Africa-Press – Mali. Alors que les relations diplomatiques sont particulièrement tendues ces derniers mois entre la France et le Mali, Emmanuel Macron est attendu le 20 décembre à Bamako, où il rencontrera son homologue Assimi Goita. Une visite qui n’est pas sans lien avec le récent renforcement de la coopération militaire entre Bamako et Moscou selon un analyste.
Selon l’Élysée, le chef de l’État français se rendra le 20 décembre à Bamako où il s’entretiendra avec le Président de la transition, le colonel Assimi Goita. Il est également prévu qu’il célèbre Noël avec les soldats de la force Barkhane stationnés à Gao.
À en croire Emmanuel Desfourneaux, ce voyage au Mali « est une course de vitesse qu’entame Macron pour doubler la Russie », un partenaire traditionnel avec lequel le Mali a récemment renforcé sa coopération notamment sur le plan sécuritaire.
« La France s’est trop investie militairement et ne souhaite pas laisser ce pays entre les mains des Russes. Ce serait d’ailleurs un coup dur qui mettrait en cause sa présence militaire au Sahel et plus particulièrement dans les pays du G5 »
, soutient l’analyste français.
Le Président français qui craindrait un risque d’effet domino dans la région, espère sans doute séduire à travers ce déplacement les autorités maliennes, mais au-delà, les dirigeants de la région du Sahel où un sentiment antifrançais est de plus en plus prégnant. En témoigne récemment la mobilisation populaire au Burkina Faso et au Niger contre le passage d’un convoi militaire français en route pour le Mali.
Par ailleurs, le directeur de l’Institut afro-européen de Paris ajoute que ce déplacement n’est pas sans lien avec la campagne de Macron en vue de la présidentielle d’avril 2022. « Macron a anticipé par ce voyage la présidence de l’UE. L’élection présidentielle en France va l’empêcher de s’y consacrer pleinement à compter de mars. Janvier sera déterminant, c’est pourquoi il n’a pas de temps à perdre et se déplace dès la semaine prochaine », affirme-t-il.
Emmanuel Macron a d’ores et déjà annoncé que l’Afrique sera l’une des priorités de la présidence française du Conseil de l’UE. Avec en bonne place la lutte contre le terrorisme.
Si le Président français, selon Emmanuel Desfourneaux, ne devrait pas se montrer intransigeant sur la question du calendrier des élections devant entériner le retour des civils au pouvoir au Mali, ce n’est résolument pas le cas des dirigeants des pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
En effet, réunis le 12 décembre lors d’un sommet à Abuja, ceux-ci ont exigé des autorités maliennes le maintien de la date du 27 février 2022 pour l’organisation des élections présidentielle et législatives au Mali, sous peine de sanctions additionnelles. Il faut noter que cette date avait initialement été annoncée par la junte militaire, qui s’est par la suite rétractée.
Mais le Président de transition malienne s’est récemment engagé à fournir à la CEDEAO un calendrier électoral au plus tard le 31 janvier 2022. Tout en assurant que « le retour à l’ordre constitutionnel est et demeurera (sa) priorité absolue », le colonel Assimi Goïta a évoqué la nécessité de consultations nationales préalables dont les recommandations permettront de dégager un chronogramme.
La brouille diplomatique entre Bamako et Paris reste vive, depuis que les autorités maliennes, qui accusent la France – dont les soldats au Sahel vont passer en 2022 de plus de 5.000 à 3.000 – d’ »abandon en plein vol », ont ouvertement exprimé leur souhait de recourir à de nouveaux partenaires dans la lutte contre les groupes terroristes.
Et même en octobre, dans un entretien accordé à Sputnik, le Premier ministre malien Choguel Maïga a soutenu que des groupes armés étaient entraînés par des officiers français à Kidal, dans le nord du pays, cristallisant d’autant plus les tensions.
De leur côté, la France mais aussi d’autres pays européens comme l’Estonie ont menacé de retirer leurs troupes du Mali si un partenariat avec une société militaire privée russe, Wagner, venait à voir le jour. Même si depuis lors le ministre malien des Affaires étrangères a affirmé, en novembre dernier, qu' »aucun contrat n’a été signé dans ce secteur », les Européens, et notamment les Français, continuent de suspecter « une intention » des autorités maliennes de faire venir le groupe Wagner, assimilant ainsi ces opérateurs privés à l’État russe. Une confusion que le Président Vladimir Poutine, à la suite de son ministre des Affaires étrangères, n’a pas manqué de pointer.
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