Avec l’embargo, l’économie nigérienne bientôt asphyxiée ?

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Avec l’embargo, l’économie nigérienne bientôt asphyxiée ?
Avec l’embargo, l’économie nigérienne bientôt asphyxiée ?

Thaïs Brouck

Africa-Press – Niger. Banques, électricité, pétrole, denrées alimentaires… La Cedeao a décidé de sanctions financières inédites à l’encontre des putschistes au Niger. Explications.

La dernière note de la Banque mondiale consacrée au Niger date du 19 juin. Dès l’introduction, l’institution, qui soulignait « un fort redressement de l’économie », restait néanmoins prudente : « Cependant, un degré élevé d’incertitude et des risques pourraient à l’avenir affecter la croissance ». Une prudence prémonitoire. Désormais, face à la situation confuse qui règne dans le pays, les observateurs se gardent bien de se lancer dans des prédictions précises.

Le 30 juillet, à la suite du coup d’Etat perpétré contre Mohamed Bazoum quatre jours plus tôt, les chefs d’État de la Cedeao se sont réuni à Abuja, au Nigeria, et ont décidé de sanctions financières inédites. L’organisation régionale a notamment décrété la fermeture des frontières aériennes et terrestres ainsi que la suspension de toutes les transactions commerciales et financières avec le pays, y compris celles portants sur les produits pétroliers, l’électricité, les biens et services.

Avec cet embargo, plus dur encore que celui imposé au Mali début 2022, le Niger risque de rapidement se retrouver à court de liquidités. Une décision qui pose plusieurs questions quant à l’avenir économique du Niger, sur lequel les Banques multilatérales de financement avaient pourtant misé.

Quelles seront les conséquences immédiates de ces sanctions sur la population ?

Enclavé au cœur du Sahel, le commerce nigérien est très dépendant de ses pays voisins, notamment le Nigeria et le Bénin, via le port de Cotonou, deux pays de la Cedeao avec lesquels il ne peut désormais plus échanger. Les sanctions contre le Mali ne concernaient pas les biens de première nécessité, mais le communiqué publié par la Cedeao ne fixe pas de limite.

« Pour la population, les effets vont se faire ressentir très rapidement, nous explique une source au sein d’une institution financière internationale sous le couvert de l’anonymat. Les conséquences vont être très sévères sur l’économie et risquent de menacer la sécurité alimentaire, déjà précaire, des populations ». Au Mali, la population avait pu bénéficier des rentrées d’argent de son importante diaspora, ce qui sera moins le cas au Niger.

Le pays partage environ 1 600 kilomètres de frontières avec le Nigeria. « Les réseaux de contrebande devraient partiellement prendre le relais et combler certains déficits, notamment pour l’alimentation et pour l’essence », pondère Emmanuel Grégoire, spécialiste du Sahel, à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Le pays risque-t-il un black-out ?

Selon l’AFP, qui cite une source au sein de la Nigelec, l’organisme nigérien chargé de l’électricité, alors qu’environ 70 % de l’électricité consommée par le pays provient du Nigeria, Abuja a coupé l’approvisionnement du pays. Depuis le 1er août, plusieurs villes du pays subissent déjà de très importantes coupures d’électricité.

LE BÉNIN VA AUSSI SUBIR LES CONSÉQUENCES DE CE BLOCUS

“Le pays risque de se retrouver dans le noir, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer pour le commerce et les ménages”, explique notre source. Les travaux du barrage hydroélectrique de Kandadji sur le fleuve Niger ne sont pas encore achevés, et le taux d’électrification du Niger, environ 17 %, est l’un des plus faibles du monde.

Quelles conséquences pour les pays voisins ?

Tout comme le Mali, le Niger est également un pays très enclavé, donc fortement dépendant de ses voisins. Si c’est le Sénégal qui avait été la victime collatérale de l’embargo prononcé à l’encontre de Bamako, pour le Niger, c’est au Bénin qu’un contrecoup est attendu. « Immanquablement, le Bénin va aussi subir les conséquences de ce blocus », analyse notre source au sein de l’institution financière internationale. Environ 1 000 camions empruntaient chaque jour le corridor entre le port de Cotonou et Niamey. Autant d’emplois qui sont en sursis tant que les frontières restent fermées.

En outre si le Niger jouit bien de la solidarité des juntes malienne, guinéenne et burkinabè, ce soutien peut difficilement se muer en plan B afin de donner au pays un accès à un port international, comme ce qui s’était produit entre Bamako et Conakry en 2022.

