Le Mali échappera-t-il à la surveillance étouffante du gendarme ONUsien ?

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Le Mali échappera-t-il à la surveillance étouffante du gendarme ONUsien ?
Le Mali échappera-t-il à la surveillance étouffante du gendarme ONUsien ?

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Mali. Suite au sanglant massacre survenu à Moura, au Mali, entre fin mars et début avril 2022, où l’armée a été accusée d’avoir exécuté des centaines de civils présentés comme des terroristes, l’opinion publique et les instances internationales continuent à se poser des tas de questions, dont en particulier « Que s’est-il réellement passé à Moura au Mali ? »

La question est sur toutes les lèvres depuis plusieurs jours, et les condamnations et appels à une enquête indépendante et transparente ont fusé de toutes parts.

Dans ce contexte, parmi les toutes dernières réactions, les Nations unies ont critiqué le 6 avril dernier le refus des autorités maliennes d’enquêter sur les « violations » des droits de l’homme survenues dans la région de Moura, au centre du pays.

Cette critique a eu lieu lors d’une conférence de presse tenue par Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général des Nations Unies, au siège permanent de l’Organisation internationale à New York.

« Nos collègues des droits de l’homme nous ont dit qu’ils étaient profondément préoccupés par le fait que les autorités du pays n’ont pas encore autorisé les enquêteurs de l’ONU à accéder au village de Moura, où les forces armées maliennes, accompagnées de militaires étrangers, auraient procédé à des exécutions sommaires et commis de multiples autres abus graves au cours d’une opération militaire », a déclaré Dujarric il y a plus de 3 semaines.

Le haut responsable onusien a déclaré également : « Nos collègues nous ont dit que le nombre exact de morts n’est toujours pas clair, sachant que l’armée malienne a déjà reconnu avoir tué 203 personnes appartenant à des ‘groupes terroristes armés’ et arrêté 51 autres personnes, dans ce qu’ils ont décrit comme une grande opération militaire à grande échelle dans la région ».

Le porte-parole du Secrétaire général des Nations Unies a encore ajouté : « Cependant, le Bureau des droits de l’homme nous a informés que des informations préliminaires ont révélé que la majorité des victimes étaient en fait des civils ».

A noter que dans un autre communiqué de presse, une source de l’ONU a déclaré qu’en plus des exécutions sommaires et autres meurtres, des viols, des arrestations arbitraires, des pillages et des vols avaient été signalés.

Pour rappel, le Mali a été en proie à la violence, aux troubles politiques et aux allégations de violations des droits de l’homme au cours de la dernière décennie, depuis qu’une tentative de coup d’État menée par des extrémistes dans le nord du pays, ayant laissé des parties des régions du centre et du nord vulnérables aux groupes armés, aux prises avec une crise humanitaire, et une insécurité alimentaire persistante.

Il importe de rappeler ici que le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le Mali, El-Ghassim Wane, a déclaré au Conseil de sécurité de l’ONU que la situation générale dans le pays restait extrêmement préoccupante, ajoutant qu’aucun progrès significatif n’avait été réalisé dans la mise en œuvre de l’accord de paix.

Wayne a brossé un aperçu autour de la situation sécuritaire au Mali, tout en revenant sur des événements mentionnés dans le rapport, le mois de mars dernier, lors duquel plusieurs attaques meurtrières ont été perpétrées par l’organisation Daech dans la région de Ménaka et la région sud de Gao.

Il a également évoqué des informations faisant état de violations des droits de l’homme commises contre des civils à Moura, en se félicitant de l’ouverture d’une enquête par les autorités maliennes, néanmoins, il a ajouté qu’il était également essentiel que la mission de l’ONU puisse accéder au site des violations présumées, conformément au mandat qui leur a été confié par le Conseil de sécurité.

Ce n’est pas la première fois que les Nations Unies durcissent le ton contre les autorités maliennes de transition.

Au mois de janvier 2022, le Conseil de sécurité avait mis en garde contre « la spirale sans fin de l’instabilité au Mali »

Une décennie après le déclenchement des troubles civils au Mali, les espoirs d’une solution rapide à l’insurrection et au conflit ne se sont toujours pas concrétisés, a déclaré dans ce contexte le Représentant spécial du Secrétaire général El-Ghassim Wane au cours d’une réunion du Conseil de sécurité.

Il a ajouté entre-autres : « L’insécurité a augmenté, la situation humanitaire s’est détériorée, davantage d’enfants ont abandonné l’école et le pays a été affecté par un cycle d’instabilité sans fin ».

Selon lui, plus d’un demi-million d’enfants auraient également été touchés par la fermeture des écoles, qui met « l’avenir du pays en danger ».

Réaction de l’Armée malienne

Dans un communiqué publié le 1er avril, un commandant de l’armée malienne a confirmé que les forces armées avaient mené une opération militaire qualifiée « de grande envergure », dans la région de Moura, du 23 au 31 mars. En conséquence, 203 combattants de « groupes terroristes armés » ont été tués et 51 personnes ont été arrêtées.

C’est d’ailleurs ce dont avait évoqué Stéphane Dujarric, le porte-parole du Secrétaire général des Nations Unies.

Un autre communiqué rendu public par l’armée malienne, le 5 avril 2022, a nié toute implication des militaires maliens dans les atteintes aux droits humains à Moura.

Wane a laissé entendre également : « Alors que les opérations militaires et de sécurité sont une nécessité absolue dans la lutte contre le terrorisme, l’expérience a montré à maintes reprises qu’une telle approche ne peut, à elle seule, assurer la stabilité à long terme, en particulier dans un environnement complexe comme celui qui prévaut au centre du Mali ».

Le responsable onusien a tenu à expliquer que ces opérations doivent être menées de manière à minimiser les dommages causés aux civils et à soutenir les droits de l’homme et les principes du droit international humanitaire.

Pour terminer, on ne peut cacher que les Nations Unies suivent de très prés et à la « loupe » tout ce qui se passe au Mali, et ce dernier tente lui-aussi, et par tous les moyens, de se disculper aux yeux des maliens comme aux yeux de la communauté internationale.

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