Dix choses à savoir sur le général Tiani, le putschiste qui tient Mohamed Bazoum en otage

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Dix choses à savoir sur le général Tiani, le putschiste qui tient Mohamed Bazoum en otage
Dix choses à savoir sur le général Tiani, le putschiste qui tient Mohamed Bazoum en otage

Mathieu Olivier

Africa-Press – Niger. Le 26 juillet, Abdourahamane Tiani a renversé le pouvoir avant de créer un Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, et de se proclamer chef de l’État. Qui est ce haut gradé, taiseux et calculateur, dont personne ne soupçonnait l’ambition ?

DIX CHOSES À SAVOIR SUR – La quasi-totalité des Nigériens n’avait jamais entendu parler de lui. Et même chez les plus avertis, Abdourahamane Tiani ne figurait pas au premier rang des personnalités à suivre au Niger. Y compris au sein des services de renseignement occidentaux – lesquels observaient le pays afin de déterminer s’il allait, oui ou non, basculer dans une aventure putschiste comme le Mali et le Burkina Faso –, le patron de la garde présidentielle ne faisait pas partie des priorités.

Pourtant c’est bien lui qui, le 26 juillet, a décidé de prendre en otage le président Mohamed Bazoum. Après de longues heures d’interrogation et de stupeur, il créait le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) et s’autoproclamait chef de l’État. Ces derniers jours, il a rencontré l’administration nigérienne et a commencé à constituer son équipe, choisissant comme vice-président du Conseil l’ancien chef d’état-major Salifou Mody.

Ce dernier s’est d’ailleurs rendu le 2 août à Bamako puis à Ouagadougou pour y consolider une alliance putschiste en devenir, face à une potentielle intervention militaire et aux sanctions de la Cedeao. Depuis plusieurs jours, les partisans du CNSP enjoignent les chefs putschistes de rester fermes, leur expliquant que le Malien Assimi Goïta a su, avant eux, résister aux pressions ouest-africaines et gagner ses galons de chef d’État.

Des médiations sont en cours, tandis que les chefs d’état-major de la Cedeao sont réunis à Abuja, au Nigeria, pour préparer un plan d’attaque. Abdourahamane Tiani fléchira-t-il ? Ou s’enfoncera-t-il dans une dangereuse aventure putschiste ? À Niamey, alors que les coupures d’électricité et les pénuries menacent, beaucoup le décrivent comme un homme buté, dont il est difficile de percer la carapace. Voici ce qu’il faut savoir sur l’homme qui retient Mohamed Bazoum en otage.

1. Forte tête

Lorsque l’on évoque le général Abdourahamane Tiani avec certaines des personnalités qui l’ont côtoyé alors qu’il était le patron de la garde présidentielle de Mahamadou Issoufou puis de Mohamed Bazoum, une description revient en permanence : son caractère entêté. « Lorsqu’il a décidé quelque chose, il est difficile de le faire changer d’avis », explique ainsi un conseiller de l’actuel chef de l’État, qui reste détenu par les putschistes au Palais présidentiel, mais refuse toujours de démissionner.

Depuis le début du coup d’État, le patron du CNSP est d’ailleurs demeuré inflexible face à ses (nombreux) interlocuteurs, notamment l’ancien président Mahamadou Issoufou, dont il est pourtant proche et qui l’avait nommé à la tête de sa garde en 2011 à son arrivée au pouvoir. Le regard volontiers fuyant face à son ancien chef, le général a écouté, sans pour autant se laisser influencer. « Il est assez inflexible. C’est pour cela que les médiations ont peu de chances d’aboutir dans la situation actuelle », poursuit notre source.

2. Renfermé

En tant que patron de la garde présidentielle, Abdourahamane Tiani est censé être omniprésent auprès du chef de l’État. Pourtant, l’intéressé a brillé par sa discrétion ces dernières années. Même s’il participait à tous les déplacements nationaux de Mahamadou Issoufou, et l’accompagnait à l’aéroport à chaque départ pour l’étranger, le général se montrait très réservé. « Le président Issoufou lui parlait beaucoup, notamment quand il allait se reposer dans sa ferme à l’extérieur de Niamey. Mais Tiani répondait très peu », confie un ancien ministre.

« C’est quelqu’un de taiseux, parfait pour la grande muette », résume quelqu’un ayant eu l’occasion de le fréquenter, avant d’ajouter que le général est aussi « très religieux ». « Il a la personnalité typique du militaire. Il parle peu, écoute sans donner son avis, au point qu’on se demande s’il en a un », ajoute un conseiller de la présidence, qui a comme tout le monde été surpris par le coup d’État. Le général Tiani a-t-il trompé son monde toutes ces années, faisant passer son silence pour une absence d’opinion ? Un autre proche du président le décrit en tout cas volontiers comme « calculateur ».

