Que sont-ils devenus… Mory Soumano : Parangon de l’éloquence et du savoir être au service de la radio rurale

3
Que sont-ils devenus… Mory Soumano : Parangon de l’éloquence et du savoir être au service de la radio rurale
Que sont-ils devenus… Mory Soumano : Parangon de l’éloquence et du savoir être au service de la radio rurale

Africa-PressMali. En 1977 sur les antennes de Radio-Mali, les auditeurs de l’émission du vendredi matin “Poyi Kan Poyi” découvrent la voix suave d’un jeunot auprès de Kerfala Kouyaté et El hadj Bourama Coulibaly. C’est Mory Soumano qui venait de faire ses premiers pas dans l’animation rurale. Recruté, il prend le micro dans les 72 h qui suivent sa prise de service parce que le besoin était là. Les animateurs attitrés : Zoumana Yoro Traoré était avec Souleymane Cissé pour le tournage du film Baara, Seydou Touré était sous le coup d’une suspension. Du coup, Mory Soumano épouse la profession et devint une vedette des différentes émissions de Radio-Mali. Avec l’avènement de la télévision en 1983, il va s’illustrer dans d’autres circonstances. Qui est donc cet homme devenu animateur de radio, par circonstance ? De son vrai nom Djélimory Soumano, l’instituteur chargé d’établir son extrait d’acte de naissance en 1958, trouve le bon raccourci pour faciliter la tâche aux enseignants. Originaire de la grande famille des griots du cercle de Kita, village de Kokofata, il débute ses études primaires en 1958, et transfère à Kita pour le second cycle entre 1965-1970. Avec son BEPC en poche, Mory Soumano est orienté à l’Institut pédagogique pour l’enseignement général (Ipeg) de Sikasso. Était-il prédestiné à être enseignant ? Il répond qu’en tant que fils de griots, communicateur de naissance, l’enseignement pour lui ne saurait être mauvais. Quelle fut la suite de sa profession d’enseignant ? Comment s’est-il retrouvé à Radio-Mali ? Son avis sur la délinquance juvénile ? Sa retraite? Mory Soumano est notre héros de la semaine, pour l’animation de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”

Au moment d’entamer les études secondaires professionnelles dans la Capitale du Kénédougou, Mory Soumano devait être en terminale au lycée. Si et seulement s’il n’avait pas été frappé par deux fois par le destin : la maladie et le débordement du fleuve ayant empêché la traversée pour l’enseignant durant l’année scolaire.

Il s’est résigné à supporter ces coups durs pour faire le cycle normal de l’Ipeg. C’est en 1974 qu’il sort de cette école comme instituteur. Premier poste d’affectation : le Wassoulou, plus précisément Guélélinikoro dans le cercle de Yanfolila où il est sollicité pour les activités culturelles, notamment les soirées de fin d’année, les semaines locales. Son statut de griot et de communicateur traditionnel fait de lui un talent dans le domaine culturel et artistique. Cela lui donne l’envie d’étudier pour valoriser son potentiel. C’est ainsi qu’il obtient un détachement auprès du ministère de la Jeunesse, des Arts et de la Culture pour servir au Carrefour des jeunes à partir de juillet 1977. Outre ses fonctions de responsable du matériel, Mory Soumano est chargé de la gestion de toutes les activités du Carrefour pour lui donner une nouvelle orientation, cela va lui permettre de découvrir Radio-Mali parce qu’il y déposait les avis et communiqués relatifs aux activités de son service employeur.

Le coup du sort

Son destin pour le micro bascule dans la cour de la Radio à la simple lecture d’un avis accroché au tableau. “C’est par le plus pur des hasards que je suis tombé sur l’avis de recrutement d’un animateur pour la radio rurale. Je me suis intéressé et j’ai rencontré feu Papa Oumar Sylla (l’animateur du ‘Choix des auditeurs’ les dimanches à l’époque), qui me guida vers le chef de la section animation rurale, Fadjigui Sinaba. Je lui ai expliqué mes motivations et mes atouts pour aider le monde rural. J’ai fait le test dont le sujet portait sur un bon paysan à développer sur une page. La deuxième épreuve consistait à lire cette rédaction sous la forme d’un enregistrement en bande sonore. Au moment de quitter la radio, le technicien qui était de charger des enregistrements m’a pris de côté pour prédire mon admission. Parce qu’il a apprécié les deux composantes du sujet proposé aux candidats. Quelques jours après, le véhicule de la radio rurale est venu me chercher au Carrefour des jeunes. A la radio, Fadjigui me notifia mon admission et s’empressa de me dire que l’urgence est là. Donc, il fallait que je prenne fonction immédiatement. Voilà comment j’ai déposé la craie au profit du micro”.

Tout est parti de ce premier contact avec le micro. Mory Soumano, bien que novice, épouse le métier, séduit ses collaborateurs et impressionne les auditeurs. Il quitte définitivement la craie et maîtrise en un laps de temps le B.a.-ba de l’animation rurale. Pourtant, l’enfant de Kokofata a gagné ce pari sans forcer, les qualités innées liées à son rang social sont passées par là.

