sahel africain, en particulier au Mali ?
Anouar CHENNOUFI
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