3. Proche d’Issoufou…

Nommé en 2011 à la tête de la garde présidentielle, Tiani est décrit par un ancien ministre comme « très proche » de Mahamadou Issoufou. Pourquoi cette relation ? Certains avancent une explication d’ordre familial : la femme du général, Sabira Issa, est originaire de la région de Tahoua, comme l’ancien chef de l’État. Militaire, celle avec qui le général a eu cinq enfants exerce aux Eaux et Forêts. Selon d’autres sources, Mahamadou Issoufou aurait simplement voulu amener du sang neuf dans l’armée, en choisissant un militaire d’à peine 50 ans, sans lien avec le pouvoir précédent.

Dans tous les cas, le chef de l’État l’a conservé à son poste durant ses deux mandats, de 2011 à 2021, faisant de lui l’un de ses hommes de confiance. Lors de la passation de pouvoir à Mohamed Bazoum, Mahamadou Issoufou avait d’ailleurs plaidé avec succès pour un maintien en poste de son protégé auprès de son successeur, qui souhaitait s’en séparer. La proximité de l’ancien président avec le général Tiani n’a pour l’heure pas suffi à garantir la réussite des médiations qui se succèdent à Niamey depuis le coup d’État pour obtenir la libération de Mohamed Bazoum.

4. … mais beaucoup moins de Bazoum

Avec Mohamed Bazoum, les relations étaient beaucoup plus distantes, voire inexistantes, sans doute en raison du fait que le nouveau président avait souhaité le remplacer dès son accession au pouvoir, en 2021. Les deux hommes avaient cependant appris à travailler ensemble. En 2022, alors que le général Tiani aurait dû quitter son poste pour suivre une formation à l’étranger (en Chine puis au Nigeria), ils s’étaient même une nouvelle fois accordés pour prolonger leur collaboration, en raison de la situation sécuritaire du pays, préoccupante.

Cependant, Tiani se sentait de plus en plus isolé depuis quelque temps, Mohamed Bazoum se rapprochant notamment beaucoup du ministre d’État Rhissa Ag Boula pour les questions de sécurité. Symbole de cet isolement : le général n’échangeait plus que par téléphone avec le président, alors même que leurs résidences au sein du palais ne sont séparées que d’une centaine de mètres. Lors des événements officiels, il était le plus souvent représenté par son numéro deux, le colonel Ibroh Amadou Bacharou, aujourd’hui membre du CNSP.

5. Haoussa

Originaire de Toukounous, dans la région de Filingué, une ville située au nord-est de Niamey en direction de Tahoua, Abdourahamane Tiani est un Haoussa, comme plus de la moitié de la population du Niger. Né en 1964, il a suivi ses études secondaires à Filingué avant d’intégrer les lycées Issa Kombé puis Kassaï à Niamey. Il y a obtenu en 1984 un baccalauréat littéraire, spécialisé en lettres et en philosophie – ce qui aurait pu le rapprocher de Mohamed Bazoum qui a enseigné cette matière.

Si sa carrière l’a ensuite mené à Niamey ou à l’étranger, le général Tiani est resté très attaché à sa terre d’origine, où il dispose toujours d’une vaste propriété et d’un cheptel. Preuve de l’insécurité dans la région, celui-ci a, ces dernières années, été plusieurs fois pillé et attaqué par des bandes armées, certainement liées à des groupes jihadistes prospérant le long de la frontière entre le Mali et le Niger. Il a aussi investi dans l’immobilier depuis sa nomination par Mahamadou Issoufou à la tête de la garde présidentielle.

6. Formé à l’étranger

Comme de nombreux haut gradés des armées africaines, le général Tiani a été en partie formé à l’étranger. Il a fréquenté l’École nationale des officiers d’active de Thiès, au Sénégal, l’École d’application de l’infanterie de Montpellier, en France (où il en profitera pour passer avec succès son brevet de secourisme). Outre de nombreux séminaires au Niger, au Mali ou aux États-Unis, il suivra ensuite des cours à l’École royale d’infanterie de Benguerir, au Maroc, à l’École d’état-major de Koulikoro, au Mali, puis au College of International Security Affairs, à Washington, aux États-Unis.

Ces études lui ont permis de passer, entre 1985 et 2018, du grade de soldat de deuxième classe à celui de général de brigade. « Lors de ses formations, il a croisé de nombreux autres élèves officiers. Même s’il n’est pas particulièrement doué pour nouer des relations, il y a tout de même acquis un carnet d’adresses », croit savoir un Nigérien l’ayant côtoyé. Son curriculum vitae indique que le général putschiste parle et écrit anglais, en plus du français. Il parle également haoussa, langue de sa communauté d’origine, et djerma.

