Le coup d’État au Niger, un (nouveau) coup dur pour la France et les États-Unis au Sahel

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Le coup d’État au Niger, un (nouveau) coup dur pour la France et les États-Unis au Sahel
Le coup d’État au Niger, un (nouveau) coup dur pour la France et les États-Unis au Sahel

Jeanne Le Bihan

Africa-Press – Niger. C’était son premier déplacement en Afrique. Le 15 juillet 2022, Catherine Colonna, nommée deux mois plus tôt à la tête de la diplomatie française, rencontrait Mohamed Bazoum à Niamey. En compagnie du ministre des Armées, Sébastien Lecornu, la ministre des Affaires étrangères avait parlé sécurité, coopération et lutte contre le terrorisme avec le gouvernement nigérien.

Catherine Colonna se disait alors « heureuse et honorée » de séjourner au Niger « en cette période charnière dans la relation entre nos deux pays », tout en soulignant une « relation d’amitié traditionnelle qu’il faut renforcer et poursuivre, à un moment qui est particulièrement important dans l’évolution de la sous-région ».

Soutien sans limite

Cinq mois plus tôt, le 17 février 2022, après des mois de tensions avec la junte au pouvoir à Bamako dirigée par le colonel Assimi Goïta, Emmanuel Macron annonçait le départ des 3 500 soldats français déployés au Mali. En pleine reconfiguration de son dispositif militaire au Sahel, Paris avait – avec l’assentiment de Niamey – redéployé plusieurs de ses effectifs et matériel au Niger, en faisant du pays sa nouvelle place forte dans la région. La France compte désormais environ 1 500 hommes au Niger, notamment à Ouallam, près de la zone des trois frontières (Mali-Burkina Faso-Niger) ainsi que de nombreux moyens aéronefs basés à Niamey (Rafale, drones Reaper, moyens ISR…).

Le coup d’État contre Mohamed Bazoum inquiète donc tout particulièrement ses partenaires occidentaux, la France et les États-Unis en tête. Depuis la Papouasie-Nouvelle-Guinée, où il était en visite officielle, Emmanuel Macron a échangé à plusieurs reprises – dont la dernière fois, ce vendredi 28 juillet – avec son homologue nigérien. Ce dernier est séquestré depuis le 26 juillet par des membres de la garde présidentielle du général Abdourahamane Tchiani, le nouvel homme fort du pays.

Appelant à la « restauration de l’ordre constitutionnel », et à la libération de Mohamed Bazoum et de sa famille, le président français s’est montré intransigeant lors d’une conférence de presse organisé à Port Moresby. « La France condamne avec la plus grande fermeté ce coup d’État militaire contre un président démocratiquement élu, courageux, qui fait pour son pays les réformes et les investissements dont il a besoin », a-t-il affirmé.

Il a précisé s’être entretenu avec ses pairs béninois, Patrice Talon, et nigérian, Bola Tinubu, le président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qu’il a affirmé soutenir « dans les décisions qu’elle aura à prendre – de médiation ou de condamnation – et de sanctions à l’égard des putschistes s’ils venaient à progresser et finaliser leur projet ».

De leur côté, les autorités américaines ont aussi fermement condamné le coup d’État. La vice-présidente, Kamala Harris, a déclaré le 27 juillet « condamner toute tentative de prise de pouvoir par la force au Niger » et a souligné que la « coopération substantielle » des États-Unis avec le Niger « dépendait de l’engagement continu » de ce dernier pour « respecter les standards démocratiques ». Antony Blinken, le secrétaire d’État américain, s’était auparavant entretenu par téléphone avec Mohamed Bazoum, le 26 juillet.

Partenariats stratégiques

Preuve de la place stratégique qu’occupait Mohamed Bazoum en Afrique aux yeux des responsables américains, le président nigérien avait eu droit à tous leurs égards lors du sommet États-Unis-Afrique organisé en décembre 2022 à Washington. Il était ainsi assis à droite de son homologue Joe Biden pendant le dîner d’État donné à la Maison-Blanche. Les États-Unis ont, par ailleurs, plus que triplé le montant de leur aide financière accordée au Niger en six ans, passant de 87 millions de dollars en 2016 à 270 millions de dollars en 2022.

Depuis le début du coup d’État à Niamey, les militaires français et américains basés sur place sont restés très discrets. Le 27 juillet, des slogans anti-français ont été scandés et des drapeaux russes brandis dans des manifestations de soutien aux putschistes dans les rues de la capitale nigérienne ; des images qui rappellent celles déjà vues précédemment à Bamako et Ouagadougou.

En septembre 2022, des manifestations pour réclamer le départ de la France avaient déjà eu lieu à Niamey. Plusieurs centaines de personnes avaient alors brandi des pancartes « à bas la France », et « vive Poutine et la Russie ».

Allié incontournable des Occidentaux sur le continent, Mohamed Bazoum avait, comme eux, condamné la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine depuis février 2022. Le chef de l’État nigérien n’avait par ailleurs pas prévu de participer au sommet Russie-Afrique organisé par Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg, les 27 et 28 juillet.

La Source: JeuneAfrique.com

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