Benjamin Roger
Africa-Press – Niger. Paris refuse de rappeler son ambassadeur comme l’ont demandé les putschistes au pouvoir à Niamey, qui menacent désormais de recourir à la force pour l’expulser.
L’ultimatum de 48 heures fixé à Sylvain Itté pour quitter le Niger a expiré le 28 août. Mais l’ambassadeur de France et, derrière lui, Emmanuel Macron, n’entendent pas se plier aux ordres de la junte au pouvoir à Niamey, qu’ils considèrent comme illégitime et dont ils refusent de reconnaître l’autorité. Ce 31 août, le diplomate et son équipe étaient donc toujours à leur poste, retranchés dans une ambassade de plus en plus coupée du monde extérieur.
Courrier envoyé à Paris
Sans surprise, cette résistance n’est pas du goût du général Abdourahamane Tiani et des putschistes qui composent le Comité national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Le 29 août, au lendemain de la fin de l’ultimatum fixé à Sylvain Itté, les autorités de transition nigériennes ont adressé un courrier au ministère français des Affaires étrangères, à Paris.
« Au terme du délai de 48 heures expiré à compter du 28 août 2023, l’intéressé ne jouit plus de privilèges et immunités attachés à son statut de membre du personnel diplomatique de l’ambassade, indique ce document consulté par Jeune Afrique. Les cartes diplomatiques et les visas de l’intéressé et des membres de sa famille sont annulés. Les services de police sont instruits afin de procéder à son expulsion. »
Ligne rouge
Sylvain Itté va-t-il être bientôt délogé de force de l’ambassade par les autorités nigériennes ? À Paris, beaucoup doutent de la réalisation d’un tel scénario qui, s’il se produisait, rappellerait les images de l’attaque de l’ambassade américaine à Téhéran, en 1979. « Ils ne se risqueront pas à aller le chercher dans l’ambassade. Ils savent très bien que c’est une ligne rouge à ne pas franchir et les conséquences que cela pourrait avoir », estime une source française, qui rappelle l’obligation des autorités nigériennes de respecter la convention de Vienne.
Dans son discours aux ambassadeurs, le 28 août à Paris, Emmanuel Macron s’est montré très ferme à l’égard des putschistes et a une nouvelle fois affirmé son soutien à son homologue nigérien, Mohamed Bazoum, renversé le 26 juillet et détenu depuis en résidence surveillée à Niamey. Il a aussi rappelé qu’il soutenait pleinement Sylvain Itté et son équipe au Niger. « La France et les diplomates ont été confrontés ces derniers mois à des situations particulièrement difficiles dans certains pays, que ce soit au Soudan, où la France a été exemplaire, ou au Niger en ce moment même, et je salue votre collègue et vos collègues qui écoutent depuis leur poste », a déclaré le président français.
Stocks d’eau et de nourriture
Pour les principaux concernés, la situation est « très compliquée », concède une source française. Depuis la fin de l’ultimatum, la junte a renforcé son blocus autour de l’ambassade et est entrée « dans une logique de confrontation dure », poursuit-elle. Les quelques véhicules et personnes qui y entrent ou en sortent sont systématiquement fouillés, notamment pour empêcher tout approvisionnement en nourriture et en boisson.
D’après une source au Quai d’Orsay, l’ambassadeur, ses collègues restés sur place et les différents personnels qui assurent la sécurité de l’ambassade (essentiellement des gendarmes et militaires) disposent de « suffisamment de stocks d’eau et de nourriture pour tenir ». Contrairement à ce qui a été relayé dans certains médias ou sur les réseaux sociaux, l’enceinte diplomatique reste alimentée en électricité et en eau – notamment grâce à un puit interne.
Source: JeuneAfrique
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