La Russie et la Turquie se « déchirent » pour mettre chacune l’Afrique dans son « panier »

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La Russie et la Turquie se « déchirent » pour mettre chacune l’Afrique dans son « panier »
La Russie et la Turquie se « déchirent » pour mettre chacune l’Afrique dans son « panier »

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Mali. Tout le monde sait que la Turquie s’est beaucoup investie en Afrique, ces deux dernières décennies, notamment sous les auspices de Recep Tayyip Erdogan, pour développer les liens diplomatiques mais aussi économiques et commerciaux, avec les pays africains, en particulier dans le domaine de la défense.

De son côté, la Russie est entrée en jeu sur le continent africain, et les deux pays (Turquie – Russie), en tant que puissances montantes faisant partie du système mondial, sont entrées dans une compétition féroce pour mettre à l’œuvre leur influence dans les affaires mondiales, et cette compétition s’est étendue au continent africain.

De la Corne de l’Afrique à la Libye, les deux pays se sont habitués à se faire la concurrence pour accroître leur part du commerce des ressources des pays africains, se bousculent pour de nouveaux marchés de consommation, et cherchent une influence en tant que « partenaires » pour les pays africains.

La Russie et la Turquie ont beaucoup à faire dans cette nouvelle course internationale pour l’Afrique, même s’il existe d’importants exemples de coopération et d’intérêts communs qui peuvent combler le fossé entre Ankara et Moscou en Afrique. Des pools de ces intérêts mutuels pourraient constituer des gains à plusieurs niveaux pour les deux pays, comme pour les nations africaines également.

Grâce à leurs relations politiques et économiques bien établies et à leurs perceptions partagées d’un monde multipolaire, les deux pays peuvent trouver des similitudes et des points de partenariat en Afrique, surtout en Libye, où les objectifs énergétiques, de défense et de politique étrangère de la Turquie et de la Russie ont des ambitions similaires.

Cette situation pourrait se traduire par un plus grand nombre d’options pour les gouvernements africains à la recherche de nouveaux partenaires.

Comment la Russie rassure politiquement l’Afrique

Le Parti russe URP (United Russia Party), parti au pouvoir dans la Fédération de Russie, a déclaré qu’il tendait la main aux partis au pouvoir en Afrique en s’engageant à leur fournir un soutien politique et économique contre la pression occidentale en accélérant la coopération russo-africaine sur la base de coopération entre les États et les partis. La Russie a déjà commencé à trouver des moyens de s’assurer que ses engagements commerciaux avec ses partenaires traditionnels restent ouverts malgré les obstacles initiés par l’Occident qui lui a imposant des sanctions.

Dans ce contexte, le député et membre du parti russe au pouvoir, Andrey Klimov, a déclaré il y a quelques jours que depuis la signature des accords de coopération avec l’Afrique en 2020, les relations russo-africaines jouissent d’une grande renommée et que son parti est prêt à aider l’Afrique. D’ailleurs, a-t-il dit, les dirigeants russes se préparent à organiser une conférence avec les dirigeants sud-africains pour discuter de la situation de la sécurité alimentaire et des garanties énergétiques avant la réunion des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) prévue au mois de juin 2022.

Il a souligné qu’il existe un besoin russe et africain d’invoquer l’esprit de fraternité et que la Russie se tiendra aux côtés de l’Afrique pour résister à la pression européenne, à l’issue de l’opération militaire privée russe en Ukraine, engagée depuis le 24 février.

Klimov a indiqué entre-autres que : « L’Afrique devrait savoir que la Russie est prête à l’aider parce que nous n’avons jamais été une puissance coloniale. Il y a des dommages causés à l’Afrique par le colonialisme auxquels nous n’avons pas contribué, et depuis 30 ans, nous sommes confrontés au néo-colonialisme européen sur ce continent ».

Russie – Turquie : Deux puissances dans une course différente

En analysant les rôles de la Russie et de la Turquie en Afrique, il nous est apparu que les deux pays semblent adopter des approches nettement différentes pour atteindre la « ligne d’arrivée », ou gagner en influence, acquérir des consommateurs et des marchés, et contrôler une ressource précieuse allant des diamants à la bauxite et au minerai d’uranium.

Selon le contenu des partenariats stratégiques et des accords commerciaux annoncés, les sommets et les réunions de haut niveau tenus ou à tenir entre les chefs d’État africains et leurs homologues russes ou turcs, il y a deux observations en suspens :

• La Turquie poursuit une stratégie africaine bien au-delà de la Russie.

• Cette stratégie est plus différente de celle de la Fédération de Russie et bien qu’elles partagent des traits symboliques (grands sommets, visites d’État régulières et transformation des accords de partenariat stratégique en partenariats généraux), elles sont centrées sur quelques domaines d’intérêt choisis dans lequel la Russie a un avantage stratégique.

La coopération vire à la compétition

Les Turcs dévoilant leurs « muscles » aux Africains

La Russie et la Turquie opèrent en Afrique selon leur perception de leur partenariat avec leurs pays, qui peuvent bénéficier de relations avec l’un ou l’autre. Les deux pays cherchent à s’implanter en Afrique et dans la communauté internationale en tant que puissances montantes et crédibles, et pour cela ils déstabilisent le monde unipolaire qui s’effondre, avec les États-Unis et l’Union européenne en son sommet, voire le système bipolaire entre les États-Unis et l’Union européenne d’un côté et la Chine de l’autre, ce qui laisse inévitablement la place à des puissances montantes telles que la Russie, l’Inde et le Brésil.

La Russie et la Turquie développent leurs efforts en Afrique

Poutine et Erdogan savourant leurs acquis africains comme une crème glacée

Dans tous les cas, il serait vain que les deux puissances se substituent à des puissances établies telles que l’Union européenne, les États-Unis et la Chine dans la nouvelle ruée vers l’Afrique. À l’avenir, la Turquie et la Russie pourraient être en mesure de tirer davantage de points de similitude.

La Russie, par exemple, joue sa « carte islamique », comme l’implication indirecte dans la République de Tatarstan (située sur le bassin de la Volga, qui tire son nom du peuple Tatar, et dont la capitale est Kazan), et ce en tant que région suffisamment proche de la culture turque, qui pourrait être le moteur de nouveaux accords entre la Russie et la Turquie en Afrique. Cela pourrait inclure des points d’intérêts communs en Libye, alors que la Russie et la Turquie cherchent à rétablir des liens économiques entre elles et à expulser d’autres pays comme les Émirats arabes unis ou les États-Unis du maintien de leurs intérêts dans la région.

De même, cela pourrait être une tête de pont vers de meilleures relations avec la Turquie dans sa mission à Djibouti et en Somalie. Cela pourrait permettre également à la Russie d’établir des opérations militaires, des accords d’armement conjoints et d’autres échanges diplomatiques, politiques et militaires le long de la côte africaine de l’océan Indien en coopération avec la Turquie.

Certes, le monde change à grande vitesse, mais l’Afrique ne doit en aucun cas en être « une proie » !

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