Bamako appelle à réviser les accords de défense, mais « la France veut reprendre la main au Mali »

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Bamako appelle à réviser les accords de défense, mais
Bamako appelle à réviser les accords de défense, mais "la France veut reprendre la main au Mali"

Africa-Press – Mali. Rien ne va décidément plus entre Bamako et Paris. Les autorités maliennes demandent désormais une révision du traité de défense liant leur pays à la France. Un nouvel épisode qui survient alors que les tensions entre les deux États n’ont jamais semblé aussi vives.

Invité sur un plateau de la télévision nationale le 15 janvier, le Premier ministre malien Choguel Maïga n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour décrier les rapports en demi-teinte de son pays avec la France.

Et sur certaines questions, il s’est montré catégorique: « Nous voulons relire les accords déséquilibrés qui font de nous un État qui ne peut même pas survoler son territoire sans autorisation de la France. Cela fait partie des raisons pour lesquelles la France monte le monde contre nous », a-t-il annoncé.

Le principal objectif du traité de coopération militaire signé le 16 juillet 2014 par les ministres de la Défense français et malien est d’aider le Mali à reconstruire son armée, notamment en ce qui concerne l’organisation, l’équipement et l’entraînement des militaires.

Selon Emmanuel Desfourneaux, directeur de l’Institut afro-européen de Paris interrogé par Sputnik, la demande de révision souhaitée par Bamako « sonne comme un coup de semonce ».

Ce politologue fait par ailleurs observer que « les autorités transitoires maliennes n’ont pas dénoncé le traité de défense [n’ont pas unilatéralement déclaré ne plus y être tenu, ndlr] ». « Nous sommes donc dans une phase d’escalade maîtrisée. Chacun use de ses pouvoirs de nuisance contre l’autre, tout en évitant la décision fatale de rupture », souligne-t-il.

Un « cadeau empoisonné »

Selon l’article 26 du traité de coopération de défense, comme l’indique Emmanuel Desfourneaux, la France doit donner son accord pour que les amendements souhaités par la partie malienne, dont la teneur demeure encore inconnue, entrent en vigueur.

En effet, le gouvernement malien a dénoncé le 12 janvier la violation de son espace aérien par un avion français ayant effectué, la veille, une liaison Abidjan-Go-Abidjan. De son côté, l’armée française a soutenu jouir d’une pleine liberté de circulation sur le territoire et dans l’espace aérien malien, en vertu des accords qui lient Bamako et Paris.

Emmanuel Desfourneaux estime qu’il y a peu de chances pour que la France consente aux amendements voulus par le Mali. « Tout au plus, elle fera remarquer que le traité respecte à bien des égards la souveraineté de l’État malien. Et qu’en l’espèce, l’incident [du 11 janvier, ndlr] ne viole ni le traité de coopération ni la souveraineté du Mali », ajoute-t-il.

« Reprendre la main au Mali »

Pour Emmanuel Desfourneaux, « il est incontestable que la France veut pouvoir reprendre la main au Mali comme dans la sous-région et qu’Emmanuel Macron espère de nouvelles élections avec l’arrivée d’hommes politiques nouveaux beaucoup plus ouverts à la politique africaine de la France ».

Des tensions qui perdurent

La brouille diplomatique entre Bamako et Paris reste vive, depuis que les autorités maliennes ont accusé la France, dont les soldats au Sahel vont passer en 2022 de plus de 5.000 à 3.000, d’ »abandon en plein vol », avant d’exprimer ouvertement leur souhait, courant 2021, de recourir à de nouveaux partenaires dans la lutte contre les groupes terroristes.

Lors de son intervention du 15 janvier à la télévision nationale, le Premier ministre Choguel Maïga a dressé un bilan pour le moins mitigé de la présence militaire française dans son pays qui, du reste, conforte les autorités maliennes dans leur choix. « L’opération Serval avait trois objectifs clairs énoncés par la France: détruire le terrorisme, aider à restaurer l’intégrité du territoire malien, appliquer les résolutions des Nations unies. Neuf ans après, le terrorisme a quitté l’extrême nord pour se répandre dans 80% du pays, l’intégrité du territoire n’est pas encore rétablie, quant aux résolutions des Nations unies, elles changent chaque année au point que nous nous sommes récemment opposés à une nouvelle résolution », a-t-il déclaré.

De leur côté, la France mais aussi d’autres pays européens comme l’Estonie ont menacé de retirer leurs troupes du Mali si un partenariat avec une société militaire privée russe, Wagner, venait à voir le jour. Ces pays ont d’ailleurs, dans un communiqué en date du 23 décembre dernier, annoncé le déploiement effectif d’éléments de cette société sur le territoire du Mali. Des allégations que le gouvernement malien a formellement démenties, indiquant s’être plutôt tourné vers l’État russe, son « partenaire historique » dont des instructeurs sont actuellement au Mali, « au même titre que la Mission européenne de formation (EUTM) ».

Dans une tentative d’apaiser les tensions entre Bamako et Paris, Choguel Maïga a réitéré que son pays « n’est pas contre la France ». « Tout ce que nous demandons, c’est qu’on nous respecte et qu’on ne nous empêche pas d’assurer la souveraineté de notre État », a-t-il souhaité.

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