Cedeao : « L’option militaire au Niger n’est pas abandonnée, mais suspendue »

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Cedeao : « L’option militaire au Niger n’est pas abandonnée, mais suspendue »
Cedeao : « L’option militaire au Niger n’est pas abandonnée, mais suspendue »

Marième Soumaré – à Dakar

Africa-Press – Niger. La Cedeao a beau sembler être dans l’impasse, elle n’envisage pas d’adopter une position plus conciliante à l’égard des putschistes, affirme Abdel-Fatau Musah, son commissaire aux Affaires politiques.

Les militaires qui se sont emparés du pouvoir au Mali, en Guinée, au Burkina Faso ou au Niger n’ont pas été conviés à Dakar, les 27 et 28 novembre, pour prendre part au Forum sur la paix et la sécurité en Afrique. « Seuls les présidents démocratiquement élus ont été invités », ont insisté les autorités sénégalaises, déterminées à montrer leur fermeté.

Pourtant, les dirigeants de la Cedeao semblent avoir abandonné l’option militaire, dont ils avaient brandi la menace en août. Les voilà dans une impasse. Le dialogue avec leurs homologues ouest-africains non-élus est-il encore possible ? Le Togo, désigné médiateur par les autorités nigériennes, peut-il réussir là où toutes les médiations de la Cedeao ont échoué ? À l’approche du prochain sommet de l’organisation, le 10 décembre, Abdel-Fatau Musah, son commissaire aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité, a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : L’option d’une intervention armée contre les militaires nigériens qui ont renversé Mohamed Bazoum en juillet dernier semble avoir été définitivement abandonnée. Le confirmez-vous ?

Abdel-Fatau Musah : Personne n’a jamais dit que l’intervention était notre premier choix. Toutes les options évoquées visaient à mettre la pression sur les militaires afin de parvenir à un consensus.

Pourquoi renoncer, alors que ni les sanctions ni les médiations n’ont permis d’avancée ?

En tant qu’organisation régionale, nous devons aussi prendre en compte l’opinion publique. Lorsque la menace de l’intervention a été brandie, les gens disaient que la Cedeao allait faire la guerre au Niger, voire que le Nigeria déclarait la guerre au Niger : deux pays voisins, aux liens historiques, religieux et sociologiques très forts… C’était faux !

Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, il est très dur de lutter contre la désinformation et les fake news. L’option militaire a toujours été celle du dernier recours. Le Niger est désormais isolé sur le plan international, et frappé par des sanctions.

Mais ces sanctions pèsent lourdement sur la population…

On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. La population doit mettre la pression sur la junte.

Sauf que cela ne marche pas. On a même l’impression que cela renforce à la fois l’adhésion des populations aux régimes militaires et leur opposition à la Cedeao.

Oui, c’est compliqué. Je ne dirais pas que nous avons renoncé à l’option militaire. Nous l’avons suspendue, en attendant que les sanctions donnent des résultats. Et nous avons déjà des preuves que ces sanctions ont des conséquences pour la junte.

Lesquelles ?

La cherté de la vie, l’augmentation du prix des produits de première nécessité, l’isolement du pays… Le Niger est devenu un paria. Les militaires doivent penser à leur peuple et trouver des compromis.

En aucun cas nous n’accepterons une transition de trois ans au Niger

Que doit faire la junte du général Tiani pour obtenir la levée des sanctions ?

Beaucoup de choses sont négociables, mais en aucun cas nous n’accepterons une transition de trois ans. Et l’ordre constitutionnel doit être rétabli.

De toute façon, le dialogue est pour l’instant rompu. Nous avons essayé de rencontrer [les dirigeants nigériens] et de leur parler. Ils refusent.

Au Ghana, d’où je suis originaire, même un président élu ne peut rester que quatre années au pouvoir. Vous n’êtes même pas élu, et vous voulez rester à la tête du pays pendant trois ans ? Ce n’est pas acceptable !

Au Mali, les élections ont été repoussées, et le Burkina Faso a fait savoir que l’organisation d’une présidentielle n’était pas sa priorité…

C’est pour cela que la Cedeao reste très ferme. Le Niger s’inspire de ce que les autres ont fait avant lui. On a beaucoup discuté pour atteindre des transitions de vingt-quatre mois, dans des pays où les militaires étaient parfois déjà là depuis des mois. Ils ont, en pratique, exercé le pouvoir pendant trois ans et ils veulent maintenant prolonger unilatéralement la durée d’une transition qui avait été préalablement négociée ! Ils ne respectent pas leurs engagements.

