Au Mali, nouvelle scission entre les groupes armés du Nord

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Au Mali, nouvelle scission entre les groupes armés du Nord
Au Mali, nouvelle scission entre les groupes armés du Nord

Flore Monteau

Africa-Press – Mali. Après le Gatia, fin juillet, le MSA de Moussa Ag Acharatoumane a claqué la porte du CSP-PSD, la coalition qui regroupe les principaux mouvements armés signataires de l’accord de paix d’Alger.

Dimanche 24 septembre, le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA), un des membres fondateurs du Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PSD), qui regroupe l’essentiel des groupes armés signataires de l’accord de paix d’Alger, a déclaré dans un communiqué quitter cette coalition de factions du nord du Mali.

Signé par son secrétaire général, Moussa Ag Acharatoumane, par ailleurs membre du Conseil national de transition (CNT), à Bamako, le document « informe l’opinion nationale et internationale qu’il quitte définitivement le CSP-PSD », déplorant que « les combats en cours provoquent une fois de trop l’exil forcé des populations civiles déjà meurtries par une dizaine d’années de conflit fratricide ».

Reprise de la guerre

Cette décision intervient alors que le conflit entre l’armée malienne et les mouvements à dominante touarègue a repris dans le nord du Mali. Après plusieurs affrontements entre les Forces armées maliennes (Fama) et les combattants de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) depuis le début d’août, notamment autour de la ville de Ber, le CSP-PSD avait déclaré, le 10 septembre, « adopter toutes mesures de légitime défense contre les forces de la junte malienne, partout sur l’ensemble du territoire de l’Azawad ».

Affirmant de son côté être toujours engagé dans la mise en œuvre de l’accord d’Alger, le MSA dit aujourd’hui « regretter » la déclaration du CSP-PSD, qu’il juge « non-consensuelle » et par laquelle ce dernier « engage un conflit armé contre les Fama ». Le 11 septembre, le mouvement d’Ag Acharatoumane s’était déjà désolidarisé du cadre, dénonçant des « accusations infondées et malveillantes contre le gouvernement malien ».

Pro et anti-gouvernement

Deux mois plus tôt, le 25 juillet, un autre signataire de l’accord d’Alger avait décidé déjà de quitter le CSP-PSD : le Groupe d’autodéfense Imghad et Alliés (Gatia), membre de la Plateforme du 14-Juin-2014 d’Alger – composée essentiellement de groupes armés pro-gouvernementaux.

Constatant que « l’orientation actuelle ne [suivait] plus la ligne convenue », le Gatia dénonçait dans une lettre signée par son secrétaire général, Youssouf Ag Mohamed, le soutien du CSP à Fahad Ag Almahmoud, ancien secrétaire général du Groupe d’autodéfense, qui revendique un mandat toujours en cours.

Dans une déclaration faite le 18 septembre, ce dernier a plaidé en faveur de la constitution d’une grande alliance des mouvements touaregs contre l’armée malienne, assurant « continuer la guerre jusqu’à la libération de tout le Mali pris en otage par les cinq colonels » qui constituent la junte au pouvoir à Bamako.

Échec de l’accord d’Alger

Le CSP-PSD avait été créé en mai 2021 à la suite des violentes attaques jihadistes contre les populations, poussant l’ensemble des groupes touaregs et arabes du Nord, y compris ceux qui étaient considérés comme pro-gouvernementaux, à s’unir.

Mais depuis le putsch qui a définitivement installé Assimi Goïta au pouvoir, également en mai 2021, les mouvements n’ont cessé de déplorer l’inaction de Bamako dans la mise en œuvre de l’accord de paix d’Alger, augmentant les tensions entre les deux parties et favorisant les scissions internes chez les ex-rebelles. Le nouveau projet de Constitution, adopté en juin 2023, puis le désengagement de la Minusma, la mission de l’ONU au Mali, dont les Fama et la CMA se disputent les bases rétrocédées, ont achevé d’enterrer l’accord de paix.

Une instabilité dont tirent profit les groupes jihadistes qui, déjà largement implantés dans le Nord, étendent encore leur influence dans la région. La ville de Tombouctou, sous blocus depuis plus d’un mois, a de nouveau été la cible de tirs d’obus le 21 septembre.

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