Mali Intensifie Sa Guerre Contre les Groupes Armés

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Mali Intensifie Sa Guerre Contre les Groupes Armés
Mali Intensifie Sa Guerre Contre les Groupes Armés

Africa-Press – Mali. Le Mali semble entrer dans une nouvelle phase, plus dure, de sa longue guerre contre les groupes armés, après que les autorités ont lancé une série de mesures sécuritaires sans précédent combinant fortes incitations financières, restrictions strictes sur le terrain et large mobilisation de la société. Entre des récompenses de plusieurs millions de dollars offertes pour la capture des chefs des groupes armés, l’interdiction des motos dans la majeure partie du pays et la transformation de dizaines de forêts et de réserves naturelles en zones militaires fermées, Bamako envoie un message clair: la confrontation est entrée dans une phase d’escalade généralisée.

Ces mesures, qui interviennent après une série d’attaques meurtrières — dont la plus marquante est celle du 25 avril dernier ayant coûté la vie au ministre malien de la Défense — soulèvent toutefois des interrogations quant à leur capacité à renverser l’équilibre du conflit dans un pays confronté depuis plus d’une décennie à une insurrection armée complexe, dans un contexte d’expansion des groupes armés et de recul du contrôle de l’État dans de vastes régions.

Une escalade sécuritaire après des attaques douloureuses

Ces derniers mois ont été marqués par une intensification notable des attaques menées par des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique au Mali, notamment dans les régions centrales et septentrionales, avec une extension des activités armées vers certaines zones proches des frontières avec le Niger et le Burkina Faso.

Le coup le plus dur pour les autorités maliennes est survenu fin avril, lorsqu’une attaque majeure a entraîné la mort du ministre de la Défense, un développement considéré comme un signe alarmant de la capacité des groupes armés à percer les dispositifs sécuritaires et à atteindre des cibles sensibles.

Cela intervient alors que le gouvernement militaire dirigé par le colonel Assimi Goïta depuis le coup d’État de 2021 fait face à des pressions croissantes pour prouver sa capacité à rétablir la stabilité sécuritaire, après avoir justifié la prolongation de son maintien au pouvoir par la nécessité d’éradiquer le terrorisme et de restaurer la souveraineté de l’État.

Des millions de dollars pour la tête des chefs

Dans une démarche qui reflète l’ampleur des inquiétudes officielles, le gouvernement malien a annoncé un vaste programme de récompenses financières d’un montant total de 7,5 milliards de francs CFA, soit environ 12,4 millions de dollars, pour toute information menant à l’arrestation ou à la neutralisation de sept des principaux chefs des groupes armés actifs dans le pays.

En tête de liste figure Iyad Ag Ghali, chef du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Les autorités ont fixé une récompense de deux milliards de francs CFA pour toute information permettant de le capturer ou de le « neutraliser ».

Ag Ghali est l’une des figures armées les plus influentes de la région du Sahel. Il a d’abord mené une carrière politique et diplomatique avant de devenir l’un des principaux chefs de la rébellion touarègue, puis de diriger une alliance djihadiste influente dans le nord et le centre du Mali.

Il fait également l’objet de poursuites internationales: les États-Unis l’ont inscrit sur leur liste des terroristes, tandis que la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre lui.

Le programme de récompenses ne se limite pas à Ag Ghali. Il inclut également Amadou Koufa, chef de la katiba Macina et adjoint du chef du groupe dans le centre du Mali. Une récompense de 1,5 milliard de francs CFA est promise pour toute information menant à sa capture ou à sa mort.

Koufa est connu pour sa capacité de recrutement au sein des communautés locales, notamment parmi les Peuls, ce qui en fait l’un des chefs les plus influents dans le centre du pays.

La liste comprend également Aboulaye Mamadou Bakaye Diallo, connu sous le nom de « Jolybib », ainsi qu’Al-Abbas Ag Intalla et d’autres figures actives entre le nord du Mali et l’ensemble de la région sahélienne.

Pourquoi Bamako mise sur la politique des récompenses

Cette approche vise à encourager les populations locales et les collaborateurs potentiels à briser la barrière de la peur et à fournir des renseignements susceptibles d’aider l’armée à atteindre les chefs des groupes armés, souvent difficiles à localiser dans les environnements désertiques et montagneux complexes.

Cette politique rappelle des modèles utilisés par d’autres pays dans la lutte contre les insurrections, comme le Nigeria contre Boko Haram ou les États-Unis dans leurs programmes de traque des dirigeants d’Al-Qaïda.

Cependant, l’efficacité de cette stratégie au Mali reste incertaine, en raison de la fragilité de la confiance entre les populations locales et l’État, ainsi que des craintes de représailles contre les personnes coopérant avec les autorités, notamment dans les zones où les groupes armés disposent d’une forte influence sociale et tribale.

Certains experts estiment également que les incitations financières ne suffisent pas dans un environnement de conflit complexe où se mêlent considérations sécuritaires, ethniques, économiques et politiques.

L’interdiction des motos: sécurité ou fardeau pour la population?

Parallèlement à la politique de récompenses, les autorités maliennes ont annoncé des mesures strictes visant les moyens de déplacement largement utilisés par les groupes armés, en particulier les motos.