Si l’on n’arrête pas cette épidémie de coups d’État, cela encouragera les autorités de transition à rester au pouvoir. Vous avez vu ce qu’il s’est passé en Sierra Leone [où les autorités ont dénoncé une tentative de coup d’État, le 26 novembre] ?

Les militaires sont des aventuristes : ils pensent qu’ils peuvent organiser des putschs et s’éterniser aux affaires. Nous voulons rompre ce cycle. Il y a encore trois ans, la Cedeao était en avance par rapport aux autres organisations sous-régionales ; tous les présidents [de ses pays membres] étaient démocratiquement élus. Elle ne peut pas devenir la région des coups d’État.

Les militaires sont des aventuristes : ils pensent qu’ils peuvent organiser des putschs et s’éterniser aux affaires

Les régimes militaires de la sous-région n’ont pas été conviés au Forum de Dakar. N’ont-ils pas, malgré tout, leur place dans ces discussions ?

Ce forum n’est pas organisé par la Cedeao, et le Sénégal, qui l’accueille, aurait pu décider les inviter, bien qu’ils soient sous sanctions.

Quoi qu’il en soit, nous avons d’autres manières de discuter. Sur les questions de sécurité, par exemple, nous faisons des exceptions. Les putschistes sont conviés à nos réunions de chefs d’État-major. Comme le dit l’adage, on ne peut pas coiffer quelqu’un en son absence ! Le Sahel est l’épicentre du terrorisme dans la sous-région. On ne peut rien faire sans eux [les militaires].

Le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé a été désigné comme médiateur par les autorités nigériennes. Que peut-on attendre de cette initiative ?

La Cedeao n’est pas contre les initiatives particulières et individuelles, du moment qu’elles aboutissent. Tout ce que l’on demande, c’est de la coordination.

Cette coordination a-t-elle manqué, en l’occurrence ?

Oui. Ce n’est pas au pays qui a violé le protocole de la Cedeao de choisir son médiateur. C’est à la Cedeao de le faire.

Le Togo a toujours été considéré comme un pays relativement conciliant à l’égard des putschistes. La Cedeao ne devrait-elle pas suivre son exemple pour se donner une chance de discuter avec les militaires ?

Quel a été le résultat de toutes ces discussions engagées par le Togo ? Il faut poser cette question. Nous avons nos médiateurs : Goodluck Jonathan pour le Mali, Thomas Boni Yayi pour la Guinée, et, jusqu’à récemment, le Nigérien Mahamadou Issoufou pour le Burkina Faso.

Si le diable en personne pouvait s’entendre avec les militaires pour rétablir l’ordre constitutionnel, on le remercierait !

J’insiste sur le fait qu’il y a une méthodologie à respecter : personne ne peut s’autoproclamer médiateur et s’imposer face aux chefs d’État. Et si un pays [membre de la Cedeao] ne veut pas aller dans le sens de ce qui est décidé lors de la conférence des chefs d’État, il doit le préciser pendant les discussions. Nous comprenons les initiatives de ceux qui veulent apporter leur pierre à l’édifice, mais cela doit avoir été décidé à l’unanimité.

Notre travail consiste à mettre en œuvre les décisions des chefs d’État prises lors du sommet extraordinaire du 10 août. Nous attendons maintenant le sommet du 10 décembre pour voir si les choses ont changé.

Et pour désigner Faure Essozimna Gnassingbé comme médiateur officiel ?

Si le diable en personne pouvait s’entendre avec eux [les militaires] pour rétablir l’ordre constitutionnel, on le remercierait ! Mais, je le répète : la Cedeao ne va pas violer ses propres règles, et les sanctions décidées par l’organisation doivent être respectées.

Mohammed Bazoum pourrait-il être réinstallé à la tête de l’État nigérien ?

Nous demandons toujours sa libération.

Mais pas sa réinstallation ?

Sa libération, c’est le principal. Nous demandons aussi qu’il soit rétabli dans ses fonctions, mais cela dépendra des discussions.

Source: JeuneAfrique

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