Mathieu Olivier
Africa-Press – Niger. L’ancien Premier ministre, en exil à Paris depuis plus de deux ans, a atterri à Niamey le 11 septembre. Il compte bien jouer un rôle dans la transition mise en place par le général Tiani.
Ce n’est pas une surprise : Hama Amadou a regagné le Niger ce 11 septembre, via l’Algérie et en provenance de la France. L’ex-Premier ministre et président du Mouvement démocratique nigérien (Moden Fa Lumana, principal parti d’opposition à Mahamadou Issoufou puis Mohamed Bazoum) y était en exil depuis le mois de mars 2023, officiellement pour suivre un protocole de soins et de contrôles médicaux à l’Hôpital américain de Paris.
L’opposant – condamné une première fois à un an de prison pour supposition d’enfants, en 2017, puis gracié – avait tenté de se présenter à la présidentielle du 27 décembre 2020, mais sa candidature avait été rejetée par la Cour constitutionnelle un peu plus d’un mois avant le scrutin. Hama Amadou avait alors soutenu un autre opposant, Mahamane Ousmane, lequel était arrivé deuxième de l’élection à la magistrature suprême, derrière Mohamed Bazoum.
L’exil et la trêve
Soupçonné par les autorités d’avoir provoqué les manifestations ayant suivi l’annonce des résultats en février 2021, il avait ensuite été poursuivi pour « complicité de dégradation de biens » ou encore « incitation à la violence et à la haine ethnique » et emprisonné, avant d’être autorisé à quitter le pays en mars de la même année pour raisons médicales. À Paris, il était depuis resté discret, sans doute en accord avec le pouvoir de Niamey.
Le Lumana avait même joué le jeu de l’apaisement avec Mohamed Bazoum. « Le parti a joué la carte du rapprochement avec Bazoum, qui a bénéficié d’un état de grâce », confiait encore récemment un cadre lumaniste à Jeune Afrique. « Bazoum [nous] a tendu la main, contrairement à Mahamadou Issoufou qui ne l’a jamais fait et qui était dans une logique d’enfermement de ses opposants », justifiait Djibo Hamidou, dit Tondi Gaweye, membre du bureau politique du parti.
La formation d’opposition espérait notamment faire libérer ses militants qui avaient été emprisonnés sous Mahamadou Issoufou. Surtout, l’exil d’Hama Amadou a jeté une chape de plomb sur le parti. « Même s’il y a sans doute des ambitions chez certains lieutenants, personne n’ose vraiment contester son leadership. Il gouverne par le silence et par WhatsApp. Cela lui convient et cela convient au gouvernement, qui profite de la trêve actuelle », ajoutait, fin 2022, un proche de l’opposition.
Un nouveau départ, mais le même ennemi
« Hama » attendait-il son heure ? La donne a en tout cas changé avec le coup d’État du 26 juillet dernier. Selon les propres mots d’Hama Amadou : « La situation a évolué dans un sens qui donne de meilleures perspectives à l’opposition », expliquait-il au média en ligne Opinion internationale quelques jours après le putsch, se prononçant contre une intervention de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et fustigeant l’approche « rigide et belliciste » de la France.
Dès lors, le retour d’Hama Amadou ne faisait guère plus de doutes. Alors que les contours de la transition demeurent flous, le voilà de retour à Niamey pour y jouer un rôle dans la transition à venir, notamment lors du dialogue national qui devrait être organisé afin de faire adopter une nouvelle constitution. L’ancien Premier ministre reste très populaire à Niamey et souhaite désormais profiter du coup d’État pour prendre un nouveau départ.
Les militaires du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) lui laisseront-ils cette latitude ? Si certains d’entre eux partagent avec lui un rejet du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, fondé par Mahamadou Issoufou et Mohamed Bazoum), ce n’est pas le cas du numéro un putschiste, Abdourahamane Tiani. Au-dessus de ce dernier plane en effet, avec insistance, l’ombre de Mahamadou Issoufou, l’ennemi juré d’Hama Amadou.
Source: JeuneAfrique
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