Dialogue avec les djihadistes au Mali : Paris fait évoluer sa position

Dialogue avec les djihadistes au Mali : Paris fait évoluer sa position
Dialogue avec les djihadistes au Mali : Paris fait évoluer sa position

Africa-PressMali. Alors que le Mali a déjà fait évoluer sa position sur le principe de l’ouverture d’un dialogue avec les groupes islamistes, qui sévissent principalement dans le nord et le centre du pays, Paris est également en train de revoir sa stratégie dans le contexte d’une éventuelle sortie du Sahel. Des négociations sont possibles au Sahel avec des éléments des groupes djihadistes, mais restent exclues avec les directions d’Al-Qaïda et du groupe État islamique, a estimé ce lundi 21 décembre la présidence française.

Il faut souligner que, jusqu’ici, la France s’est montrée fermement opposée à l’ouverture de pourparlers avec les « groupes armés terroristes ». Le président français Emmanuel Macron a déclaré fin novembre dans un entretien donné à Jeune Afrique : « Avec les terroristes, on ne discute pas. On combat. » Mais entre-temps, le Mali a pressé le pas, son Premier ministre de transition, Moctar Ouane, a exprimé le souhait de son gouvernement « d’engager le dialogue avec tous les ­enfants du Mali sans exclusive, affirmant vouloir être en phase avec la volonté des Maliens et de tenir compte des réalités nationales ».

« On mène une guerre contre deux organisations qui ne sont pas sahéliennes mais internationales et qui mènent un combat terroriste au-delà de la région », a relevé une source à l’Élysée dans un entretien avec l’Agence France-Presse. Avec l’État islamique au grand Sahara (EIGS), désigné comme l’ennemi numéro un lors du sommet de Pau en janvier 2020, « il n’y a pas de négociation possible, il n’y en aura pas et personne ne le demande dans la région », estime l’Élysée.

La question est en revanche plus complexe avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, également appelé Jnim selon l’acronyme arabe), alliance d’organisations qui a prêté allégeance à Al-Qaïda. L’état-major du GSIM « répond à la hiérarchie centrale d’Al-Qaïda et est totalement intégré dans son organigramme », a expliqué l’Élysée. « Personne n’a jamais réussi à négocier avec Al-Qaïda et ce n’est pas la France qui va le faire. »

Mais, ajoute-t-on de même source, certains éléments du GSIM « ont un agenda beaucoup plus national, souvent opportuniste, parfois régional. Avec ces interlocuteurs-là, il est possible d’avoir une autre réponse que celle de la lutte antiterroriste […]. Il n’y a aucune raison pour la France de faire obstruction à de telles discussions » entre les États du Sahel et ces groupes.

Cette question est un serpent de mer dans la région depuis des années, et particulièrement au Mali. Elle était revenue sur le devant de la scène en octobre, lors de la libération de quatre otages dont la Française Sophie Pétronin, au terme de négociations menées par des émissaires maliens auxquelles la France n’avait officiellement pas été associée.

« Ce n’est pas la France qui regarde passer les trains, ce sont les Maliens qui décident de leur propre organisation », a insisté la présidence française, réitérant à cet égard son attachement à la relance de l’accord de paix de 2015, conclu sous médiation algérienne. « À chaque fois que des interlocuteurs du Nord-Mali ont voulu s’asseoir pour discuter des accords d’Alger, il y a eu des représailles immédiates avec des assassinats ciblés », estime l’Élysée. « Notre objectif est bien, en éliminant certains leaders, de permettre aux Maliens et aux autres de s’asseoir à une table. »

Le responsable a par ailleurs indiqué que l’évaluation des décisions prises au sommet de Pau ferait l’objet d’un sommet « en Afrique » aux alentours de la mi-février. « C’est en discussion avec nos interlocuteurs du G5 Sahel [Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, NDLR] pour voir quel est le calendrier le plus approprié », a précisé l’Élysée.

La France réfléchit depuis quelques semaines à une possible réduction des effectifs de Barkhane, selon plusieurs sources contactées par l’AFP. La question porte notamment sur le rappel des 600 hommes supplémentaires envoyés sur zone, sur un total de 5 100 aujourd’hui, après le sommet de Pau, a précisé lundi la présidence. « Les indications vont plutôt dans le sens d’un retrait de ces renforts, au regard des résultats obtenus sur le terrain et de la capacité de nos partenaires sahéliens à assumer le service après-vente, c’est-à-dire le travail de stabilisation une fois les territoires reconquis », a-t-elle expliqué. « Les décisions ne sont pas prises et dépendent des concertations » entre Paris et ses partenaires, ainsi que du rôle des Nations unies et de l’Union européenne, selon la même source.

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