Goïta, Traoré, Doumbouya… Une alliance putschiste face à la Cedeao

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Goïta, Traoré, Doumbouya… Une alliance putschiste face à la Cedeao
Goïta, Traoré, Doumbouya… Une alliance putschiste face à la Cedeao

Africa-Press – Niger. Dans un communiqué conjoint, les juntes malienne et burkinabè ont menacé l’organisation régionale d’entrer en guerre au Niger si une intervention militaire y avait lieu pour réinstaller le président Mohamed Bazoum dans ses fonctions.

Leur proximité n’avait échappé à personne, ni l’alignement de leurs positions sur bien des sujets. Mais jamais les juntes malienne et burkinabè n’avaient à ce point affiché leur entente. Dans un communiqué conjoint inédit, les gouvernements de transition en place à Bamako et Ouagadougou ont mis en garde la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) contre toute intervention militaire au Niger pour rétablir le président Mohamed Bazoum, renversé par le général Abdourahamane Tiani le 28 juillet.

Dans leur communiqué commun, les régimes du colonel Assimi Goïta et du capitaine Ibrahim Traoré, eux aussi arrivés au pouvoir après des coups d’État, « avertissent que toute intervention militaire contre le Niger serait considérée comme une déclaration de guerre contre le Burkina Faso et le Mali ».

Ils ajoutent que tout usage de la force contre le Niger « entraînerait un retrait du Burkina Faso et du Mali de la Cedeao [dont ils sont déjà suspendus], ainsi que l’adoption de mesures de légitime défense en soutien aux forces armées et au peuple du Niger » et qu’ils « refusent d’appliquer » les « sanctions illégales, illégitimes et inhumaines contre le peuple et les autorités nigériennes » décidées dimanche 30 juillet par l’organisation régionale à Abuja – lesquelles ont instauré un blocus très strict contre le Niger (fermeture des frontières, suspension immédiate de toutes les transactions commerciales et financières…) doublé d’un ultimatum pour la libération du président Bazoum d’ici le 6 août.

Une hypothèse à prendre au sérieux

Après avoir chassé les militaires français hors de leurs frontières (et bientôt la Minusma, la mission de l’ONU au Mali) et s’être mis sous la protection de la Russie de Vladimir Poutine, avec lequel ils ont de nouveau affiché leur volonté de coopérer lors du récent sommet Russie-Afrique, à Saint-Pétersbourg, voici donc Assimi Goïta et Ibrahim Traoré prêts à déclencher une guerre contre une éventuelle coalition ouest-africaine ?

Selon plusieurs sources diplomatiques et militaires régionales, l’hypothèse d’une intervention militaire de la Cedeao au Niger en ultime recours pour faire plier le général Tiani et les putschistes nigériens est bien à prendre au sérieux. « Cette fois, la Cedeao ne peut plus reculer. Il en va de sa survie. Les Nigérians en sont convaincus et sont donc extrêmement déterminés. Cela coûtera ce que ça coûtera, mais ils mèneront cette intervention s’il faut la mener », affirme un officier de la sous-région. Reste à savoir quels en seront les contours, les participants, ou encore les délais.

Entre décembre 2016 et janvier 2017, lorsque Yahya Jammeh avait voulu se maintenir au pouvoir en Gambie malgré sa défaite dans les urnes face à Adama Barrow, la Cedeao avait mis environ un mois à mettre sur pied l’opération « Restaurer la démocratie ». Essentiellement composée de soldats sénégalais – mais aussi, déjà, de forces nigérianes -, elle avait permis d’installer Barrow au palais présidentiel de Banjul et de contraindre Jammeh à l’exil en Guinée équatoriale.

« Tout cela n’a aucun sens »

Si un tel scénario devait se reproduire dans les semaines à venir au Niger, beaucoup doutent – y compris à Bamako et Ouagadougou – que les armées maliennes et burkinabè s’engagent sur le champ de bataille nigérien, malgré les déclarations va-t-en-guerre de leurs dirigeants. « Il ne s’agit que d’effets d’annonce, critique un officier malien. Ils ne peuvent rien faire et ils le savent parfaitement. Ils sont incapables de sécuriser leurs propres pays, où des régions entières échappent à leur autorité, et ils voudraient se lancer dans une guerre contre une coalition de plusieurs armées puissantes dans un pays étranger ? Cela n’a aucun sens. »

D’autres y voient un énième coup de communication, un nouveau coup de menton bravache de Goïta et Traoré à l’égard de la Cedeao. « Que ce soit au Mali ou au Burkina Faso, les résultats sécuritaires promis ne sont pas au rendez-vous. Ils cherchent à distraire les gens en leur disant ce qu’ils veulent entendre », déplore un gradé burkinabè. Une stratégie payante, comme le montrent les importantes cotes de popularité du colonel malien et du capitaine burkinabè dans leurs pays respectifs. À défaut d’avoir les capacités militaires pour faire barrage à une coalition ouest-africaine, Goïta et Traoré ont parfaitement compris qu’indexer la Cedeao et ses soutiens extérieurs, à commencer par la France, permettait de mobiliser les foules et de les rallier à leur cause.

Doumbouya avec eux, mais plus en retrait

De son côté, le colonel Mamadi Doumbouya, lui aussi arrivé au pouvoir par la force à Conakry, en 2021, a emboité le pas au binôme Goïta-Traoré, tout en essayant de tenir la ligne plus modérée à laquelle il s’astreint depuis qu’il dirige la Guinée.

Pas question de déclaration de guerre mais, dans un communiqué publié en même temps que celui, conjoint, du Mali et du Burkina Faso, le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), la junte guinéenne, estime que « les mesures de sanctions préconisées par la Cedeao, incluant une intervention militaire, sont des options qui ne sauraient être une solution au problème actuel, mais entraineraient un désastre humain dont les conséquences pourraient aller au-delà des frontières du Niger ». Et d’ajouter que le CNRD « s’abstient d’appliquer ces sanctions illégitimes et inhumaines contre le peuple frère » nigérien.

Nul doute que la mise en place d’un tel blocus par la Cedeao, qui asphyxierait rapidement le Niger, pénaliserait d’abord sa population. De quoi fournir, aussi, de précieux arguments au général Tiani et à ses frères d’armes putschistes Goïta, Traoré et Doumbouya.

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