Le gouvernement a décidé de suspendre l’utilisation des motos d’une cylindrée de 125 cm3 et plus en dehors des grandes villes, tout en interdisant leur importation, leur vente et leur distribution pour une durée d’un an renouvelable.

Les autorités estiment que les groupes armés utilisent ces moyens de transport pour mener des attaques rapides et se déplacer facilement sur les routes difficiles tout en contournant les postes de contrôle sécuritaires, en particulier dans les zones rurales où les véhicules militaires lourds circulent difficilement.

Cette décision s’inscrit dans la continuité de politiques similaires adoptées par des pays voisins comme le Burkina Faso et le Niger, où les motos sont devenues un élément central des tactiques des groupes armés dans le Sahel.

Toutefois, la mesure suscite de vives inquiétudes sociales et économiques. Des millions de Maliens dépendent des motos comme principal moyen de transport, en particulier dans les villages et les régions éloignées où les infrastructures sont limitées.

Dans de nombreuses zones, les motos servent à transporter les malades, les élèves et les produits agricoles, tout en constituant une source essentielle de revenus pour des milliers de personnes travaillant dans les services de transport locaux.

Les critiques estiment que ces restrictions pourraient accentuer l’isolement des communautés rurales et renforcer le sentiment de marginalisation, un facteur que les groupes armés pourraient exploiter pour étendre leur influence.

Les forêts transformées en zones de guerre

Dans une autre escalade, Bamako a annoncé la militarisation de 39 forêts et réserves naturelles, désormais transformées en zones militaires fermées.

Cette décision repose sur la conviction croissante, au sein de l’institution militaire, que ces zones sont devenues au fil des années des bases arrière pour les groupes armés, utilisées pour se cacher, s’entraîner, stocker des armes et planifier des attaques.

Selon les nouvelles mesures, l’armée malienne disposera de larges pouvoirs pour mener des opérations de ratissage, des frappes aériennes et des offensives terrestres, tout mouvement à l’intérieur de ces zones pouvant être considéré comme une cible potentielle.

Cette décision soulève toutefois des préoccupations humanitaires et environnementales, certaines communautés locales dépendant des forêts pour le pâturage, l’agriculture et la collecte de bois, ce qui pourrait accroître les pressions économiques sur les populations.

Des observateurs mettent également en garde contre le risque d’erreurs sur le terrain ou de frappes touchant des civils, notamment dans les régions où les déplacements de population se mêlent aux activités des groupes armés.

Mobilisation nationale ou militarisation de la société?

Parallèlement aux mesures militaires, le gouvernement a lancé une vaste campagne de mobilisation impliquant les chefs traditionnels et religieux ainsi que les organisations de la société civile, afin de renforcer la coopération sécuritaire et d’encourager les citoyens à signaler les activités suspectes.

Les autorités cherchent ainsi à présenter la lutte contre les groupes armés comme une cause nationale nécessitant une participation collective, et non comme une simple confrontation militaire menée par l’État.

Cependant, certains observateurs estiment que cette approche pourrait créer des divisions locales, notamment si les dénonciations et accusations se transforment en outils de règlements de comptes tribaux ou sociaux.

Le rôle russe: un soutien accru aux résultats limités

Sur le terrain, le Corps africain russe, qui a remplacé le groupe Wagner dans le soutien à l’armée malienne, continue de participer aux opérations militaires contre les groupes armés.

Dans les développements les plus récents, ce corps a annoncé avoir mené des frappes aériennes visant un camp dans la région de Diabaly, au centre du pays, indiquant que des renseignements faisaient état de la présence de Sedan Ag Hita, l’un des principaux chefs du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

Toutefois, des sources proches du groupe ont démenti sa mort, et aucune preuve indépendante n’a pour l’instant confirmé son sort.

Malgré le renforcement de la coopération militaire avec la Russie depuis le retrait des forces françaises et des troupes des Nations unies, les résultats sécuritaires restent sujets à débat. Bamako n’a pas encore réussi à stopper l’expansion des groupes armés ni à empêcher les attaques majeures.

Ces mesures peuvent-elles changer les règles du jeu?

Plus de dix ans après le début de la crise sécuritaire, le Mali semble se trouver à un tournant difficile. D’un côté, les nouvelles mesures traduisent la volonté officielle de passer à une phase plus offensive et globale dans la lutte contre les groupes armés. De l’autre, la nature même de ces décisions révèle l’ampleur des pressions auxquelles l’État est confronté et l’incapacité des approches précédentes à produire des résultats décisifs.

Les groupes armés ne se limitent plus au nord du pays: ils se sont étendus vers le centre et le sud, tout en influençant le Niger et le Burkina Faso dans un contexte régional complexe.

En définitive, les nouvelles mesures pourraient offrir à l’armée malienne des outils supplémentaires de manœuvre et de pression. Mais elles ne suffiront probablement pas, à elles seules, à trancher le conflit, à moins d’être accompagnées de solutions politiques et de développement s’attaquant aux causes profondes de la crise, notamment la pauvreté, la marginalisation, la faiblesse des services publics et les tensions locales.

Alors que Bamako élève le niveau de confrontation, la question reste ouverte: la stratégie de fermeté sécuritaire permettra‐t‐elle de modifier l’équilibre de la guerre, ou le Mali entre‐t‐il dans un nouveau chapitre d’un conflit long qui épuise l’État et toute la région du Sahel?

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