Par Flore Monteau
Africa-Press – Mali. Incarcéré depuis un mois à Bamako, le célèbre activiste et animateur radio attend son procès pour « offense au chef de l’État », prévu le 13 juin. La semaine dernière, l’un de ses proches, le journaliste Aliou Touré, a été enlevé et interrogé pendant cinq jours par des hommes armés non identifiés.
« Nous demandons aux plus hautes autorités d’ouvrir une enquête honnête, sincère et digne pour savoir qui a enlevé Aliou Touré. » Ce 11 avril, en conférence de presse à Bamako, Bandiougou Danté, le président de la Maison de la presse du Mali, interpelle le gouvernement sur la mystérieuse disparition de son confrère, enlevé le 6 avril dans la capitale malienne par des « hommes armés inconnus ».
Le directeur de la publication du journal Le Démocrate ne réapparaîtra que cinq jours plus tard. Présent aux côtés de Danté à la conférence de presse mais peu loquace, le journaliste affirme ne rien savoir de l’identité de ses ravisseurs ou du lieu de sa captivité. « Quel que soit l’auteur de cette pratique, un doigt sera pointé sur l’État », poursuit Bandiougou Danté, qui reproche aux autorités un « silence coupable ».
Liens avec Ras Bath
Pour beaucoup, l’identité des ravisseurs ne fait guère de doutes : il s’agit très probablement d’agents de la redoutée Sécurité d’État, les services de renseignement maliens. Dirigée par le colonel Modibo Koné, membre influent de la junte au pouvoir, la « SE » fait office d’organe de répression des opposants au régime d’Assimi Goïta.
Aliou Touré, justement, est considéré comme l’un d’entre eux. Outre sa casquette de journaliste, l’homme à la fine barbe noire est aussi secrétaire administratif du Collectif pour la défense de la démocratie (CDR) et connu pour ses critiques envers la junte. Le jour de son enlèvement, il avait ainsi appelé à la libération de son camarade activiste Ras Bath, arrêté un mois plus tôt pour avoir déclaré que l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga avait été « assassiné ».
Interrogé pendant sa détention sur son implication dans le CDR et ses connexions avec Ras Bath, Aliou Touré se dit « psychologiquement atteint » par son enlèvement. « J’étais sur le devant de la scène concernant la libération de Ras Bath, mais jamais je n’aurais imaginé que ça puisse m’arriver, en pleine capitale, dans un pays de droit », souffle-t-il au téléphone.
Une forme de pression qualifiée de « très grave » et « très inquiétante » par le journaliste, qui regrette le climat de peur qui règne dans les rédactions bamakoises. « Les journalistes maliens vont continuer le combat, c’est évident », assure Aliou Touré, qui avait remplacé Ras Bath au micro de l’émission « Grands dossiers » sur la radio Renouveau FM.
Déjà arrêté en 2021
Détenu à la Maison centrale d’arrêt de Bamako, Ras Bath, de son vrai nom Youssouf Bathily, a été placé sous mandat de dépôt le 13 mars après avoir dénoncé « l’assassinat » de Soumeylou Boubeye Maïga devant les partisans de son parti, l’Alliance pour la solidarité au Mali (Asma). D’abord inculpé pour « simulation d’infraction » puis « association de malfaiteurs et offense au chef de l’État », le militant attend désormais son procès, prévu le 13 juin.
En 2021, Ras Bath avait déjà été arrêté dans le cadre d’une affaire de « complot contre le gouvernement » avant que la Cour suprême n’abandonne finalement les charges à son encontre. Selon son avocat, Me Kassoum Tapo, la procédure actuelle n’a rien à voir avec la précédente : « En 2021, l’accusation était dirigée contre Boubou Cissé [un ex-Premier ministre]. Là, c’est Ras Bath qui est directement visé », rappelle-t-il.
« Un procès politique »
Pour Mohammed Ali Bathily, ancien ministre de la Justice et père du militant, « la vraie raison de ce procès est politique ». « La voix de Ras Bath compte beaucoup dans cette période de transition. Il dit ne pas avoir confiance dans le respect du calendrier électoral [par le gouvernement], et donc les nombreuses personnes qui l’écoutent se posent des questions », estime-t-il. Le mois dernier, la junte d’Assimi Goïta reportait le référendum constitutionnel, faisant craindre un recul des échéances électorales devant mettre un terme à la transition.
Selon Bathily, le procureur en charge de l’affaire, Idrissa Touré, fait preuve de zèle dans ce dossier. « Il est allé lui-même porter plainte pour injure au chef de l’État et association de malfaiteurs, mais il n’y a aucun fait » prouvant ces allégations, affirme-t-il. Ras Bath ferait-il l’objet d’un acharnement judiciaire visant à le faire taire ? Ses avocats n’ont, eux, toujours pas pu accéder à son dossier. Le 12 avril, ils n’ont ainsi pas été informés de la tenue d’une audience pour une remise en liberté de leur client, qui s’est vu attribuer un avocat commis d’office. Le tribunal communiquera sa décision la semaine prochaine.
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