Africa-Press – Mali. L’imposition de sanctions supplémentaires à l’Etat du Mali, par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), est devenue, désormais, le sujet de discussions de nombre de pays de par le monde, faisant de ce pays ouest-africain un objet de « spéculations et mise aux enchères ».
Dans le même contexte, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, qui participait à une réunion du Conseil de sécurité, a tenu ces propos : « Nous exhortons le gouvernement de transition au Mali à tenir l’engagement qu’il a pris envers le peuple malien de ramener le pays sur la voie démocratique », en ajoutant sur sa lancée : « Une période de transition de cinq ans n’est pas dans l’intérêt du peuple et prolongera ses souffrances ».
La diplomate américaine, qui a appelé à des élections « libres, justes, et transparentes », a poursuivi son intervention au Conseil de sécurité en disant : « Nous saluons les mesures fortes prises par la CEDEAO, le 9 janvier dernier, en faveur de la démocratie et de la stabilité », faisant référence aux nouvelles sanctions sans précédent prises par cet organe régional, notamment la fermeture des frontières et des mesures économiques.
De son côté, en réplique à l’invitation faîte lundi soir à la population malienne de manifester le vendredi 20 janvier, le département d’État américain a publié un communiqué reprenant les mêmes mots, en soulignant que les États-Unis partagent la « grande déception » de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest face à « l’absence de volonté et de progrès dans l’organisation des élections » au Mali.
Son porte-parole Ned Price, a souligné quant à lui que Washington soutenait la décision de la CEDEAO d’imposer « des sanctions économiques et financières supplémentaires » pour faire pression sur le Gouvernement de transition « en vue de respecter l’engagement qu’il a pris envers le peuple ».
A rappeler que vu que le groupe avait estimé à Accra que la proposition de la junte militaire malienne de tenir des élections présidentielles en décembre 2026 était « totalement inacceptable », le pouvoir de transition a anticipé et convoqué ses ambassadeurs accrédités dans les Etats membres de l’organisation, tout en laissant en retour une porte ouverte au dialogue.
Dans cette mêlée politique internationale, l’Algérie n’a pas hésité à mettre en garde son voisin contre la poursuite de la « transition prolongée » du pouvoir, annoncée par le Conseil Militaire de Transition que préside par le colonel Assimi Goïta, l’exhortant à adopter une attitude « responsable et constructive ».
En effet, un communiqué émanant de la présidence de la République algérienne a mis en garde contre les « conséquences politiques, sécuritaires et économiques qui pourraient résulter d’un transfert de pouvoir à long terme voulu par l’autorité malienne ».
L’Algérie, a appelé également les autorités du pays à tenir « un dialogue serein et réaliste avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, afin d’aboutir à un plan de sortie de crise qui tienne compte des exigences internationales et des aspirations légitimes du peuple malien ».
La même source a indiqué que le président Abdelmadjid Tebboune a souligné, en recevant le 6 janvier 2022 à Alger une délégation malienne de haut niveau, qu’une période transitoire de 12 à 16 mois est raisonnable et justifiée, et a appelé le pouvoir de transition en place à faire preuve d’un esprit de responsabilité constructive.
Tebboune a lancé un appel à « toutes les parties à faire preuve de retenue et à renouer le dialogue afin d’épargner à la région le tourbillon des tensions et l’exacerbation de la crise », sachant que l’Algérie partage 1.400 km de frontière avec son voisin du sud, avait pris part activement à l’accord de paix de 2015, signé avec les rebelles séparatistes, pour mettre fin à la guerre dans le nord du Mali et participe toujours aux réunions du comité de suivi de sa mise en œuvre.
A noter que, selon certains diplomates, la Russie et la Chine ont bloqué mardi 18 janvier, l’adoption d’un texte du Conseil de sécurité de l’ONU soutenant les sanctions décidées par la CEDEAO contre la junte militaire au Mali, où une transition vers un pouvoir civil qui durerait cinq ans a été rejetée par la plupart des partenaires du pays.
Ce texte, proposé par la France, visait à obtenir une position unie du Conseil à l’égard des militaires au pouvoir au Mali qui ne prévoient plus d’élections le 27 février, comme ils s’y étaient initialement engagés.
La Russie avait réclamé entre-autres de la « compréhension » à l’égard des autorités maliennes, au lendemain des dures sanctions inédites prises par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
Réagissant de son côté, le président ivoirien Alassane Ouattara a déclaré, lors d’une conférence conjointe avec son homologue gabonais, Ali Bongo Ondimba, dans la capitale gabonaise Libreville, que les répercussions des récentes sanctions économiques de la CEDEAO : « commencent à apparaître sur le Mali et d’autres pays de la région », car, selon lui : « La situation de la population est difficile tant au Mali que dans les grands pays voisins comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire ».
Ouattara a jugé inacceptable que le régime militaire reste au pouvoir pendant cinq ans au Mali, ajoutant que l’organisation ouest-africaine a tout fait pour que ces le pouvoir transitoire malien organise « des élections dans les délais », affirmant que les sanctions récemment imposées par la CEDEAO étaient « auto-prises de notre part », exprimant son espoir que « la situation reviendra à la normale dès que possible ».
Anticipant encore une fois, le Mali a dépêché une délégation composée de six ministres en Mauritanie, pour discuter des répercussions de sa crise avec la CEDEAO.
L’entrevue s’est déroulée en présence de :
• Côté mauritanien :
Les ministres des Affaires étrangères, de la Coopération et des Mauritaniens de l’Extérieur, M. Ismail Ould Cheikh Ahmed, de l’Intérieur et de la Décentralisation, M. Mohamed Salem Ould Merzoug, des Finances, M. Mohamed Lemine Ould Dhehbi, du Pétrole, de l’Energie et des Mines, M. Abdessalam Ould Mohamed Saleh, des Pêches et de l’Economie maritime, M. Dy Ould Zein, de l’Equipement et des Transports, M. Mohamedou Ahmedou M’Haïmid et du directeur de cabinet du Président de la République, M. Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine.
• Côté malien :
Le colonel Abdoulaye Maïga, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Porte-parole du Gouvernement, Mme Dembele Madina Sissoko, ministre des Transports et des Infrastructures, M. Aliousséni Sanou, ministre de l’Economie et des Finances, M. Lamine Seydou Traoré, ministre des mines, de l’Énergie et de l’Eau, le capitaine Demba N’daw, ministre directeur de cabinet du Président de la Transition, Pr. Alfousseini Diawara, secrétaire général adjoint de la Présidence.
A noter que le Mali est interdit désormais de participer aux opérations du marché monétaire de l’UEMOA. Pourtant, son gouvernement doit rembourser 392 milliards FCFA de dette, rien qu’en cette année 2022. Les sanctions portées par la CEDEAO contre le Mali semblent s’étendre à la capacité d’accès au marché monétaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Les Maliens n’ont pas hésité à faire appel au chanteur sénégalais Youssou N’dour à intervenir auprès de la CEDEAO, afin que les sanctions économiques et financières infligées à leur pays soient levées.
Anouar CHENNOUFI
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