Quand la politique russe impose sa stratégie d’influence en Afrique à partir du Mali

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Vladimir Poutine supervise le retour de la Russie en Afrique

Rapporté par
Anouar Chennoufi

Africa-PressMali. La Russie aurait réussi à imposer désormais sa stratégie d’influence en Afrique, sans vergogne, en choisissant comme destination le Mali qui prend le relais à la Syrie, la Libye et la République centrafricaine. Il s’agirait là, bien sur, d’une tentative russe que la France, qui avait entamé sa lutte contre les groupes armés « djihadistes » depuis 2014, à travers l’opération Barkhane, tente sérieusement de contrecarrer.

Influence russe en Afrique

Toute cette situation a été décortiquée dans un reportage réalisé dernièrement par le journaliste Alain Barloy, pour le journal français « Le Figaro », qui a clairement écrit dans ses colonnes que Moscou n’avait qu’une idée en tête, celle de déployer les mercenaires du groupe Wagner (proche de Poutine), sur lequel il s’appuie pour défendre ses intérêts dans plusieurs pays africains, en République du Mali, comme l’a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en marge des réunions de l’Assemblée générale des Nations unies, le quel a assuré que Bamako a contacté des « entreprises militaires privées » russes pour former son armée et tenter de renforcer la sécurité, face à l’instabilité et à la menace quotidienne des djihadistes.

L’Armée de l’ombre

Unités russes

Lavrov a déclaré que tout le monde reconnaissait que Moscou n’était impliqué dans aucun pays, sans parler des mercenaires Wagner, bien que son omission n’ait trompé personne, car tout le monde a compris que le ministre reconnaît implicitement le rôle de ces soldats appartenant à Ilya Prigogine, un homme d’affaires proche de (président) Vladimir Poutine, qui gère ce groupe comme étant « l’armée de l’ombre » sur laquelle s’appuient les autorités pour défendre leurs intérêts en Syrie, en Libye, en République centrafricaine et ailleurs, sans que Moscou s’en mêle.

Position russe

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov

Le Chef de la diplomatie russe a indiqué à New York, il y a quelques semaines, que « la France souhaite une réduction significative de ses forces militaires qui étaient censées combattre les terroristes à Kidal, dans le nord du Mali », ajoutant dans le même contexte que : « Les Français n’ont pas réussi et les terroristes continuent de contrôler la région », ce qui met à mal l’opération militaire française Barkhane.

Cette position russe “claire” coïncide avec le début d’un retrait militaire français pour une réorganisation partielle et progressive – selon l’interprétation de Paris – qui renie sa volonté de quitter militairement la région du Sahel, mais Moscou aurait pris l’annonce comme étant un signal lui facilitant la tâche pour pousser ses pions au Sahel, d’autant plus que les Russes ne se considèrent pas comme des outsiders dans un pays comme le Mali avec lequel ils entretiennent une coopération de défense depuis des décennies.

Des négociations russo-maliennes en stagnation

Le Président malien Assimi Goïta

Les pays européens ont jugé inacceptable la participation du groupe Wagner au Mali, et la France lui a tracé une ligne rouge, car elle remettait en cause son engagement militaire et ses relations avec son ancienne colonie, selon les observateurs.
Par ailleurs, d’après des sources jugées dignes de foi, l’accord pour déployer entre 500 et 1.000 mercenaires Wagner au Mali serait actuellement en cours de négociation avec Bamako, mais les pourparlers n’ont pas encore abouti en raison de problèmes financiers, d’autant plus que la charge est lourde pour l’Etat malien adossé à l’aide occidentale.

Les russes mettent la machine en marche

Cependant, un certain nombre de personnes proches du dossier estiment que Wagner a commencé ses préparatifs et que la « campagne de recrutement » au Mali a déjà commencé, car ce groupe serait désormais à la recherche d’interprètes, de formateurs paramédicaux, de chirurgiens, de médecins généralistes, de chefs cuisiniers, de chauffeurs, toutes les spécialités militaires, notamment les experts et personnels des mines explosives, les ouvriers et mécaniciens de drones, et tous ceux âgés de 23 à 45 ans qui n’ont aucune dette fiscale, aucune condamnation pénale, et aucun problème de santé.

Le but ?

Il est rapporté que Wagner cherche à renouveler sa main-d’œuvre, car, selon les mêmes sources, les Géorgiens, les Ukrainiens, les citoyens de la République unilatéralement déclarée du Donbass et les citoyens de Crimée seront exclus des listes d’emploi, sachant que le minimum mensuel le salaire sera de 150 mille roubles (environ 1800 euros), en plus des primes qui ne sont pas définies, sachant que les recrues seront formées à la base militaire de Wagner dans la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie. Les médias russes font la promotion de l’actualité malienne et certains l’utilisent pour justifier l’intervention.

Antécédents coloniaux avec l’Afrique « Zéro »

L’analyste politique et stratégique russe Alexandre Douguine déclare que : « La Russie n’a pas d’histoire coloniale en Afrique, et l’histoire de ses liens avec les pays africains et les mouvements anticoloniaux est généralement longue et positive. Il est donc temps que la Russie vienne au Mali.

Cependant, une autre source à Moscou estime que « les hommes de Wagner ne pourront pas combler la place des forces françaises s’ils s’installent au Mali, car ils n’en ont ni les moyens ni la volonté, vraisemblablement ». Et contrairement à ce qui se passe en Syrie, les mercenaires n’auront pas les capacités nécessaires dans la vaste région du Sahel en termes de logistique, de renseignement et de soutien aérien.

En conclusion, l’objectif de la Russie au Mali pourrait être dû à sa proximité avec la Guinée Conakry, où Moscou a d’importants intérêts économiques, mais cette expansion dans ces régions, critiques pour la sécurité de la France et des Européens, pourrait vraisemblablement être le résultat d’une approche globale, liée aux rapports de force avec la communauté euro-atlantique.

Toutefois, le Mali n’a pas encore dit son « Dernier mot », du moins officiellement, alors « attendons voir », comme on dit !

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