Mathieu Olivier
Africa-Press – Niger. Le ministre d’État, Rhissa Ag Boula, a annoncé, le 8 août, la création du Conseil de la résistance pour la République, afin d’obtenir le retour à l’ordre constitutionnel et la libération de Mohamed Bazoum. Contacté par Jeune Afrique, l’ancien leader de rébellions touarègues détaille ses objectifs.
Il a pris les armes dans les années 1990 puis, une nouvelle fois, sous Mamadou Tandja. Le fera-t-il de nouveau alors que le Niger est cette fois secoué par un putsch ayant pour le moment abouti à la prise en otage de Mohamed Bazoum, dont il était l’un des principaux conseillers ? Rhissa Ag Boula assure pour le moment que non. Le Conseil de la résistance pour la République (CRR), dont il est aujourd’hui le porte-parole et qu’il a contribué à créer, le 8 août, ne vise à l’heure actuelle qu’à rassembler « tous les Nigériens démocrates et républicains ».
L’objectif du ministre d’État : la libération de Mohamed Bazoum et le rétablissement de ce dernier au pouvoir. Contacté par téléphone, il répond aux questions de Jeune Afrique.
Jeune Afrique : Pourquoi avoir créé ce Conseil de la résistance pour la République ?
Rhissa Ag Boula : Les raisons sont très simples : la junte a pris en otage les institutions de la république et le président, Mohamed Bazoum. Nous devons donc nous mobiliser pour mettre fin à cette situation, pour obtenir le retour à l’ordre constitutionnel et la libération du chef de l’État. Les putschistes ont interdit les partis politiques. Nous allons donc nous organiser au-delà de ces partis pour rassembler toutes les Nigériennes et tous les Nigériens démocrates et républicains qui veulent restaurer la légalité constitutionnelle. Voilà notre démarche.
Dans votre manifeste, vous expliquez que vous utiliserez « tous les moyens nécessaires ». Y compris les armes ?
Nous ne sommes pas un mouvement armé, même si plusieurs anciens membres de la rébellion des années 1990 font partie de ce conseil. Cette organisation est d’abord un soutien à la Cedeao et à toutes les bonnes volontés internationales qui cherchent à restaurer la démocratie. Nous soutiendrons toutes les initiatives allant dans ce sens.
Comment allez-vous vous organiser, alors que nombre de membres du gouvernement sont en exil ou détenus ?
Nous allons mettre en place des démembrements de ce conseil dans toutes les régions du Niger et à l’extérieur aussi, au sein de la diaspora. Les structures seront mises en place dans les jours à venir afin de nous permettre de mobiliser les populations fidèles à la démocratie.
Est-ce une manière de contrer le soutien populaire mis en avant par la junte ?
Il n’y a aucun soutien populaire derrière la junte. Cette dernière paie des gens pour les mettre dans la rue. On connaît ce procédé. La plupart des Nigériens soutiennent la démocratie et le président Bazoum, qui a été élu et reste légitime. Le folklore que l’on voit à Niamey, avec des manifestations provoquées par la junte et motivées par l’argent, ne trompe personne.
Comment expliquez-vous le geste du général Abdourahamane Tiani ?
Il n’y a aucune motivation crédible. Cet homme a été au cœur du pouvoir pendant douze ans. On ne voit pas quel pouvait être son problème.
Se sentait-il menacé ? Allait-il être limogé ?
Je ne suis pas au courant.
Le général Tiani était proche de Mahamadou Issoufou, qui n’a pas formellement condamné le coup d’État. Comprenez-vous la position de l’ancien président ?
La position de Mahamadou Issoufou est très claire. Dès le début du putsch, il s’est mis à la disposition des Nigériens pour effectuer une médiation entre la junte et Mohamed Bazoum. Il ne faut pas se laisser divertir par des rumeurs sur lui. C’est un grand démocrate, et il l’a démontré en quittant le pouvoir après son deuxième mandat.
Le putsch est-il consommé au niveau militaire ? L’armée s’est-elle rangée toute entière derrière les putschistes ?
L’armée n’est pas totalement derrière eux. Il y a même une grande majorité des forces de défense qui reste loyaliste. Si ce n’était pas le cas, pourquoi la junte tiendrait toujours le président et sa famille en otage ? C’est bien qu’ils ont peur de quelque chose et qu’ils ne sont pas si soutenus que ça. L’armée nigérienne reste pour la grande majorité républicaine et dévouée aux institutions et à la légalité constitutionnelle.
Pourtant, le général Salifou Mody, ancien chef d’état-major et très respecté par les troupes, s’est lui aussi rangé derrière le général Tiani. Pourquoi ?
Il faut lui poser la question.
Une médiation – qu’elle vienne des États-Unis ou de la Cedeao – a-t-elle selon vous encore une chance d’aboutir ?
Je crois en toutes les démarches internationales, et c’est l’objectif de notre conseil de les soutenir. Si ces tentatives n’aboutissent pas, ce sera très grave pour notre pays. On me qualifie souvent d’ancien rebelle, parce que j’ai pris les armes à une époque, avant de signer des accords de paix. Mais, moi, je continue à tenter de faire la paix. Les vrais rebelles, ce sont les putschistes, ces militaires antirépublicains qui détruisent les institutions.
Vous l’avez dit, vous avez été leader de rébellions touarègues. Pensez-vous que ce coup d’État puisse raviver des divisions ethniques au Niger ?
Notre objectif est de rassembler tous les républicains, tous les démocrates. Nous le ferons de façon pacifique, à travers une mobilisation populaire et une pression sur la junte. Cela ne concerne pas les Haoussas, les Djermas, les Touaregs ou les autres. Cela doit être l’objectif de tous les Nigériens démocrates.
Source: JeuneAfrique.com
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