Quelle orientation a choisi le Mali au vu des décisions de la CEDEAO : « L’enfermement…ou…l’ouverture » ?

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Quelle orientation a choisi le Mali au vu des décisions de la CEDEAO : « L’enfermement…ou…l’ouverture » ?
Quelle orientation a choisi le Mali au vu des décisions de la CEDEAO : « L’enfermement…ou…l’ouverture » ?

Africa-Press – Mali. Le Président de la République de transition…dans l’embarras
Les événements au Mali se sont intensifiés jusqu’à atteindre leur paroxysme, dans une scène complexe où convergent les forces internationales, les vestiges du colonialisme, les intérêts politiques, les calculs régionaux et la volonté du peuple.
Deux questions se posent par elles-mêmes :
• Quelle est la réalité de la position russe en faveur du Mali ?
• Quel est l’avenir de la prochaine étape après l’imposition des sanctions à ce pays enclavé ?

A notre avis, rien ne prédit désormais un avenir tranquille et meilleur pour les Maliens, surtout après que les dirigeants de la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) aient tranché, lors d’une réunion extraordinaire tenue le 9 janvier dans la capitale ghanéenne, Accra, où ils ont décidé de fermer les frontières de leur pays avec le Mali, tout en gelant ses avoirs et comptes bancaires, bloquant les virements bancaires, retirant à l’occasion tous les diplomates accrédités à Bamako et annulant toute forme de coopération avec le pays, ainsi que les aides financières, à l’exception des médicaments et des produits alimentaires.

Tout s’est déclenché à la suite de la nouvelle proposition présentée par les autorités militaires au pouvoir au Mali, notamment la programmation de la phase de transition et sa clôture par des élections présidentielles dans une période allant jusqu’à 5 ans.

Il faut l’avouer, la CEDEAO s’était montrée farouchement contre le premier coup d’État perpétré en août 2020, puis envers le second survenu en mai 2021, et a fait pression sur la junte militaire constituant le CMT, pour le retour des civils au pouvoir le plus tôt possible.

Pour rappel, depuis le deuxième coup d’État de mai 2021, le Conseil militaire du Mali s’est engagé à organiser des élections et à transférer le pouvoir à un gouvernement civil en février 2022, mais la procrastination et l’incertitude ont incité la Communauté économique africaine à menacer d’appliquer un ensemble de sanctions sévères, il y a quelque temps.

Processus électoral précédent

Selon certains observateurs, il y a des facteurs objectifs qui ne permettent pas de tenir les élections dans les délais, en plus de l’absence d’une réelle volonté de la part de l’autorité de transition de les organiser avant de restructurer et de constituer l’État, ce qui signifie que les élections n’ont jamais été la première priorité du pouvoir transitionnel.

Revenant sur le sujet, Dr Mohamed Ismail, un chercheur malien dans les relations internationales à l’Université de Bamako, a renvoyé les raisons du non-respect de la date des élections aux conditions sécuritaires et politiques qui se détériorent jour après jour, là où les autorités de transition n’ont pas réussi à unir la plupart des partis politiques et des forces nationales, et n’ont pas réussi dans la première phase de la période de transition à satisfaire les forces du changement et à les impliquer dans le processus politique.

C’est d’ailleurs ce qui explique le refus de nombreux partis politiques, les mouvements armés du nord et les forces de la société civile, dont le mouvement de l’Imam Mahmoud Dicko, à participer aux sessions de dialogue.
Détérioration des relations entre la France et l’autorité de transition

Le casse-tête français où mènera-t-il ?

Il semble bien que la détérioration des relations entre les autorités françaises et les autorités maliennes de transition soit l’un des obstacles à la situation intérieure du pays, notamment après la nomination au poste de Premier ministre « Choguel Kokalla Maïga », en plus du retrait progressif des forces françaises de Barkhane, causant de facto la détérioration de la sécurité et la réduction de l’aide extérieure.

Autre point de discorde, la déclaration et les démarches entreprises en septembre 2020 par le Conseil militaire, qui ont donné des signaux jugés « négatifs » indiquant que le CMT cherchait à demeurer au pouvoir le plus longtemps possible, et tenté de marginaliser les partis politiques en les accusant d’échec, car cette volonté de rester au pouvoir est apparue lors de la rédaction de la proposition de la phase transitoire.

Manifestations pro-transition et anti- CEDEAO

Qualifiant les sanctions imposées au Mali par la CEDEAO et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) comme « les plus sévères et les plus dures de l’histoire des deux organisations », sachant que ces nouvelles sanctions couvraient tous les aspects politiques, économiques, commerciaux et sécuritaires, des milliers de manifestants dans la capitale, Bamako, et dans d’autres villes maliennes, sont sortis dans la rue, le vendredi 14 janvier 2022, afin de protester contre les sanctions de la CEDEAO, ainsi que les pressions internationales faites sur leur pays pour qu’il transfère le pouvoir aux civils.
Ces manifestants ont répondu à l’appel du Président du Conseil militaire de transition, le Colonel Assimi Goïta, qui les a appelés à défendre leur patrie.

En effet, des rassemblements de masse ont eu lieu sur la place de l’Indépendance à Bamako, et dans divers autres lieux, y compris à Paris où des Maliens se sont rassemblés pour soutenir l’armée et le projet de « reconstitution », qui comprend une période de transition pouvant s’étendre sur cinq ans.

Le Directeur Exécutif de l’Union des Savants Africains au Mali, Dr. Omar Bamba, a laissé entendre, quant à lui, que la pression populaire a provoqué et provoquera encore un changement dans la scène politique, d’où des signes de recul et d’assouplissement des sanctions auraient déjà pointé à l’horizon, après que le peuple malien se soit uni contre ces sanctions qualifiées d’illégales et d’inhumaines, et pour se libérer également des vestiges du colonialisme français.

En fin de compte, le peuple s’est dressé comme un seul homme contre ces châtiments sévères, et son mouvement doit porter ses fruits, en raison de ce soulèvement populaire qui a rassemblé de nombreux politiciens, parlementaires et militants, ainsi que des communautés maliennes et africaines dans de nombreuses régions du monde, en solidarité avec le peuple malien.

Dr Bamba a déclaré, entre-autres, que ces sanctions furent imposées pour faire pression sur le Mali pour qu’il demeure sous le contrôle de la France, c’est donc pour cela que le Mali a besoin du soutien de tous les Africains pour être libéré de l’emprise du colonialisme français, et cela ouvrira la porte à d’autres pays africains, se trouvant dans la même situation, pour pouvoir imposer leur souveraineté face à la France.

Selon lui « plusieurs pays africains n’ont pas leur pleine souveraineté, et n’ont même pas leur propre monnaie, et malgré notre rejet du régime militaire, nous voulons recouvrer notre souveraineté du colonialisme, nous devons donc nous tenir côte à côte pour gagner notre liberté inconditionnelle ».

Finalement, il faudrait reconnaître que la scène malienne se complique, mais il y a de larges espoirs et une volonté de restaurer la patrie « usurpée », et malgré l’ambiguïté de la scène malienne et le grand nombre d’apports, la voix du peuple reste la plus claire et la plus forte.

Va-t-on donc voir la situation se calmer après que les braises ont été ravivées ?
Ou bien allons-nous assister à un revirement total dans ce pays d’Afrique de l’Ouest…et dans d’autres ?
Anouar CHENNOUFI

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