Prise entre plusieurs feux, la Minusma poursuit son désengagement du Mali

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Prise entre plusieurs feux, la Minusma poursuit son désengagement du Mali
Prise entre plusieurs feux, la Minusma poursuit son désengagement du Mali

Manon Laplace

Africa-Press – Mali. Entre la recrudescence des attaques jihadistes et la reprise des hostilités entre l’armée malienne et les anciens rebelles du Nord, le départ de la mission de l’ONU fait face à de nombreux défis.

Dix kilomètres. C’est, peu ou prou, le rayon auquel les Casques bleus ont encore accès afin de porter assistance aux civils en cas d’attaque dans les environs de leurs bases. En dehors de cela, et des patrouilles maintenues autour des camps pour les sécuriser, les troupes de la mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), originaires de 23 pays contributeurs, ne quittent leurs bases que pour convoyer leur matériel hors du pays.

13 000 soldats et 5 500 conteneurs à désengager

Les patrouilles de sécurisation des populations, les missions de terrain et les opérations de police ont cessé après que le gouvernement d’Assimi Goïta a demandé à la mission onusienne de plier bagage « sans délai », au mois de juin. La fin d’une décennie de présence dans une douzaine de bases au Mali, qu’il faudra quitter avant le 31 décembre.

Quatre d’entre elles ont déjà été restituées à l’État malien. Celle d’Ogossagou, dans le centre du pays, commune dont le nom est tristement connu pour avoir été le théâtre de l’un des pires massacres de civils depuis l’éclatement du conflit, en 2012. Mais aussi celles de Goundam, Ber, et, plus récemment, Ménaka, dont les Casques bleus ont symboliquement remis les clés aux autorités maliennes le 25 août.

Avec 5 500 conteneurs, 4 000 véhicules, 520 tonnes de bagages et 13 000 soldats et policiers à désengager, le chantier est énorme. Il est rendu encore plus difficile par la saison des pluies, qui dégrade l’état des routes. Mais aussi par le coup d’État au Niger, pays voisin par lequel transitaient jusqu’alors de nombreux convois.

Défi sécuritaire

Le défi est logistique, mais pas uniquement. Il est aussi sécuritaire et politique. L’augmentation des attaques des groupes jihadistes complique la tâche. Tout comme la reprise des combats entre l’armée malienne et les anciens groupes rebelles du Nord, qui se disputent les bases septentrionales que la Minusma quitte ou est en passe de quitter.

Au début du mois d’août, le départ des Casques bleus de Ber, à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Tombouctou, a donné lieu à des affrontements entre l’armée malienne, venue réinvestir la base, et l’ancienne rébellion du Nord, avec qui l’État malien a signé l’accord de paix d’Alger en 2015.

Les ex-rebelles considèrent Ber comme l’une de leurs zones d’influence « garanties par l’accord d’Alger ». Résultat : la mission onusienne, censée accompagner le processus de paix, se retrouve sous le feu des critiques. Les mouvements signataires du Nord lui reprochent d’avoir transmis le camp à l’armée, en violation de l’accord de paix dont la Minusma était jusqu’ici l’un des principaux garants.

Remise aux autorités civiles

En réponse, celle-ci invoque les dispositions légales qui la lient à l’État malien. « Nous ne transférons pas les camps à l’armée malienne mais aux autorités civiles de l’État, conformément aux directives des Nations unies », explique le porte-parolat de la mission.

En d’autres termes : l’accord sur le statut des forces de la Minusma signé avec Bamako (le SOFA) prévoit qu’une base remise par les autorités du pays hôte revient, au départ de la mission, aux autorités du pays hôte. « Sur ce plan, il n’y a aucune ambiguïté », assure-t-on au QG de la Minusma.

Une obligation légale d’autant plus forte que certains de ses camps sont des « coemprises », soit des bases cédées en partie par les Forces armées maliennes (Fama) à la mission de l’ONU. C’est le cas des camp de Ménaka, Gao, Tombouctou ou encore Tessalit, dans l’extrême nord du pays. Cette base, à quelques encablures de la frontière algérienne, devra être restituée d’ici à la fin septembre avec celle, à peine plus au sud, d’Aguelhok.

L’épineuse question de Kidal

Environ deux mois plus tard, les Casques bleus remettront les clés de l’emprise de Kidal. S’il ont battu en retrait à Ber, les combattants des mouvements signataires ne renonceront sans doute pas aussi facilement à leur bastion historique.

Plantée au cœur du désert malien, la ville, berceau des différentes rébellions indépendantistes à dominante touarègue qui ont éclaté depuis les années 1960, est le fief des mouvements signataires.

Toujours aux mains des anciens rebelles, Kidal constitue la blessure originelle de l’État malien. Nombre de responsables politiques – comme l’actuel Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga – n’ont jamais caché leur ressentiment quant à ce pan de territoire qui échappe toujours au pouvoir central de Bamako.

De quoi faire craindre un embrasement si l’armée régulière récupère le camp onusien ? « Si l’armée malienne dépasse Tarkint et Anefis [deux communes au sud de Kidal], c’est la guerre », résumait un combattant des mouvements à Jeune Afrique à la suite des affrontements survenus à Ber.

Frappes de l’armée malienne contre la CMA

Afin « d’assurer le retrait en toute sécurité de [son] personnel », la Minusma appelle toutes les parties à regagner la table des négociations. « Le maintien d’un dialogue étroit entre les parties signataires [de l’accord d’Alger] pour éviter des incompréhensions et surmonter l’impasse actuelle dans le processus de paix est crucial de ce point de vue. C’est pourquoi les Nations unies n’ont de cesse d’encourager la relance du processus de paix », plaide un porte-parole de la Minusma.

Alors que l’application de l’accord de paix est en panne sèche depuis des mois et que le dialogue semble totalement rompu entre Bamako et les mouvements du Nord, cet appel sonne comme un vœu pieux. Le 29 août, des avions de l’armée malienne bombardaient un convoi de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), la principale coalition d’anciens rebelles engagés dans le processus de paix. Des frappes conduites aux abords d’Anefis, à une centaine de kilomètres seulement au sud de Kidal.

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