Quels pays pourraient envoyer des troupes au Niger ?

20
Quels pays pourraient envoyer des troupes au Niger ?
Quels pays pourraient envoyer des troupes au Niger ?

Mathieu Olivier

Africa-Press – Niger. Alors que le bras de fer se durcit entre les auteurs du coup d’État au Niger et la Cedeao, plusieurs pays, notamment le Nigeria et le Sénégal, ont déjà indiqué qu’ils mobiliseront des troupes en cas d’intervention militaire vers Niamey. Jeune Afrique fait le point.

Ce 3 août, la tentative de médiation du sultan de Sokoto, Muhammad Sa’ad Abubakar III, et de l’ex-président du Nigeria Abdulsalami Abubakar a semble-t-il échoué, peut-être provisoirement. Les deux hommes, arrivés à Niamey en fin d’après-midi, ne sont en effet pas sortis de l’aéroport, et n’ont rencontré ni Mohamed Bazoum ni le général Abourahamane Tiani, chef des putschistes et chef d’État autoproclamé. Dès lors, l’intervention militaire de la Cedeao au Niger se rapproche-t-elle ?

Le général Tiani a en tout cas pris au sérieux la menace. Ce 3 août, le Conseil national pour la sauvegarde de la démocratie (CNSP) a affirmé qu’il se tenait prêt à une « riposte immédiate et sans préavis » – à l’exception des « pays amis suspendus » que sont le Mali, le Burkina et la Guinée – sur l’un des membres de la Cedeao en cas d’ »agression » ou de « tentative d’agression ». Menace contre menace. Jamais les bruits de bottes n’ont semblé aussi proche.

Les plans d’attaque en cours d’élaboration

Ce n’est pas un mystère : si la Cedeao venait à prendre la décision d’intervenir militairement au Niger, après l’expiration ce 6 août de l’ultimatum fixé aux putschistes du général Abourahamane Tiani, le Nigeria serait en première ligne. Son président, Bola Tinubu, qui est également à la tête de l’organisation ouest-africaine, est en effet fermement décidé à ne pas céder de terrain aux preneurs d’otage de Mohamed Bazoum et à obtenir, par la force s’il le faut, la libération de ce dernier.

Le Nigérian a d’ailleurs d’ores et déjà demandé à son chef d’état-major de la Défense, le général Christopher Gwabin Musa, de préparer en concertation avec ses homologues de la Cedeao – réunis du 2 au 4 août à Abuja – un plan d’attaque, réunissant des moyens terrestres et aériens. Si rien n’a été dévoilé officiellement, et si le Nigeria a démenti avoir prépositionné des troupes à la frontière avec le Niger, l’armée nigériane apporterait en cas d’intervention le gros des contingents.

Seulement, Bola Tinubu veut également éviter à tout pris que l’éventuelle opération militaire apparaisse comme menée par son seul pays contre une alliance putschiste constitué du Niger, du Mali, du Burkina Faso et, dans une moindre mesure, de la Guinée. Dès le sommet des chefs d’État de la Cedeao du 30 juillet, il a donc cherché l’appui de ses homologues ouest-africains, les appelant à mettre eux aussi à disposition des hommes ou du matériel. Le Sénégal de Macky Sall a répondu favorablement à son appel, tout comme la Guinée-Bissau de Umaro Sissoco Embaló.

LA PLUPART DES CHEFS D’ÉTAT SONT CONSCIENTS D’AVOIR ÉCHOUÉ À STOPPER LES PUTSCHS AU MALI ET AU BURKINA

Selon nos sources, le Bénin de Patrice Talon – un temps envisagé pour tenter une médiation à Niamey – se tiendrait lui aussi prêt à intervenir aux côtés des troupes nigérianes, tout comme la Côte d’Ivoire. Le président Alassane Ouattara – qui est selon nos informations déterminé à ne pas laisser s’achever un nouveau putsch en Afrique de l’Ouest – a ainsi instruit son chef d’état-major de participer activement à l’élaboration des plans de la Cedeao à Abuja.

Le péril jihadiste

S’ils ne se sont pas prononcés sur un éventuel envoi de troupes, le Ghanéen Nana Akufo Addo et le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé – qui vient de s’envoler pour un séjour privé dans le nord de l’Italie – ont affiché une grande fermeté et appuyé les sanctions immédiates imposées au Niger. Le Liberia et la Sierra Leone, plus en retrait, seraient sur la même longueur d’ondes. Quant au président gambien Adama Barrow, il est a priori favorable à une action de la Cedeao, laquelle était intervenue militairement en 2017 pour assurer son accession au pouvoir.

« Il y a une conjonction de facteurs, explique une source sécuritaire ouest-africaine. D’abord, la plupart des chefs d’État sont conscients d’avoir échoué à stopper les putschs au Mali et au Burkina Faso. Il n’est pas question pour eux de refaire les mêmes erreurs. Ils jouent leur crédibilité et celle de la Cedeao. Ensuite, les États côtiers ont très peur d’une déstabilisation du Niger, qui pourrait favoriser une montée en puissance des groupes jihadistes ».

Le Nigeria considérait en effet jusqu’ici le Niger – avec lequel il collabore depuis de nombreuses années – comme une digue face à un péril jihadiste sahélien représenté par l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). « On a bien vu l’effet du putsch au Mali, qui a permis aux jihadistes d’étendre leur territoire. Si le scénario se répète au Niger, Abuja, qui est déjà confronté à une menace jihadiste autour du lac Tchad, va se retrouver directement confronté à l’EIGS à sa frontière du Nord-Ouest », poursuit cette source.

Le Tchad, qui ne fait pas partie de la Cedeao mais a été invité au sommet du 30 juillet à Abuja, partage-t-il ces inquiétudes ? Et, le cas échéant, pourrait-il participer à une intervention ouest-africaine au Niger ? Selon nos informations, le président de transition, Mahamat Idriss Déby Itno – qui entretenait une relation assez froide avec Mohamed Bazoum mais a lui aussi tenté une médiation à Niamey avant de se tenir à distance –, a écarté cette hypothèse. Comme le Mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et l’Algérien Abdelmadjid Tebboune, le Tchadien ne compte pas engager ses hommes.

La Source: JeuneAfrique.com

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Niger, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here