7. Casque bleu

Si les Nations unies le condamnent aujourd’hui et s’opposent à sa prise du pouvoir par la force, Abdourahamane Tiani a pourtant travaillé à plusieurs reprises dans les rangs des Casques bleus. Il a ainsi commandé un bataillon onusien en Côte d’Ivoire, été observateur militaire puis spécialiste du désarmement au sein de la Monuc, en RDC – remplacée par la Monusco en 2010 –, puis il a travaillé comme officier de liaison au Darfour, à la frontière entre le Tchad et le Soudan.

Plus ironique encore : le patron du CNSP a servi dans les rangs de la mission de la Cedeao en Côte d’Ivoire (Miceci) en tant que commandant de bataillon. Cette même Cedeao qui menace aujourd’hui d’intervenir au Niger pour le déloger du Palais présidentiel et le forcer à rendre le pouvoir à Mohamed Bazoum. Il pourrait se retrouver face à des troupes nigérianes avec lesquelles il a également eu à travailler : il a commandé le bataillon de son pays dans la Multinational Joint Task Force chargée de lutter aux côtés du Nigeria et du Cameroun contre Boko Haram.

8. Exemplaire (jusqu’ici)

Même plusieurs jours après le coup d’État, un conseiller du président nigérien confiait encore à Jeune Afrique son incompréhension devant les événements, décrivant la carrière du général Abdourahamane Tiani comme exemplaire. Simple soldat en 1985, sous Seyni Kountché, il a ainsi peu à peu gravi les échelons au sein de l’armée, devenant d’abord chef de peloton, officier, puis finalement commandant d’unité motorisée à N’Guigmi en 1997, sous Ibrahim Baré Maïnassara.

Il a ensuite commandé des bataillons à Dirkou, en 2002, Zinder (2003-2005), Agadez (2006) puis à nouveau Zinder, comme commandant de la zone de défense régionale en 2010, avant d’être nommé en 2011 à la tête de la garde présidentielle. « Il a commandé des troupes à l’étranger et été en poste dans plusieurs des régions importantes du pays. Il fait partie de cette génération d’officiers quinquagénaires que Mahamoudou Issoufou a voulu favoriser à son arrivée au pouvoir », résume un Nigérien l’ayant connu.

9. Bardé de médailles

Aujourd’hui tombeur de Mohamed Bazoum, Abdourahamane Tiani était salué, jusqu’à il y a peu, pour avoir participé à plusieurs reprises à la sauvegarde du président en place. En 2021 et en 2022, il a ainsi contribué à déjouer au moins deux tentatives de coup d’État visant Mohamed Bazoum. « Même s’il était plus proche d’Issoufou que de Bazoum, il remplissait sa mission de protection », confie un conseiller du chef de l’État.

En 2021, juste avant l’investiture de Bazoum, des officiers avaient tenté de prendre le pouvoir. Tiani avait alors participé à les mettre en échec. « Bazoum, qui avait voulu le remplacer, lui en a été redevable », poursuit notre conseiller. Le président nigérien a-t-il ensuite pêché par naïveté, en accordant sa confiance à celui qui lui avait sauvé la mise ? Il l’avait en tout cas élevé à la dignité de grand officier de l’Ordre national du Niger en décembre 2021. Cette distinction vient s’ajouter à ses médailles des Nations unies et à sa médaille d’or de la Défense nationale française, décernée en 2004.

10. Mal vu par une partie de l’armée

Les proches d’Abdourahamane Tiani le décrivent comme un « homme à poigne », « populaire » auprès des 700 éléments de la garde présidentielle. Lui qui ne s’est jamais mêlé de politique avant ce fatidique mois de juillet 2023 a pourtant des détracteurs dans les rangs de l’armée, notamment des officiers plus âgés qui ont fait leur carrière sous le régime de l’ancien parti unique du Mouvement national pour la société du développement (MNSD). « Beaucoup le voient comme une créature de Mahamadou Issoufou », résume un proche.

« Dans le contexte de l’armée, où il existe des tensions entre des officiers estampillés MNSD et d’autres installés par le PNDS, il s’est fait des ennemis », précise un observateur de la grande muette. Alors que le coup d’État dure depuis le 26 juillet, plusieurs sources estiment d’ailleurs que le patron du CNSP n’a pas encore réussi à rassembler derrière lui la totalité de l’armée, raison pour laquelle il a choisi de nommer Salifou Mody, plus respecté dans les rangs, vice-président du Conseil. « Lorsque la Cedeao va accentuer la pression, est-ce qu’une partie de l’armée ne va pas se retourner contre lui ? » s’interroge une source sécuritaire. C’est en tout cas le pari que fait l’organisation.

La Source: JeuneAfrique.com

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