Quelles seront les répercussions à plus long terme ?

Selon la Banque mondiale, la croissance économique du pays aurait dû s’élever à 6,9 % en 2023 et pratiquement doubler à l’horizon 2024 (12,5 %), notamment grâce à la manne pétrolière. Le taux de pauvreté était en baisse grâce à une campagne agricole favorable. Mais, depuis le coup d’État, les cartes sont rebattues.

« Les Occidentaux avaient tout misé sur le Niger, explique un économiste issu d’un pays sahélien, également sous le couvert de l’anonymat. Il y avait une véritable manne qui était en train de se diriger vers le pays, mais tout cela va s’assécher très rapidement. La plupart des projets publics ou privés seront rapidement à l’arrêt ». Au lendemain du coup d’État, la plupart des partenaires du pays, France et Union européenne en tête ont annoncé la suspension de leurs actions d’aide au développement et d’appui budgétaire.

Comment Niamey va pouvoir se financer ?

Le coup d’État a déjà des conséquences pour les finances publiques. Le 31 juillet, le Fonds monétaire international a annoncé avoir suspendu le déboursement du prêt de 131,5 millions de dollars, pourtant approuvé le 5 juillet dernier au titre de la Facilité de résilience et de durabilité. Le pays est largement sous perfusion et son budget dépend en grande partie des Banques multilatérales de financement. La Banque mondiale est par exemple engagée pour un montant total de plus de 4 milliards de dollars pour des projets en lien avec l’énergie, l’éducation et en soutien au secteur privé. L’institution de Bretton Woods a condamné le coup d’Etat mais n’a pas encore suspendu son soutien. « Ce n’est qu’une question de temps, des annonces vont être faites », nous indique une source au sein de l’institution.

En parallèle, les comptes du Niger sont gelés auprès de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest et l’institution a annoncé la fermeture de ses bureaux dans le pays. En clair, le trésor nigérien ne peut plus mener d’opérations financières car toutes les transactions avec l’extérieur passent par la BCEAO. « L’Etat pourrait rapidement ne plus avoir les moyens de payer les salaires des fonctionnaires”, prédit notre source. Le budget de l’Etat du Niger est également très dépendant de ses exportations de pétrole. Un oléoduc entre les régions pétrolifères de l’Est et les ports du Bénin devait entrer en service d’ici la fin de l’année. « Les vannes ne sont pas encore fermées, indique Emmanuel Grégoire, le directeur de recherche à l’IRD. Si les exportations de pétrole sont bloquées, ce sera l’asphyxie totale pour le Niger.

Quelles conséquences pour les banques installées dans le pays ?

« Les sanctions financières vont bloquer le système de compensation interbancaire d’autant plus que les banques n’auront plus la possibilité d’emprunter à la banque centrale et il n’y aura plus de remboursement », commente un spécialiste du système bancaire ouest-africain.

S’il est prématuré à ce stade d’en évaluer l’impact général, il reste que dans le cas malien l’embargo financier avait provoqué une véritable asphyxie de l’économie en 2022. Selon nos informations, les grandes banques installées au Mali ont perdu en moyenne 2 milliards de francs CFA ‘plus de 3 millions d’euros) par mois à cause des sanctions imposées au pays. Toutefois, les banques dans leur ensemble avaient fait preuve de résilience en continuant de financer les besoins des opérateurs malgré l’absence d’un refinancement soutenu de la BCEAO.

Les exportations d’uranium sont-elles bloquées ?

Les entreprises minières exploitant l’uranium dans le nord du Niger ont toutes déclaré à Jeune Afrique poursuivre leurs activités. Orano (ex-Areva) a simplement annoncé une réorganisation adaptée au contexte actuel. « La sécurité de tous nos collaborateurs présents au Niger et de nos sites continue d’être assurée avec une vigilance renforcée », a indiqué le groupe, le 1er août. En revanche, la fermeture des frontières va entraver l’exportation du minerai. « Environ 2 000 tonnes d’uranium sont produites chaque année au Niger, explique Emmanuel Grégoire, le spécialiste de la région à l’IRD. Et le minerai peut être stocké pendant un certain temps. Il est généralement exporté vers le port de Cotonou avec des convois de 10 à 12 camions escortés par l’armée. La filière n’a jamais été perturbée par les coups d’État qui ont frappé le pays ».

La Source: JeuneAfrique.com

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