Africa-Press – Niger. Première mondiale: le 6 décembre 2023, après dix ans de travaux, la Chine a mis en service sa centrale nucléaire de Shidao Bay (province du Shandong), alimentée par deux petits réacteurs modulaires (SMR en anglais) à haute température refroidis au gaz, d’une puissance de 210 mégawatts (MW) chacun.
Cette centrale pilote a pris cinq ans de retard mais, alors qu’ailleurs les mini-réacteurs en sont au stade du design, en Chine, ils vendent déjà leur électricité ! Un autre SMR plus classique, à eau pressurisée, est en construction sur l’île de Hainan, et doit être relié au réseau en 2026.
En quatre ans, les Chinois ont validé le lancement de 25 réacteurs
Premier émetteur de gaz à effet de serre au monde, avec ses polluantes centrales à charbon qui fournissent 58 % de sa production électrique, la Chine a résolu d’atteindre la neutralité carbone en 2060. On comprend donc pourquoi Pékin met les bouchées doubles, avec des investissements massifs dans les énergies renouvelables (16 % de son électricité provient de l’hydraulique, 9 % de l’éolien et 5 % du solaire) et dans le nucléaire (5 %).
Alors que sa première centrale n’a été mise en service qu’en 1991, la Chine s’est hissée, depuis 2020, au deuxième rang mondial des producteurs d’électricité nucléaire, après les États-Unis mais devant la France, avec 55 réacteurs en fonctionnement et 26 en construction. L’engagement pris dans le 14e plan quinquennal (2021-2025) est de parvenir en 2025 à 70 gigawatts (GW) de capacité installée, contre 57 GW aujourd’hui. En quatre ans, les Chinois ont validé le lancement de 25 réacteurs (4 en 2020, 5 en 2021, 10 en 2022, 6 en 2023), et les construisent en moyenne en 60 mois.
« La neutralité carbone est pour eux un levier en vue d’accentuer leur domination dans ces technologies d’avenir – les renouvelables et le nucléaire -, où leur montée en puissance est impressionnante « , considère Tony d’Aletto, le conseiller nucléaire à l’ambassade de France à Pékin. Après avoir acheté des centrales à l’américain Westinghouse, aux français EDF et Areva et au russe Rosatom, les Chinois ont, au fil des transferts de technologie, acquis une autonomie suffisante pour concevoir et produire localement.
Par sa puissance et son innovation, la Chine s’impose
Désormais, ils sont lancés dans la course à l’innovation dans les plus petites gammes de puissance. « La Chine est le pays idéal pour le déploiement des SMR, explique Tony d’Aletto. La modularité de ces petits réacteurs permet à ce pays immense de s’adapter à des utilisations différenciées selon les territoires « .
Là où les SMR seront sans doute les plus utiles, c’est dans les régions du Sichuan ou de Chongqing, le centre industriel de la Chine. Les industries lourdes qui s’y trouvent – acier, ciment – bénéficieront du remplacement des centrales à charbon. Or l’industrie compte pour 36 % des émissions de ce pays considéré comme l’usine du monde (contre 18 % pour la France).
Pékin met tout l’argent nécessaire et mobilise tous les acteurs situés dans le giron de l’État. Aux grands électriciens publics (CNNC, CGN) de déployer les technologies matures, aux grandes universités, comme Tsinghua, et à l’Académie des sciences (CAS) d’avancer dans la recherche, notamment sur les réacteurs à haute température, à neutrons rapides et à sels fondus.
Ainsi, un prototype de 2 MW thermiques utilisant des sels fondus au thorium va démarrer à Wuwei, dans la province du Gansu, sous l’égide de la CAS. Avec ce plan de marche, combinant un développement cadencé des grosses centrales et des expérimentations multiples de mini-réacteurs, la Chine s’impose en géant de l’atome, en matière de puissance mais aussi d’innovation. « Officiellement, le ministre en charge du nucléaire donne le chiffre de 10 % d’électricité venue de l’atome en 2060. Officieusement, j’entends entre 15 et 20 % « , raconte Tony d’Aletto, qui remarque que « les Chinois étaient partis avec vingt ans de retard, mais sur les SMR, c’est nous qui risquons d’être en retard… »
Et pour ces petits réacteurs, les Chinois ont de grandes ambitions à l’exportation. Avec cependant un sérieux bémol, soulevé par un constructeur de SMR européen: « La gestion d’État du nucléaire en Chine est très opaque: ils vantent leurs succès mais taisent leurs échecs, voire les incidents, et ne partagent rien de leurs expérimentations. Sur le plan financier, on ne connaît pas exactement le montant des investissements, leurs coûts, à combien revient le KWh, et donc s’ils sont vraiment compétitifs. » De quoi refroidir de potentiels clients… et faire planer une ombre sur les avancées chinoises.
Une centrale flottante fournit de l’énergie à une région isolée de Sibérie
La Russie est une pionnière en matière de mini-réacteurs, avec la première centrale nucléaire flottante au monde, Akademik Lomonosov, sur une barge de 144 mètres amarrée dans le port de Pevek (Sibérie orientale), équipée de deux réacteurs à eau pressurisée de 35 mégawatts. Elle est connectée au réseau électrique depuis décembre 2019 pour alimenter cette région minière isolée.
Ce premier SMR mis en service hors propulsion nucléaire a produit environ 722 millions de kWh d’électricité, couvrant « 55 % des besoins de ce réseau énergétique isolé « , selon son directeur, Viktor Elagin. Mais la centrale n’a pas atteint sa pleine capacité en raison de défauts dans la tuyauterie des générateurs de vapeur, qui devraient être réparés d’ici 2025. Commencée en 2006, la construction de ce SMR pilote s’est révélée plus longue et quatre fois plus coûteuse que prévu. Cependant, selon Rosatom, l’opérateur nucléaire russe, cette première réalisation est suivie par une dizaine de clients potentiels en Amérique latine, Asie et Afrique, qui comportent des territoires insulaires et littoraux isolés
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