Médiation ou intervention au Niger ? La Cedeao se réunit de nouveau jeudi

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Médiation ou intervention au Niger ? La Cedeao se réunit de nouveau jeudi
Médiation ou intervention au Niger ? La Cedeao se réunit de nouveau jeudi

Mathieu Olivier

Africa-Press – Niger. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a annoncé que ses membres se retrouveraient pour un nouveau sommet le 10 août, à Abuja. Entretemps, les tractations se poursuivent. Explications.

L’ultimatum a expiré au soir du 6 août et Mohamed Bazoum se trouve toujours en captivité à Niamey, entre les mains des putschistes du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) du général Abdourahamane Tiani. Pourtant, tous les espoirs de résolution pacifique de la crise au Niger, issue du coup d’État débuté le 26 juillet dernier, ne sont pas perdus.

Nouveau sommet des chefs d’État

Ce 7 août, la Cedeao a annoncé que les chefs d’État de ses pays membres allaient de nouveau se réunir dans trois jours, le 10 de ce mois donc, à Abuja, au Nigeria. Comme ils l’avaient fait le 30 juillet dernier au même endroit, puis à plusieurs reprises au téléphone, les présidents ouest-africains vont se concerter et discuter de l’attitude à adopter face aux mutins de Niamey.

Ils étudieront en particulier une nouvelle fois la question de l’éventuelle intervention militaire qui pourrait être décidée, les plans de cette dernière ayant été élaborés par les chefs d’état-major des pays de la Cedeao, lesquels se sont réunis durant trois jours du 2 au 4 août dernier au Nigeria. Mais ils feront surtout le point sur les derniers efforts de médiation déployés à Niamey.

Ce 7 août, une délégation de la Cedeao et des Nations unies, dans laquelle figure notamment le Mozambicain Leonardo Santos Simão, représentant spécial de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, est annoncée au Niger, avec pour mission de rencontrer les leaders des putschistes mais aussi de s’enquérir du sort du président Mohamed Bazoum et des différentes personnalités arrêtées.

Issoufou, clé du dossier

Cette équipe a aussi prévu de rencontrer l’ancien chef de l’État Mahamadou Issoufou, considéré comme l’un des acteurs clés du dossier. Le général Tiani, initiateur du coup d’État, est en effet un de ses proches. Premier émissaire de la Cedeao à s’être rendu à Niamey, le président tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno, s’était d’ailleurs entretenu dès le 30 juillet avec Mahamadou Issoufou.

« Tiani et Issoufou se sont fait confiance pendant dix ans, durant les deux mandats de l’ancien président. Il faut que nous jouions sur cette proximité pour faire revenir le putschiste à la raison », confie une source diplomatique ouest-africaine. Jusqu’ici, si les deux hommes se sont parlé à plusieurs reprises, les médiations ont pour le moment échoué.

Le président Mohamed Bazoum, dont les conditions de détention se sont détériorées depuis quelques jours, refuse toujours de signer un quelconque document actant sa démission, alors même que certains de ses interlocuteurs lui ont conseillé de céder afin de ne pas prendre de risques pour sa sécurité. Se disant « otage », il parie toujours sur un possible retour au pouvoir.

« Toutes les idées sont bonnes à prendre »

Dans ce contexte, la dernière tentative de médiation de la Cedeao et de l’ONU a-t-elle une chance ? Elle serait soutenue en sous-main par les États-Unis, influents à Niamey, notamment auprès des Forces spéciales et de leur ancien commandant formé outre-Atlantique, le général Moussa Salaou Barmo. Ce dernier a été nommé le 5 août chef d’état-major des armées nigériennes.

La sous-secrétaire d’État pour les Affaires politiques, Victoria Nuland – qui était ces derniers jours en séjour en RDC – est attendue à Niamey. Elle doit y rencontrer le CNSP et le président Mohamed Bazoum.

Le Mozambicain Leonardo Santos Simão, qui fait partie des négociateurs, a quant à lui l’avantage d’avoir déjà pu rencontrer à Bamako plusieurs responsables maliens, notamment le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, le 3 août, mais aussi, la veille, le ministre des Affaires étrangères, Aboulaye Diop, et le colonel-major Ismaël Wagué, ministre de la Réconciliation nationale.

Cela peut-il suffire à une désescalade dans le conflit qui oppose la Cedeao à la nouvelle alliance putschiste formée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui s’affirment prêts à répliquer par la force à toute intervention militaire ? « Dans le contexte actuel, toutes les idées sont bonnes à prendre », résume notre source diplomatique.

Bola Tinubu va-t-il temporiser ?

Président en exercice de la Cedeao, Bola Tinubu a d’ores et déjà exposé l’éventualité d’une intervention militaire de l’organisation et d’un engagement de son armée au Niger devant le Sénat nigérian. Prudent, celui-ci l’a enjoint à tout faire pour trouver une issue diplomatique à la crise, tandis que des voix se sont élevées contre la solution des armes.

Le président nigérian n’en reste pas moins décidé à se montrer ferme face aux putschistes nigériens. Ce 6 août, il a reçu au palais présidentiel d’Abuja les gouverneurs des États partageant des frontières avec le Niger : Ahmed Aliyu (Sokoto), Umar Namadi (Jigawa), Mai Malam Buni (Yobe), Idris Nasir (Kebbi) et Dikko Radda (Katsina).

Le chef de l’État espère ainsi rassurer ces élites du Nord, alors que la Cedeao pourrait décider – en marge des efforts de médiation – de prépositionner des troupes le long de la frontière avec le Nigeria.

Dans le même temps que les émissaires de la Cedeao, de l’ONU et des États-Unis, une délégation malienne s’est également rendue à Niamey ce 7 août. Elle est menée par l’ancien Premier ministre par intérim Abdoulaye Maïga – qui est l’un des hommes de confiance du président de la transition, Assimi Goïta – mais aussi et surtout par Sadio Camara. Ce dernier, ministre de la Défense, est aussi le grand artisan des accords passés avec les Russes de Wagner au Mali.

Source: JeuneAfrique.com

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