Comment l’embargo financier au Mali a laissé la BMS exsangue

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Comment l’embargo financier au Mali a laissé la BMS exsangue
Comment l’embargo financier au Mali a laissé la BMS exsangue

Nadoun Coulibaly

Africa-Press – Mali. Plombée par l’embargo de 2022 et sous sanctions du gendarme bancaire basé à Abidjan, la Banque malienne de solidarité a entamé un plan de redressement.

L’un des navires amiraux du paysage bancaire malien prend l’eau, mais Lanfia Koita, son capitaine, tente d’éviter le naufrage. Comme ses consœurs, la Banque malienne de solidarité (BMS), qui revendique plus de 20 % de parts de marché dans le pays, a du mal à se remettre de l’embargo financier régional imposé à Bamako de janvier à juin 2022.

Au cours des trois derniers exercices, le résultat net de la banque a évolué en dents de scie passant de 10,5 milliards francs CFA en 2020 (160 millions d’euros) à 351 millions l’année suivante, avant de finalement repartir à la hausse à 18,2 milliards en 2022. Au 31 août dernier, sur un semestre, il s’est établi aux alentours de 4,69 milliards.

Dépréciations liées à l’embargo

Selon nos informations, ces écarts s’expliquent notamment par les provisions constituées et les dépréciations liées à l’embargo. BMS, qui a pourtant vu son bilan bondir de plus de 36 % sur un an, à environ 1 500 milliards en 2022, a dû faire des provisions à hauteur de 39,6 milliards de francs CFA pour anticiper les multiples créances douteuses et impayés. Cela a impacté fortement ses résultats et sa rentabilité, dont le coefficient a dégringolé de 20 points au 31 décembre 2021 à 4 % un an plus tard.

Depuis l’embargo, le taux de créances douteuses ne cessent de gonfler au sein du portefeuille de prêts de la BMS qui fait face à de nombreux impayés. Ainsi, à date, les déclassements et dépréciations de la banque s’élèvent à respectivement plus de 216 milliards et 93 milliards de francs CFA. Aujourd’hui, 73,7 milliards ont déjà été exécutés en déclassements, et près de 46 milliards passés en dépréciation. De fait, le taux de dégradation brut s’est donc sensiblement accru sur un an, passant de 7,76 % en 2021 à 12,47 %. En août dernier, il a franchi le seuil de 16,81 % contre 9,08 % pour le taux net de dégradation.

Premier établissement du pays en termes de bilan, la BMS est considérée comme une banque d’importance systémique nationale. Ce qui lui veut d’être sous la surveillance attentive du régulateur ouest-africain, la commission bancaire de l’UMOA, basée à Abidjan. Cette dernière lui a d’ailleurs infligé une sanction financière de 300 millions de francs CFA pour non-respect des ratios prudentiels en vigueur dans l’Union. Mais, d’après une source interne, un recours en annulation de cette sanction a été introduit devant le Conseil des ministres de l’UEMOA « pour permettre à la banque de sortir la tête de l’eau », indique notre interlocuteur.

Soutien des autorités

Pendant l’embargo, la BMS aurait agi comme une banque centrale pour accompagner les flux financiers de l’État. Mais elle en fait aujourd’hui les frais. « Nous avons été touchés par l’embargo financier. Dire que nous agissions un peu comme une banque centrale est exagéré, toutes les banques le faisaient. Les autorités nous aident désormais à remonter la pente », confie à Jeune Afrique un cadre de la banque qui a requis l’anonymat.

Pour faire face à ces difficultés, Lanfia Koita et ses équipes tablent sur un plan de redressement et de transformation, qui a déjà permis d’augmenter les fonds propres de la banque à hauteur de 45 milliards de francs CFA, en mai 2022. Cette injection de liquidités doit permettre d’absorber les chocs de dépréciation du portefeuille à risques.

Pour affronter le gros temps, le directeur général peut s’appuyer sur ses expériences antérieures, notamment au sein de la Banque malienne de crédit et de dépôts (BMCD) et de la Banque de développement du Mali (BDM). L’objectif est d’accélérer le chantier du recouvrement des créances en souffrance dont l’encours est estimé à plus de 16 milliards de francs CFA et, surtout, de travailler sur la maîtrise des risques de crédits affectant négativement les fonds propres.

Lanfia Koita est un banquier rompu à la restructuration et le développement de banques, ce qui lui avait valu une promotion en qualité de patron de la Banque de l’habitat du Mali. Sous son impulsion, l’établissement avait réalisé un bénéfice net record de 2,3 milliards de francs CFA jusqu’à sa fusion avec la BMS en 2016.

Perte sur le chiffre d’affaires cumulé

Les sanctions financières imposées par la Cedeao ont violemment frappé tout le secteur bancaire malien. D’après nos estimations, le chiffre d’affaires cumulé des quinze établissements actifs dans le pays a chuté d’au moins 20 milliards de francs CFA. Les grandes banques comme BMS ont payé le plus lourd tribut à cet effondrement de l’activité.

« Beaucoup de crédits octroyés n’ont pas pu être remboursés à temps et ont été rééchelonnés, dégradant par là même le portefeuille, poursuit notre source. La couverture des opérations à l’étranger n’était pas assurée par la Banque centrale, créant un gros manque à gagner pour les banques. Leurs dépôts n’ont pas pu être stabilisés pendant l’embargo. Pis, ils ont baissé créant encore plus de fragilités ». Mais, en 2022, le bilan des banques a atteint 7 346,9 milliards de francs CFA, conférant au pays une part de marché de 11,4 % dans l’Union. Un chiffre en hausse par rapport aux 6 421,4 milliards engrangés un an plus tôt.

Quatrième pool bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine, le Mali compte sept banques de grande taille (bilan supérieur à 200 milliards de francs CFA), cinq banques moyennes (entre 100 et 200 milliards de francs CFA) et, enfin, cinq de petite taille (moins de 100 milliards de francs CFA).

source: jeuneafrique

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