Coup d’État au Niger : la Mauritanie de Ghazouani dans le « ni-ni »

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Coup d’État au Niger : la Mauritanie de Ghazouani dans le « ni-ni »
Coup d’État au Niger : la Mauritanie de Ghazouani dans le « ni-ni »

Justine Spiegel

Africa-Press – Niger. Le président mauritanien a fermement condamné le putsch du général Abdourahamane Tiani, mais il ne devrait pas apporter d’appui à la Cedeao. Explications.

Depuis le coup d’État au Niger du 26 juillet, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est une nouvelle fois pris entre le marteau et l’enclume. D’un côté ses pairs de la Cedeao, dont la Mauritanie n’est pas membre, sollicitent son appui au blocus économique décidé le 30 juillet, et à une éventuelle intervention militaire. De l’autre, les putschistes, qui rejettent toute ingérence étrangère, en appellent à la solidarité sahélienne. Mais là encore, le président mauritanien refuse de s’immiscer dans les crises extérieures.

Il a donc fait le choix de rester publiquement en retrait – il est d’ailleurs parti dès le 27 juillet en Chine pour assister aux Jeux mondiaux universitaires – tout en s’entretenant régulièrement au téléphone avec Mohamed Bazoum et son prédécesseur Mahamadou Issoufou, ou encore avec Emmanuel Macron.

Ami de Mohamed Bazoum

« Il s’agit de sa nature et de la tradition du pays, mais pas seulement, confie un proche de Ould Ghazouani. Le président a sans doute en tête que son prédécesseur avait interféré en 2013 au Mali et qu’il en avait payé le prix fort, ayant été accusé de soutenir le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). » Les autorités mauritaniennes, très prudentes et peu loquaces, sont toutefois sorties de leur réserve.

Le 26 juillet, jour même de l’arrestation de Mohamed Bazoum par le général Tiani et ses hommes, le ministère des Affaires étrangères a publié un communiqué, déclarant que le pays « condamne fermement la tentative de coup d’État […] Le gouvernement, tout en observant avec une grande inquiétude l’évolution de la situation dans ce pays frère, renouvelle son rejet absolu des changements anticonstitutionnels de gouvernements qui sont incompatibles avec l’acte constitutif de l’Union africaine […] ». Promis à une fin certaine, le G5 Sahel que Ould Ghazouani préside actuellement, s’est exprimé dans des termes similaires.

C’est la première fois que la Mauritanie, qui n’a jamais publiquement pris position quant au sort du Malien Ibrahim Boubacar Keïta, du Guinéen Alpha Condé ou encore du Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, condamne ouvertement un coup d’État. Une déclaration passée relativement inaperçue. Parce que le pays lui-même est familier des putschs ? « Je crois surtout que c’est parce que nous ne sommes ni frontaliers avec le Niger, ni un géant africain », justifie-t-on dans l’entourage du chef de l’État. Ami de Mohamed Bazoum, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est, selon son entourage, préoccupé par son sort, ce qui explique cette sortie tranchée. De là à ce que Nouakchott appuie une intervention militaire de la Cedeao ?

Ni contingent…

Les autorités mauritaniennes l’assurent : pour le moment, elles n’ont pas encore été officiellement sollicitées pour envoyer un contingent. « Si cela était le cas, nous prendrions une décision concertée », avance de manière très mesurée une source diplomatique à Nouakchott. Il est toutefois totalement improbable que des troupes soient envoyées en dehors de ses frontières : en 2012, François Hollande avait longuement sollicité la Mauritanie afin qu’elle se joigne à l’opération Serval, au Mali. Sans succès.

Ces derniers jours, un communiqué attribué au porte-parole du gouvernement Nani Ould Chrougha a pourtant semé la confusion. Rangeant de fait le gouvernement mauritanien dans le camp des putschistes, il assimilait à une « déclaration de guerre » « toute intervention étrangère au Niger », rappelant « que seul le peuple nigérien est censé décider de ses dirigeants ». Il s’agit cependant en réalité d’un faux publié « dans le seul but de diffuser un sentiment anti-français », dénonce cette même source.

…ni sanctions

Cette situation rappelle le scénario malien, lorsque Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani s’était déjà retrouvé dans une position difficile après que les sanctions de la Cedeao avaient durement frappé Bamako en janvier 2022. D’un côté, Nana Akufo-Addo, le président de l’organisation sous-régionale d’alors, avait effectué un intense lobbying pour le rallier aux positions de cette dernière. Et de l’autre, il avait tout intérêt à maintenir de bonnes relations avec Assimi Goïta, quatre régions frontalières (Hodh Ech Chargui, Hodh El Gharbi, Assaba et Guidimaka) étant très dépendantes économiquement du Mali.

Le 25 février 2022, c’est donc via le port de Nouakchott que la Compagnie malienne pour le développement des textiles avait commencé à exporter sa production de coton. Et les autorités mauritaniennes n’avaient cessé de plaider pour l’allégement des sanctions financières, finalement décidé à Accra le 3 juillet.

Là encore, tout porte à croire que la Mauritanie n’appliquera pas les sanctions économiques décidées par la Cedeao à Abuja le 20 juillet. Pour le moment, il n’est pas prévu que Ould Ghazouani s’implique dans les médiations au Niger. Issu d’une tribu maraboutique influente, les Ideiboussat, il pourrait pourtant peser auprès de l’importante communauté maure et, en tant qu’ancien chef d’état-major général des armées, tenter d’avoir l’oreille des putschistes.

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