Niger, Mali, Guinée… Après la levée des sanctions économiques, qu’est-ce qui va réellement changer ?

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Niger, Mali, Guinée… Après la levée des sanctions économiques, qu’est-ce qui va réellement changer ?
Niger, Mali, Guinée… Après la levée des sanctions économiques, qu’est-ce qui va réellement changer ?

Nadoun Coulibaly

Africa-Press – Niger. Bien que les ex-pays sanctionnés retrouvent l’accès aux échanges commerciaux et à leurs réserves logées au sein de la Banque centrale, les scénarios quant à l’avenir des relations entre l’AES, d’une part, et la Cedeao, d’autre part, ne sont pas pour le moment unifiés.

C’est une main tendue du bloc régional aux frondeurs de l’Alliance des États du Sahel (AES) formée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois pays, alors sous sanctions, décident en janvier dernier de claquer la porte de l’organisation d’intégration économique.

Ainsi, en prélude au sommet d’Abuja du 24 février, les dirigeants de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), réunis à huis clos, sont tombés d’accord sur l’urgence de lever les sanctions financières les plus lourdes contre Niamey et les régimes militaires de Bamako et de Ouagadougou. Une décision reprise à son compte par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dont l’avenir est désormais en suspens face à la volonté de retrait de l’AES.

Le dialogue entre l’AES et la Cedeao sera-t-il rétabli ?

Concrètement, Niamey retrouve l’accès aux comptes de l’État logés au sein de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ainsi qu’à la fluidité des transactions financières avec les autres pays de la Cedeao. Quant au Burkina, les sanctions reposaient uniquement sur l’interdiction faite à ses dirigeants de participer aux instances de l’organisation régionale et/ou de voyager dans les États membres. Le pays a, jusque-là, été épargné par les sanctions financières comme cela avait été le cas pour le Mali de janvier à juin 2022 [elles ont depuis lors été abandonnées]. Enfin, la Guinée voit ses transactions et ses flux commerciaux rétablis avec le reste de la région. Elle possède sa propre banque centrale, empêchant tout embargo financier sur les réserves du pays.

Ces assouplissements vont-ils favoriser le dialogue et amener les pays de l’AES à reconsidérer leur position ? Dans l’attente d’une réponse politique concrète, et pour éviter toute dérive régionale, les chefs d’État ouest-africains ont passé en revue les probables répercussions économiques majeures sur l’ensemble des pays en cas de départ effectif des membres de l’AES de la Cedeao.

Alors que le sort réservé au président Mohamed Bazoum, toujours détenu par la junte militaire dirigée par le général Tiani, préoccupe ses anciens homologues, le président togolais Faure Essozimna Gnassingbé devra poursuivre les efforts de médiation pour concilier les « positions tranchées » des deux camps et sauver in fine la région d’un possible éclatement. Les pourparlers s’annoncent houleux notamment sur la question du modèle politique, les juntes militaires n’ayant pas l’intention d’organiser des élections dans leur pays. Cette éventuelle exception devra faire jurisprudence, dans un espace unifié salué pour son modèle d’intégration économique.

Trois scénarios possibles

Désormais, plusieurs scénarios s’ouvrent face à l’éventualité d’un départ du trio sahélien. D’après un document de la Commission de la Cedeao, consulté par Jeune Afrique, le retrait aura des implications politiques, socio-économiques, financières et institutionnelles aussi bien pour les partants que pour l’organisation régionale. À commencer par la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme violent et le crime organisé.

Donc dans le cas d’une rupture totale et dans l’hypothèse où le retrait se concrétiserait, s’alarme la Cedeao, la coopération sécuritaire sera enraillée au niveau des échanges de renseignements et de participation aux initiatives régionales de lutte contre le terrorisme. De plus, la remise en cause du statut d’immigration des citoyens de l’espace communautaire, exemptés jusqu’ici de formalités d’entrée sera toujours à craindre. Pis, les financements estimés à plus de 530 millions de dollars de projets ou programmes communautaires seront compromis.

Dans l’un des scénarios, plusieurs points majeurs ne sont pas concernés pour le moment. C’est notamment le cas du maintien ou non des pays de l’AES dans le projet de monnaie commune, prévue en 2027 et portée par la Cedeao. L’Alliance prône, en effet, la création d’une zone monétaire dont les contours restent flous et d’une banque d’investissement. Les négociateurs devraient trancher cette question dans le cas où le retrait viendrait à être acté. Bien que le Burkina, le Mali et le Niger représentent ensemble environ 18 % des 425 millions d’habitants de la région, ils ne pèsent que 10 % du PIB de la Cedeao.

Enfin, un scénario mois pessimiste consisterait, via des accords spécifiques en matière commerciale et tarifaire, à négocier un maintien des financements communautaires et des parts détenues par les États sahéliens dans le capital de la banque régionale de développement. Dans ce cas, la banque, qui a engagé plus de 321,6 millions d’euros dans les trois pays, verra ses interventions maintenues. D’autant que l’AES détient 22,5 % de la banque de la Cedeao pour un montant global de 33,14 millions de dollars, répartis à 13 millions pour Ouagadougou, 9,5 millions à Bamako et le reliquat, soit 10,5 millions pour Niamey. En attendant, ses interventions (27 projets publics et 20 privés) sont en berne.

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