Pendant six ans (1977-1983), il va contribuer à populariser l’émission hebdomadaire du vendredi, “Poyi Kan Poyi” aux côtés de Zoumana Yoro Traoré, El hadj Bourama Coulibaly. Pour agrémenter cette notoriété et maintenir le leadership dans le cœur des auditeurs, Mory propose des rubriques émaillées de reportages : coup d’œil sur le monde rural, la vie du village, les us et coutumes, les besoins et les perspectives du village. En un mot, l’émission devient la courroie de transmission entre les opérations de développement et les paysans. Autre bébé de l’enfant de Kita à la Radio Mali ? L’émission 8-10, c’est-à-dire entre 8 heures et 10 heures

A l’avènement de la télévision en septembre 1983, le monde rural ne fait pas partie des priorités dans les programmes, à cause du manque de moyens et surtout d’inspiration. Mory Soumano toujours collé à la tradition propose “La musique du terroir en 1985”, qui devient plus tard “Le terroir” parce que l’émission concernait désormais tout ce qui touche le monde rural : l’intronisation du chef de village, les funérailles de personnalités, la vie des hommes et femmes importants du village. Cette nouvelle aventure confère plus de renommée à Mory au point que la présidence de la République s’appuie sur lui pour faire passer un message aux paysans. Comment ?

Entre Koulouba et le monde paysan

Le président Moussa Traoré, chef de l’Etat à l’époque, tient à l’autosuffisance alimentaire comme à la prunelle de ses yeux. Pour réussir ce slogan il faut une meilleure sensibilisation des paysans. Il profite de ses tournées à l’intérieur du pays pour passer ses messages. Pour faciliter la compréhension, il choisit dans ses délégations celui qui est plus proche des paysans, Mory Soumano.

“C’est Tiona Mathieu Koné qui m’a informé que le président a décidé que je fasse partie de la délégation pour ses voyages à l’intérieur. Je l’ai chargé de dire à Moussa de s’adresser aux paysans en bambara et que je corrigerai les éventuelles imperfections dans mes reportages. Mieux j’ai créé l’occasion de l’approcher pour lui suggérer ma proposition. Le président a fait un discours remarquable à Bougouni, surtout qu’en cours de route il n’a pas vu de feu de brousse. Cela l’a beaucoup inspiré. Dans les différents journaux à la radio et dans l’émission Poyi Kan Poyi, je faisais la narration des tournées, en mettant un accent particulier sur les interventions du président Moussa Traoré. A notre retour, j’ai été convoqué à Koulouba. J’ai préféré que mon directeur aille à ma place, afin que je ne sois pas une cible à la radio. Par finir, la présidence a envoyé une lettre de félicitation à l’ORTM pour le travail bien fait des équipes de reportage. En d’autres circonstances, j’ai rencontré le président Moussa et il m’a fait un geste. Depuis lors, on a gardé de bons rapports et j’ai toujours fait partie de ses délégations. Seulement, je devais faire un choix difficile entre une mission de la présidence et ma bourse pour l’Ecole des journalistes d’Afrique du Caire. Cela n’était

pas facile, mais il fallait que je parte me perfectionner”.

Conservateur indécrottable

Nous sommes arrivés chez Mory Soumano le vendredi dernier après la prière. Assis dans sa cour au milieu de ses enfants, l’homme reste un conservateur, malgré le côté comique dans ses animations à la radio ou à la télé. En demandant son avis sur la délinquance juvénile, la dépravation de nos mœurs, il nous a répondu que tout cela est la résultante d’une démission collective de la société. S’y ajoutent, selon lui, les mauvaises fréquentations qui peuvent influer de façon négative la bonne éducation d’un enfant.

C’est la raison pour laquelle certains parents sont parfois mis devant le fait accompli, quand ils découvrent un autre visage de leurs enfants différent de celui de la famille. Alors quelle solution pour recadrer cette jeunesse égarée ? Mory Soumano conseille que chaque chef de famille s’assume et prêche en même temps la sensibilisation à travers de bons conseils. Mais est-ce que lui Mory agit ainsi ? Ah oui, répond. Certes il est à la retraite avec sept enfants, mais ses principes et ses lois demeurent inébranlables. A 22 h, il boucle la porte de sa maison. Gare à celui qui défie cette autorité !

Faut-il rappeler que Mory Soumano a passé trois ans dans l’enseignement, et trente-sept ans à Radio Mali, devenu aujourd’hui l’ORTM. Médaillé du Mérite national, il a fait valoir ses droits à la retraite le 31 décembre 2014. Après un temps de repos, il a repris du service en signant un contrat avec l’ORTM pour l’animation d’une émission mensuelle intitulée #AW# (nous en français).

Aujourd’hui, il se réjouit de trois choses : la reconnaissance du citoyen lambda dans la rue, le soutien des plus hautes autorités (la présidence, la direction de Radio-Mali) afin qu’il réussisse sa mission, et surtout le soutien au bon moment de sa ministre de tutelle Mariam Flantié Diallo, à l’époque, et de la Société Omnium Mali pour son évacuation en Tunisie en 2010.

Mory Soumano avoue qu’il a frôlé la mort. Dans la vie il n’aime que les personnes, c’est-à-dire valoriser les relations humaines. Il déteste l’hypocrisie.

O.

Roger Tél (00223) 63 88 24 23

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here